Jeudi dernier, Mediacités dévoilait le lancement d’un sondage sur le nouveau CHU de Nantes, dans le cadre des élections municipales. La tournure et l’orientation des questions, portant toutes sur les aspects négatifs du projet, ne laissaient que peu de part au doute quant aux intentions du commanditaire de l’enquête.

Pour avoir confirmation de cette intuition, nous nous tournions donc tout naturellement  vers l’équipe de la candidate la plus opposée au projet, afin de savoir si elle était à l’origine de ce questionnaire. En l’occurence, celle de Laurence Garnier. Comme nous le racontions alors, notre intuition était apparemment fausse. Mercredi, Marc Reneaume, le directeur de campagne de la candidate LR nous l’assurait : sa liste n’avait pas commandé cette enquête.

Dont acte. Afin d’en savoir plus, nous nous tournions alors vers les autres candidates, ainsi que vers la plus grosse association d’opposants au projet de transfert du CHU. Quelqu’un devait bien avoir commandé ce sondage. Mais, là encore, chou blanc : tous nous assurent ne pas en être à l’origine. Le mystère reste entier.

Résultats sans surprise

Dimanche soir, il est enfin levé. Envoyé à toute la presse, un communiqué présente les résultats de l’enquête… Comme nous le pressentions, les réponses reflètent la « couleur » des questions : 74% des 814 répondants s’estiment « plutôt mal ou très mal informés » sur le projet de nouveau CHU. 81% pensent que son implantation sur l’île de Nantes devrait être ré-étudié. Enfin, 64% estiment que le site Nord/Laënnec serait mieux adapté à la construction du nouvel hôpital. Bref, des réponses conformes à la nature des questions posées et donc pas de quoi faire tomber qui que ce soit de l’armoire.

Pour nous, à Mediacités, la surprise est ailleurs. En l’occurrence dans la signature de l’expéditeur du communiqué : Marc Reneaume, numéro 2 de la liste Garnier et directeur de sa campagne. Celui-là même qui, quatre jours plus tôt, nous assurait ne rien connaître de ce sondage. Et là, pour ne rien vous cacher, on s’étrangle.

Passons sur la fiabilité et l’intérêt d’une telle « enquête », qui n’a même pas la valeur d’un sondage . Passons sur son coût (près de 4000 euros pour une étude sous Google Form, un outil gratuit), payé qui plus est sur les frais de campagne de la candidate et donc remboursé par le contribuable. A notre humble avis, c’est prendre un peu les Nantais pour des imbéciles, mais laissons les en juger. Après tout, tant qu’il respecte les règles, chacun mène campagne comme bon lui semble et trouve ses arguments là où il le peut. Une question nous reste néanmoins en travers de la gorge : pourquoi Marc Reneaume a-t-il choisi de mentir sciemment à un journaliste lorsque nous l’avons contacté mercredi ?      

Quand Marc Reneaume, numéro 2 de la liste Garnier prend les journalistes et les Nantais pour des imbéciles

Sa réponse plane à des hauteurs rarement atteintes. « Par devoir d’objectivité », nous explique-t-il quand nous le contactons et après nous avoir présenté ses excuses. « Nous ne souhaitions pas dire, avant la publication des conclusions, que nous étions à l’origine de cette enquête. Depuis des années, le pouvoir socialiste ment au sujet du nouveau CHU et explique que nous sommes contre pour des raisons politiques. J’ai considéré en mon âme et conscience que si vous voulions des réponses le moins politique possible, il était important de ne pas dire que c’est nous qui avions commandé cette enquête ».

