ROSAM… C’est le petit nom que Johanna Rolland a donné au volet de son programme électoral consacré au vélo. Un acronyme qui rappellera des souvenirs aux anciens élèves des classes de latin ou aux fans de Jacques Brel. Et qui se décline ainsi : R pour Réguler, O pour Organiser, S pour Sécuriser et A pour Accélérer le Mouvement (voilà le M). Mais que se cache-t-il derrière cette série de verbes ? Faute de réponse de sa part, nous n’avions pas pu nous intéresser aux propositions de la maire sortante (PS) dans notre grande enquête publiée la semaine dernière. Celle-ci pointait notamment l'échec de la politique menée ces six dernières années, symbolisé par la stagnation de la part modale du vélo à 3% des déplacements, quand l'objectif était d'atteindre les 12%. Pour compléter, voici donc une petite séquence rétropédalage, sous forme d’acronyme, elle aussi. Ou quand le ROSAM devient le MFTLVN.  

  • M comme mea culpa, ou presque

Lors de la présentation de « ROSAM », Johanna Rolland n’a pas détaillé les manquements du plan précédent. Mais puisqu’elle avait déjà reconnu devoir « faire mieux » à propos du vélo, quelques pistes ont tout de même été évoquées : « Si on regarde la ventilation du budget vélo, il a été très partagé sur toutes les communes de la métropole, et c’est tant mieux. Mais on doit pousser les feux sur la ville-centre », explique-t-elle. Assis à la droite de la candidate pendant la présentation, Thomas Quéro, adjoint aux mobilités douces évoque notamment des aménagements comme « le passage des Sorinières » ou le franchissement du périphérique de la Chapelle-sur-Erdre, « très coûteux » mais sans impact pour nombre de cyclistes du centre-ville. ROSAM ne va pas jusqu’à détailler comment seront « ventilés » les 100 millions d’euros de budget vélo. Mais les futurs élus métropolitains sont prévenus : sur le vélo la ville centre estime avoir un peu trop payé pour ses voisines.

  • F comme FUB : Nantes encore dans la course ?

Lors de sa présentation, Johanna Rolland a réclamé un peu de « patience » pour dresser le bilan du vélo nantais, en évoquant, sourire en coin, le futur classement du baromètre de la FUB (Fédération française des usagers de la bicyclette), qui sera dévoilé début février à Bordeaux. Nantes sera-t-elle finalement sur le podium, malgré nos sombres prédictions et les critiques unanimes des cyclistes locaux ? La maire sortante « ne peut rien dire », mais renseignements pris, la FUB envoie bien des invitations aux collectivités lauréates – tout en maintenant le plus grand secret sur le classement final. Le suspense monte d’un cran.

  • T comme TAN tan tan tan

La proposition N°12 de ROSAM présente, de façon assez floue, la mise en place d’un « compte mobilité unique ». Le concept : pouvoir utiliser d’un même scan de carte/appli Libertan le tram, le bus, les vélos, les parkings, l’auto-partage… Dans cette « offre mobilité » pourrait d’ailleurs aussi apparaître la trottinette, le lancement d’un appel à projet étant envisagé. « A terme, la TAN deviendrait opérateur de toutes les mobilités », a annoncé Johanna Rolland. « Mais sans déposséder JC Decaux », précise Thomas Quéro à Mediacités.

Cette possibilité, visant à favoriser l’intermodalité, s’inscrit dans le cadre de la loi LOM de décembre 2019, note un cycliste, membre du collectif ayant organisé les sorties à vélo des différentes candidates à la maire. « L’intérêt est assez limité pour le vélo, juge-t-il. Et à Nantes, on peut déjà charger l’abonnement Bicloo sur la carte Libertan. Bref : pour réduire la part de la voiture, c’est bien, mais pas spécialement au profit du vélo. » Plutôt celui du tram et du bus.

Une proposition à mettre en lien avec un autre point phare du programme de Johanna Rolland : la gratuité des transports en commun le week-end. La proposition fait débat chez les cyclistes. S'appuyant sur l'expérience dunkerquoise, certains craignant que les nouveaux usagers du tram ou du bus soient d’abord des piétons et des cyclistes, plutôt que des automobilistes. Pour ce militant du vélo, en tout cas, c’est clair : « Pour la candidate, le mode de transport qui doit prendre la place de la voiture en ville, c’est le transport en commun. »       

  • L comme LAPI, la prune informatisée

Encore un sigle, qui signifie, cette fois, « lecture automatique des plaques d’immatriculation ». En clair ? « Une voiture équipée de ce système sillonnera les rues de Nantes pour flasher les plaques des contrevenants, a expliqué Johanna Rolland. Pour être claire, les voitures garées sur les bandes cyclables. » Cette proposition a surpris la cyclosphère, qui restait sur la position de Thomas Quéro, exprimée sur Twitter en mai 2019.

