L’affaire avait été dévoilée par Mediacités, il y a trois ans. Elle a été jugée hier devant le tribunal correctionnel de Nantes. Pendant plus de deux heures d’audience, Morgan Simon, l’ancien attaché parlementaire de la députée LREM, Valérie Oppelt, a comparu pour des faits supposés d'agression sexuelle sur une autre attachée parlementaire, Victoria Jolly .

A l’époque, en décembre 2016, les deux protagonistes étaient militants LREM, engagés à Nantes pour la campagne d’Emmanuel Macron. Lors de l’audience d’hier, la victime a raconté cette « soirée festive » des Jeunes avec Macron dans un bar du centre-ville de Nantes, durant laquelle Morgan Simon lui aurait soulevé de force la jupe « jusqu’au nombril ». Puis, à un autre moment, touché « furtivement mais fermement » la poitrine.

« L'amnésie traumatique, vous connaissez ? »

Des faits relevant de l’agression sexuelle que nie le prévenu devant le tribunal. « Cela fait quatre ans (qu’ils) ont eu lieu. J’ai un souvenir flou de cette soirée. Ce qui est sûr c’est que je n’ai pas pu faire cela », affirme celui qui connut son quart d’heure de célébrité en figurant derrière le couple Macron au Louvre, lors de la soirée du second tour de l’élection présidentielle 2017. « Mais pourquoi avoir attendu dix mois pour porter plainte malgré nos rencontres régulières ? » s’étonne-t-il même. « L’amnésie traumatique vous connaissez ? » le reprend, du tac au tac, le président du tribunal.

Arguant de son homosexualité pour nier toute possibilité d’agression sexuelle, Morgan Simon voit dans toute cette affaire un coup monté. « Un complot » pour l’abattre, lui et la députée pour laquelle il travaillait, Valérie Oppelt (ex-candidate à la mairie de Nantes, ndlr). Mais de quel complot parle l’ancien attaché parlementaire ? Un petit retour en arrière s’impose. A l’époque du dépôt de la plainte, en octobre 2017, la République en Marche de Loire-Atlantique est surtout “En crise”. On se déchire pour en occuper la tête et pas moins de cinq référents départementaux s’y succèdent, en deux ans.

« J'avais accès au candidat Macron et ça créait des jalousies »

Selon Morgan Simon, la plainte de la victime s’explique donc par sa proximité avec Stéphane Gachet, éjecté du poste de référent départemental quelque temps plus tôt et remplacé par Isabelle Manzoni, l’une de ses proches, à lui, Morgan Simon. D’ailleurs, preuve que ce complot a fonctionné selon son avocat, Maître Joachim Esnault, Isabelle Manzoni a vite été éjectée de son fauteuil de référente départementale après cette affaire d’agression sexuelle. Pour être remplacée par… Stéphane Gachet. « J’avais accès au candidat Macron et ça créait des jalousies » ajoute même Morgan Simon pour appuyer sa théorie.

Mais le spectre du complot n’est pas le seul élément à être porté par la défense. Le soir de l’agression, la victime aurait dansé sur le bar. Et effectué des « portés façon Dirty Dancing »… Une preuve accablante de « légèreté », selon la défense qui, en appui de sa “thèse”, produit une photo représentant la victime, en jupe, un homme plus âgé la collant de près.

« Et vous savez qui est cet homme ? » lance l’avocat de la jeune femme, qui est aujourd’hui attachée parlementaire d’une députée LREM du Val d’Oise. « Eh bien c’est son père ! »… Rires dans la salle d’audience. Avant de commencer sa plaidoirie, Maître Loïc Cabioch enfonce le clou : « Vous l’entendez cette petite musique un peu rance de cette jeune femme qui s’habille avec des jupes et qui ose s’amuser en dansant ». Car pour la partie civile, la réalité est bien différente de celle décrite par Morgan Simon. Certes, la soirée était festive et arrosée. Mais oui, la victime a bien été agressée sexuellement, comme en témoignent par écrit deux participants à cette soirée. Elle aurait également reçu , à deux reprises au moins, des photos pornographiques de la part de Morgan Simon. « Ma cliente aurait voulu entendre des excuses. Faute de quoi, elle attend juste une déclaration de culpabilité et un euro symbolique de dommages et intérêts », demande l’avocat.

« Oui, mon client est un personnage odieux »

Dans son réquisitoire, le procureur de la République présente de son côté le prévenu comme un jeune homme aux « comportements odieux », entretenant un « rapport de domination vis-à-vis de Victoria Jolly ». Pour conclure en requérant contre lui une peine de six mois de prison avec sursis. Ainsi que son inscription au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles (FIJAIS). Il serait ainsi contraint de pointer au moins une fois par an au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie la plus proche de son domicile. Et ce pendant vingt ans.

« Oui, mon client est un personnage odieux » confirme de son côté l’avocat de la défense dans la plaidoirie, reconnaissant son côté « lourd » et son langage grivois. « Mais ce n’est pas un agresseur sexuel » s’empresse-t-il de rajouter en demandant la relaxe. Le complot et la proximité avec Emmanuel Macron… Voilà toute « la clé de ce dossier » selon Maître Joachim Esnault.

Quant à la peine, Morgan Simon l’aurait déjà exécuté, explique son avocat : « Quand un recruteur tape le nom de mon client dans Google, ce qui ressort, c’est l’agresseur sexuel ». Poussé à la démission par son employeur, la députée Valérie Oppelt, après la révélation des faits, Morgan Simon a depuis enchainé les petits boulots. Il est aujourd’hui en période d’essai dans le secteur de la logistique. Le délibéré sera rendu le 17 décembre.

 

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).