Le ciment a fini par monter au nez de la préfecture du Rhône. Selon nos informations, par deux arrêtés datés du 3 février, les services de l’Etat ont ordonné à l’entreprise Béton Lyonnais, installée à Décines-Charpieu, de payer immédiatement une amende de 1500 euros, ainsi qu’une astreinte de 50 euros par jour tant qu’elle ne se sera pas mise en conformité avec la réglementation en vigueur.

En octobre dernier, Mediacités révélait la situation de cette centrale à béton installée en partie sur un périmètre de protection rapprochée d'un captage d’eau potable du Grand Lyon, au lieu-dit « La Rubina », à l’est de l’agglomération. Un conflit de voisinage – les habitants d’une maison jouxtant l’entreprise se plaignent de fortes nuisances liées au bruit et à la poussière (voir leur pétition ici) – avait entraîné une inspection en juillet 2019 des services de la Dreal, la « police de l’environnement ».      

A cette occasion, plusieurs non-conformités sont identifiées par les inspecteurs. Principal problème, l’eau utilisée pour nettoyer les “camions-toupie“ après les livraisons de béton sur les chantiers est déversée à même le sol, comme nous l’écrivions dans un second article. Au point de former une véritable dalle de béton dans laquelle – pour ne rien arranger – étaient pris des objets métalliques et des bouteilles de gaz, l’entreprise ayant la fâcheuse habitude de stocker des déchets sur son terrain, une pratique pour laquelle elle avait déjà été épinglée par le passé.

Les inspecteurs de la Dreal constataient également la présence d’une fosse d’eau souillée par des hydrocarbures (huile de vidange), sans que l’étanchéité de cette fosse ne soit assurée. Plus inquiétant encore, des pompages non-déclarés sont identifiés, dont certains dans le périmètre, particulièrement sensible, de protection rapproché de la zone de captage d’eau potable.  

Par deux mises en demeures, le 24 août puis le 7 novembre, la préfecture a demandé à l’entreprise de se mettre en conformité avec la loi en vigueur, considérant que « l’exploitation de l’installation dans des conditions irrégulières peut présenter des dangers et inconvénients pour l’environnement ».

Une sanction tardive

Béton Lyonnais est priée de cesser de rejeter ses eaux de nettoyage en mettant en place un système de traitement, de reboucher les pompages illicites et de vider la fosse présentant des traces d’hydrocarbure. Las, si l’entreprise semble avoir cessé de verser ses eaux usées dans la nature, une nouvelle visite de la Dreal mi-décembre constate que ni les pompages illicites, ni la fosse n’ont été rebouchés. Devant une telle inertie, la préfecture a donc décidé de frapper au portefeuille l’exploitant peu scrupuleux.

Une sanction bien tardive. Comme nous l’écrivions dans notre première enquête, la centrale à béton de Décines est dans le viseur de la Dreal depuis 2010. Il y a dix ans déjà, elle s'était fait taper sur les doigts pour l’exploitation d’une décharge illégale. Cette année-là, les services de l’Etat constataient aussi une « forte odeur d’hydrocarbure » émanant d’un des forages offrant un accès aux eaux souterraines, suscitant des inquiétude sur une éventuelle pollution des nappes. Une inquiétude toute relative, puisque la Dreal nous indiquait que le suivi de cette entreprise avait été suspendu depuis 2015 « pour des raisons de priorisation des enjeux », la centrale à béton étant jugée moins polluante que d’autres entreprises du département.

L’explication à cette drôle de « priorisation », se trouve peut-être dans les suppressions de postes qui frappent la Dreal Auvergne-Rhône-Alpes depuis plusieurs années. Comme nous l’écrivions en décembre dernier, l’intersyndicale des agents de la Dreal estime que ses effectifs auront fondu de 20% entre 2015 et 2022, soit 175 postes en moins sur près de 1000 agents au total. Dans ces conditions, difficile pour les agents d’assurer le suivi de petites entreprises comme Béton Lyonnais, qui peuvent ainsi continuer à ignorer superbement les injonctions de l’Etat. Contacté, le patron de l'entreprise de Décines n'était « pas disponible » pour nous répondre.

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).