Le dispositif fonctionne déjà à Brest (140 000 habitants) depuis début 2018. Les velotaffeurs, nombreux à réclamer ce système pour réduire ce que Johanna Rolland appelle des « incivilités » (mais que les cyclos préfèrent nommer des « mises en danger »), devraient donc être satisfaits. Raté. Le modèle qu’ils préconisent est plutôt celui en place à Paris: « Plusieurs agents dans une salle avec l’œil en permanence sur les caméras dans toute la ville », décrit avec envie l’un de nos interlocuteurs. Depuis octobre 2019, l’équipe de vidéo-verbalisation parisienne a dressé 400PV par jour (surtout des scooters mis à l’amende – 35 euros - pour non-respect des sas vélo aux feux). « LAPI, ce n’est pas de la vidéo-verbalisation, mais de la verbalisation automatisée, avec en plus une seule voiture pour toute la ville.» Pour l’anecdote, le choix parisien s’est basé notamment sur une étude du respect des SAS vélo réalisée… à Nantes, en 2014. L’analyse montrait que seulement 49% des automobilistes, 20% des motos et 7% des « cyclomoteurs » respectent ce sas. Interrogé par nos soins, Thomas Quéro n’a pas su expliquer pourquoi le dispositif LAPI avait été privilégié.

  • V comme Voiture, vélo-express et petite phrase

Dans les 100 millions d’euros de budget envisagés pour le vélo, dont la plus grosse part serait utilisée pour construire le Vélopolitain, ou réseau express vélo. Johanna Rolland évoque des « axes prioritaires » comme Dalby-Sainte-Luce ou route de Vannes-Centre-ville, mais sans donner plus de détail. « Parce que le réseau express n’est pas un sujet différenciant des autres candidates », a exposé Johanna Rolland. « Alors que la réduction de la place de la voiture, si. » La candidate préfère donc mettre en avant son souhait de « lutter contre le tout voiture », citant pour preuve « le système LAPI », le projet de doubler les zones piétonne, 30 ou mixte, ou encore les rues fermées aux voitures les mercredis et dimanches après-midis. « Je crois qu’il faut assumer que le temps de la voiture individuelle est derrière nous », dit-elle. En précisant : « je ne suis pas sûre que toutes les candidates le disent. »

  • N comme noix : vraies et fausses bonnes idées

« Le coup du code de la rue (proposition N°2), c’est vraiment la proposition à la noix N°150 », s’agace un cycliste. Qui rappelle qu’il existe déjà un code de la route, toiletté récemment et « plutôt bien fait » pour les utilisateurs de la petite reine. Jeff Abrahmson, président de Transport Nantes, préconise plutôt de « rendre claire la règle de droit », grâce à la qualité des aménagements, notamment dans les zones « mixtes » (piétons-cyclistes) et les zones 30km/h, celles dont Johanna Rolland prévoit justement d’augmenter la surface. Thomas Quéro défend quant à lui l’utilité d’un « outil nantais de communication qui rappelle au respect des règles. »

Dans la même veine, les cyclos interrogés ne sont pas impressionnés outre-mesure par la volonté de doubler le budget vélo, qui passerait à 100 millions d’euros si Johanna Rolland était réélue. C’est pourtant assez proche des recommandations de Place au Vélo (115 millions d’euros souhaités). « Sauf qu’on peut payer très cher des choses mal faites », soupire l’un d’entre eux, qui « aime bien prendre en photo tous les aménagements ridicules pour demander si, ça aussi, ça compte. » « Johanna Rolland a déjà passé son mandat à parler de vélo et à ne pas faire, tacle Jeff Abrahmson. Plutôt que des promesses de moyen, on préférerait des promesses de résultat. Mais dans son projet, Johanna Rolland ne mentionne même plus l’objectif de 12% de part modale pour le vélo…»

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/01/16/velo-a-nantes-les-cyclistes-ralent-les-candidates-a-la-mairie-sempoignent/

Cet article a été rédigé suite à la conférence de presse de Johanna Rolland, au cours de laquelle elle a présenté son projet vélo. Plusieurs personnes, membres des différents collectifs défendant les intérêts des cyclistes à Nantes, que nous avions rencontrés pour notre précédente enquête, ont été interrogées. Tous attendaient avec impatience les propositions de Johanna Rolland… et tous semblent rester un peu sur leur faim devant un projet « sans relief » et « avec pas mal de flou ».