Mais bien sûr… Quels imbéciles nous faisons ! Comment, à la lecture des questions posées, ce souci de parfaite objectivité ne nous avait-il pas sauté aux yeux ! Voilà, évidemment, qui justifie de mentir à un journaliste vous posant une question directe. Tout particulièrement lorsqu’en tant que conseiller municipal d’opposition on a passé les six dernières années à dénoncer le manque de transparence de l’équipe sortante. La « rigueur scientifique » y gagnera ce qu’y perdront l’honnêteté et la cohérence…

Non, monsieur Reneaume. Sur ce coup là, vos excuses ont du mal à passer. En usant du mensonge pour couvrir une manipulation sondagière grossière – mais somme toute classique – vous dépassez les bornes. En tant que journalistes et tout particulièrement à Mediacités, nous ne sommes pas surpris quand les politiques nous regardent avec méfiance. Après tout, c’est de bonne guerre : nous ne les brossons pas particulièrement dans le sens du poil. De la même manière, nous sommes rompus aux faux fuyants, aux réponses dilatoires, aux interlocuteurs qui « passent soudainement dans un tunnel » ou se retrouvent d’un coup injoignables des jours durant. Bref, nous sommes habitués à ceux qui d’une manière ou d’une autre nous font savoir qu’ils « ne souhaitent pas nous répondre ». Nous le déplorons et militons quotidiennement pour plus de transparence dans la vie publique, mais au moins chacun sait à quoi s’en tenir.

Pratiques insupportables

Ce qui est en revanche insupportable – et ce quelle qu’en soit la raison – c’est de ne pouvoir se fier à la réponse donnée officiellement par un interlocuteur. Plus encore quand il s’agit de quelqu’un qui brigue ou occupe des responsabilités publiques et démocratiques. Parce que c’est une question de confiance. Celle que nous, journalistes, pouvons placer dans la parole d’un personnage public. Et, plus important : celle des citoyens dont il sollicite les voix et celle que les lecteurs accordent à ce que nous écrivons. Mercredi dernier, vous nous avez dit : « Non, je n’ai pas commandé ce sondage ». Et nous l’avons écrit. Et les lecteurs s’y sont fiés. Hier, vous nous avez dit : « Si, j’ai bien commandé ce sondage »… Nous présentons nos plus plates excuses à nos lecteurs et aux citoyens nantais pour avoir cru en votre parole et pour l’avoir retranscrite. On ne nous y reprendra plus.

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez-vous sur pals.mediacites.fr

Point final.
Benjamin Peyrel  et  Antony Torzec
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

2 COMMENTAIRES

  1. Beau travail de journalisme dans l’esprit de Médiacités. L’éthique et l’intégrité , deux valeurs que trop peu de responsables politiques ou de candidats aspirant à l’être pratiquent , souvent dans l’impunité. Ce parler vrai de Médiacités, direct, sans circonvolutions inutiles, contribue à un grand nettoyage nécessaire pour que les citoyens retournent aux urnes .

  2. Faut – il connaître ou pas le commanditaire ? On a envie de dire oui ! Dans ce cas de campagne électorale, connaître le commanditaire oriente la personne sondée, et les réponses ne seront pas les réponses aux questions posées par le sondage, mais à la perception qu’a le sondé vis à vis du commanditaire. Maintenant Médiacités, sous quelle forme le sondage, ou la remise en question de ce CHU aurait il dû se faire ? Qu’en est il du poids des élu(e)s, et conclusion du Commissaire Enquêteur de l’enquête publique ? Présidente du conseil de surveillance du CHU : Johanna Rolland, également maire de Nantes, et présidente de la communauté urbaine Nantes Métropole. Le site du CHU publiait une présentation” avantageuse” du projet. Avantages que l’on n’a pas beaucoup retrouvé dans les avis. conclusion des CE , dont M Jean Claude Verdon qui avait officié pour ERENA Rezé ( avis du public( seulement4 personnes), mais .. beaucoup de pages (trop?) http://jc25mercier.free.fr/chaudieres/docs/p8-avis-conclusions.jpg ). CHU, Page 6 : Après traitement la commission a identifié 3216 observations pouvant être classées comme suit : 114 neutres, 1006 favorables au projet et 2068 défavorables au projet. Combien d’avis favorables viennent des services de la mairie ? Bon, étant donné la situation locale et chantier qui a commencé avant validation du projet , c’est indiscutable le public a dit de façon majoritaire : mauvais projet .

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