Nous vous l’avions révélé le 25 juin dernier : la filiale du géant du BTP Vinci Airports, qui exploite Lyon Saint-Exupéry depuis 2016, négociait « un accord de performance collective » (une disposition créée par les ordonnances Macron - lire ci-contre ) avec les syndicats de l’aéroport. Le but : « Adapter le modèle d'organisation et repenser en profondeur le modèle économique et social de [la] société », d’après un courrier interne de la direction que s’est procuré Mediacités, pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire. En d’autres termes : faire des économies alors que le trafic aérien est à l’arrêt ou presque depuis le printemps.       

D'après nos informations, cet accord a été signé le 17 juillet dernier par deux syndicats majoritaires, la CFDT et la CFE-CGC, et pour une durée de deux ans, renouvelable jusqu'à cinq ans maximum. Mediacités a pu prendre connaissance de son contenu. « L'accord de performance collective » (APC) d’Aéroports de Lyon s'appuie sur deux dispositifs. Il s'agit dans un premier temps de dégraisser ou, en langage officiel, de favoriser « le recours à des ruptures conventionnelles individuelles, sur la base du seul volontariat des salariés » afin « d'équilibrer la répartition de l'activité réduite ». Et vite : l'accord prévoit la signature d'un minimum de 40 ruptures conventionnelles, d'ici à trois mois, sur un effectif de 422 emplois fin 2019, soit près d'un poste sur dix.

L'APC prévoit ensuite de mettre fin à certains contrats de sous-traitance et de prestations externes, comme l’accueil des passagers assuré aujourd’hui par la société City One. Cela permettra de proposer aux salariés d’Aéroports de Lyon, dont l'activité est réduite par la crise, une « mission complémentaire à [leur] fonction de base ». Jusqu’à 83 emplois internes pourraient être concernés par cette mesure. Autrement dit, pour protéger ses salariés, Vinci Airport fera trinquer ses sous-traitants.

Ce n’est pas tout. D'après les documents transmis par la direction des ressources humaines aux salariés, ce mercredi 22 juillet, l’accord de performance collective se double d'un accord d'entreprise, qui « s'appliquera pour une durée indéterminée ». Les mesures prévues dans ce cadre s'appliqueront à compter du 1er septembre 2020 et se poursuivront une fois l'APC terminé. Elles permettront à Aéroports de Lyon de modifier « la rémunération, la durée et les modalités d'aménagement du temps de travail » de ses salariés. Des refus de leur part pourront déclencher des procédures de licenciement [lire plus bas]. À prendre ou à laisser donc…

Travailler plus pour gagner moins

Le plan de crise d’Aéroports de Lyon pourrait aussi se résumer par la formule « Travailler plus pour gagner moins ». Côté temps de travail, l'accord prévoit, pour une durée indéterminée, de pouvoir « dépasser, de manière exceptionnelle, la durée maximum quotidienne de travail », de ne plus majorer les heures supplémentaires ou de supprimer cinq journées de RTT (récupération du temps de travail) par an pendant la durée de l'APC, puis trois par an ensuite. Quand, côté rémunération, l'accord de performance collective prévoit la suspension de deux versements annuels d'intéressement pour les salariés et le gel des salaires, pendant la durée de l'APC.

> Ci-dessous des extraits de la synthèse des accords

Synthèse accords signés le 17 juillet 2020 – doc ADL – rémunérations – capture 2
Extrait 1 de la synthèse des accords d'Aéroports de Lyon. Document Mediacités.

Synthèse accords signés le 17 juillet 2020 – doc ALD – temps de travail – capture 3
Extrait 2 de la synthèse des accords d'Aéroports de Lyon. Document Mediacités.

Dans le courrier envoyé aux salariés, la direction des ressources humaines rappelle « les engagements de la direction », notamment le choix des actionnaires de ne pas toucher de dividendes sur l'exercice 2019, soit 24 millions d'euros - « un effort considérable », écrit-elle. Pour mémoire, depuis l'arrivée de Vinci Airports à « Saint-Ex’ » en 2016, Aéroports de Lyon a versé 80 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires en récupérant systématiquement 100% des bénéfices et 25% de la trésorerie, comme Mediacités l’avait dévoilé. La direction s'engage également à ne pas lancer de plan de licenciements collectifs « pendant la durée de l'accord ».

Celui-ci intervient dans un contexte de forte tension sociale au sein d'Aéroports de Lyon [relire notre enquête de janvier dernier : Aéroport Lyon Saint-Exupéry : malaise social derrière les beaux discours de Vinci]. À chaque Comité social et économique (CSE), les représentants des personnels dénoncent depuis deux ans les baisses d'effectifs et la dégradation des conditions de travail. C’était compter sans la pandémie du Covid-19 et l’accord d’entreprise signé ces derniers jours… Les salariés ont désormais deux mois pour l’accepter ou le refuser. Dans le second cas : « La direction pourra engager une procédure de licenciement » sur un motif « spécifique de cause réelle et sérieuse ».

Courrier recommandé APC et AE ADL – 22 juillet 2020 -capture 2
Courrier recommandé adressé aux salariés par Aéroports de Lyon. Document Mediacités.
Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.