Lundi 9 décembre dans l’après-midi, le conseil d’administration de l’école Centrale de Nantes refusait de voter la confiance que lui demandait Arnaud Poitou, le président de l’école d’ingénieurs depuis 2012. Au terme de près de 3 heures 30 de réunion, la majorité des 29 membres du CA a répondu « non » par 14 voix contre 12 et 3 abstentions à la question : « accorde-t-il sa confiance à Arnaud Poitou, en particularité pour mettre en œuvre la motion votée précédemment ? ».    

Ladite « motion précédente », votée elle à la quasi-unanimité, préconise « de revenir aux fondamentaux et à l'ambition du projet [d’I-Site] dans toutes ses dimensions », alors qu’il est gelé depuis le vote négatif de ces mêmes administrateurs le 9 octobre dernier. « Ça a été très tendu, ce sont surtout les représentants des personnels et des étudiants élus, ainsi que les extérieurs qui n’ont pas renouvelé la confiance au directeur [Nantes Métropole, la Région Pays de la Loire, y siègent notamment, Ndlr] » explique un administrateur. « Il [Arnaud Poitou, Ndlr] n’a pas été très soutenu. Les anciens n’ont pas pipé mot et il s’est lui-même mal défendu », complète un autre.

Dans la foulée, Arnaud Poitou, a logiquement annoncé qu’il démissionnerait, dans un courriel succinct adressé à tous les personnels de l’école. « Comme je m’y étais engagé, je reviendrai donc vers vous, quand j’aurai pu échanger avec le Ministère [de l'enseignement supérieur, Ndlr], pour vous informer des conditions de ma démission » y écrit-il, en conformité avec le décret du 22 mars 2000 portant organisation des écoles nationales d’ingénieurs. Depuis un an, le directeur de Centrale Nantes, déjà reconduit in extremis en 2018, doit composer avec une large opposition chez les personnels et les étudiants, élus au CA sous la bannière Unité Centrale. En cause : son management décrit par certains comme « brutal » et « clanique », comme nous le racontions à la rentrée 2018, ainsi que son ambiguïté sur le projet d’I-Site. Avant la décision du 9 octobre, Arnaud Poitou avait successivement fait voter son CA pour puis contre (2017) puis pour (2018)...          

« Sa démission va assainir l’atmosphère »

« Sa démission va assainir l’atmosphère, respire un vice-président de l’Université de Nantes. Son attitude était quand même machiavélique. C’est fou le temps qu’on a perdu. » Ce mardi 10 décembre, le jury international qui a délivré le label étatique I-Site il y a presque quatre ans s’est à nouveau réuni en visioconférence avec l’Université de Nantes. Cette dernière y a proposé au Ministère de l’enseignement supérieur une seconde forme d’I-Site : « Ce projet alternatif, baptisé NExT2, conserve les axes industrie et santé du futur. Il prévoit également la création d’un nouvel établissement, idéalement au 1er janvier 2021, sur un modèle très approchant de celui prévu par le projet initial » écrit Olivier Laboux, président de l’Université de Nantes, dans un message au personnel, en date du 13 décembre. Avec de nouveaux partenaires, tels l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole (ESBANM) et l’École nationale d’architecture de Nantes (ENESA), comme nous l’écrivions dès mi-octobre, et alors que « la place de Centrale Nantes reste encore incertaine », admet t-il.

L’État doit faire parvenir sa position dans les jours qui viennent mais on semble, selon plusieurs sources, se diriger vers une issue positive. En clair : l’Université conserverait, au moins pour un temps, le précieux label I-Site. Et ce alors que même le président de l’établissement supérieur nantais, Olivier Laboux, n’y croyait plus, comme il l’avait confié à Mediacités en marge du salon de l’Étudiant à Nantes, fin novembre. L’éviction de son homologue Arnaud Poitou semble clairement avoir pesé dans la balance.     

La direction de l’Université de Nantes peut donc pousser un ouf de soulagement. Car c’est presque 330 millions d’euros sur dix ans qui sont en jeu, dont 58 millions jusqu’en 2021 et 36 postes de contractuels pourvus sur un total de 50. Un observateur fait remarquer : « L’État a tout intérêt à laisser du temps désormais, car il n’y a plus d’urgence et c’est le seul I-Site dans le Grand Ouest. Le renouvellement de la direction de Centrale Nantes va prendre plusieurs mois et les élections à l’Université sont pour bientôt [fin mars, NDLR] ». Reste à savoir avec quelle nouvelle organisation et quelles nouvelles têtes ?

Édition du 13 décembre 2019 à 11h14 : ajout des citations tirées du courrier envoyé par Olivier Laboux au personnel de l'Université.

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.