L’effervescence autour des écrans de télévision, les éclats de voix, les curieux entassés devant les grilles de la mairie… Tous les observateurs politiques le savent, une soirée électorale se déroule forcément dans une atmosphère électrique, passionnée. Une ambiance aux antipodes de celle d’hier soir à Nantes. De mémoire de vieux dinosaures de la politique locale, jamais un soir d’élection n’avait jamais été aussi morne et inquiétant, comme avant l’arrivée d’un tsunami. Non pas un séisme politique mais sanitaire, et de grande ampleur.

Dans les QG des candidats, seuls les très proches ont été invités, et encore. Pour l’équipe de la maire sortante, le rendez-vous est fixé en mairie après le dépouillement. Une garde rapprochée composée de Pascal Bolo, Aïcha Bassal, Bassem Asseh, Aymeric Seassau et la directrice de campagne se concerte avant d’aller à la rencontre des rares journalistes présents en salle de presse. Une salle de presse quasi-vide. Les journalistes seront même priés de quitter les lieux avant que ne tombent les derniers résultats.

Dans les QG déserts

QG Garnier
A Nantes, dans le QG désert de Laurence Garnier, le soir du premier tour des élections municipales. / Photo : Antony Torzec

Ambiance lunaire également au QG de Laurence Garnier. Ils sont quatre, cinq colistiers à analyser les chiffres autours des grandes feuilles recensant les résultats bureau de vote par bureau de vote. La bouteille de muscadet est timidement sortie. Même atmosphère quartier Graslin, au QG de campagne de la candidate LREM Valérie Oppelt. Le staff rapproché est présent. La règle est annoncée : pas plus de dix personnes dans ce petit 40 mètres carrés. Des colistiers tentent de rentrer mais on leur demande poliment de rentrer chez eux. Ambiance ambiance…

Chez les Verts, à quelques mètres de la mairie, vers 22h30, après les plateaux télé, la candidate Julie Laernoës se ressource auprès d’une dizaine de colistiers dans son QG. Les visages sont graves. En raison des résultats, plutôt décevants pour la candidate écolo ou de la crise sanitaire ? Probablement un peu des deux.

Priorité à la lutte contre le coronavirus

Mairiesoiree
A Nantes, grand vide dans la salle de réception de l'hôtel de ville, au soir du premier tour des élections municipales 2020. / Photo : Antony Torzec

Dans les déclarations des unes et des autres, le même discours : priorité à la lutte contre le coronavirus et attendons de voir ce que va décider le gouvernement. Seule Johanna Rolland ose un souhait de rassemblement à l’attention des forces écologistes et de gauche. Une réaction inappropriée pour sa rivale verte Julie Laernoes.

En mairie, un barnum a été installé à l’extérieur pour recevoir les bannettes des bulletins de vote après dépouillement. A l’intérieur du bâtiment, une salle de réceptions diffuse sur trois écrans les chaines de télévision et les résultats nantais en temps réel. Habituellement, en soirée électorale, le lieu est bondé, les discussions vont bon train. Là, deux colistiers de Laurence Garnier attendent patiemment les scores finaux. Ils sont rejoints par une colistière de Johanna Rolland pour un rapide échange. Quelques mètres derrière, un candidat de « Nantes en commun.e.s », suit seul les programmes politiques diffusés par les télévisions.

Ce soir, le président de la République s'adressera aux Français. Dimanche prochain, quand aurait du se tenir le second tour des élections municipales, QG et Hôtel de ville pourraient bien être totalement déserts.

>>> Retrouvez tous les résultats, les cartes et les réactions sur les élections municipales à Nantes et dans les communes de la Métropole dans notre article spécial élections.

Avertissement au lecteur

Quel sens donner à une démocratie sous confinement ? Quelle valeur accorder à un scrutin organisé à l’ombre d’une pandémie sans précédent ? Le premier tour des élections municipales a été maintenu ce dimanche 15 mars, malgré le développement exponentiel de l’épidémie de coronavirus en France ces derniers jours. Cette élection intervient après l’annonce de mesures de précautions par Emmanuel Macron jeudi, incluant la fermeture des établissements scolaires à partir de lundi, et la fermeture de tous les lieux publics « non indispensables », annoncée samedi par le Premier ministre Edouard Philippe. Le maintien des élections dans ce contexte a suscité de nombreuses critiques et craintes (lire iciici ou ). Les  chiffres de l'abstention hier ont renforcé le malaise.

Avec une participation nationale en baisse de 20 points par rapport au précédent scrutin de 2014, à 44,64 %, la légitimité et la sincérité des résultats sont à questionner. Hier de très nombreuses voix se sont élevées pour demander l’annulation du second tour, prévu dimanche prochain, qui serait synonyme de report de l’ensemble de l’élection. C’est dans ce contexte que Mediacités a néanmoins décidé de couvrir les résultats électoraux de ce dimanche soir dans les quatre métropoles que nous couvrons, mais en nous gardant d’en tirer de grandes analyses sur les équilibres politiques locaux, le sens de ce scrutin étant d’ores et déjà mis en cause.

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).