Technique, la décision a une portée forte dans le contexte du règne de bientôt 18 ans de Pierre-Jean Galdin, sans contrôle et sans partage aux Beaux-Arts de Nantes, sur lequel se penchait Mediacités à la rentrée. Le 28 octobre, la Chambre régionale des comptes a rendu son jugement concernant quatre séries de dépenses litigieuses réalisées en 2017 par l’École des Beaux-Arts de Nantes Saint-Nazaire (Ebansn), avec comme ordonnateur le directeur. La comptable public de l’établissement, qui en assume légalement « la responsabilité personnelle et pécuniaire » , doit théoriquement rembourser 139 779,59 euros. Mais Pierre-Jean Galdin l’annonce déjà à Mediacités : « Nous ferons appel (suspensif) pour cette décision. »               

Cette procédure civile a été enclenchée à l’été 2019 par le procureur financier, dans la foulée du contrôle de la Chambre régionale des comptes – aux conclusions inhabituellement sévères – dont l’EBANSN a fait l’objet. C’est le sixième jugement de ce type rendu par la CRC en 2020. Dans le détail, la première série de dépenses concerne les 122 369,98 euros de primes versées aux agents de l’école, avantage hérité du temps où cette dernière était encore une régie municipale.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/09/24/les-etonnants-privileges-de-linamovible-directeur-des-beaux-arts-de-nantes/

Encore et toujours Marfa, le campus texan des Beaux-Arts

La Cour entérine que des « pièces manquantes [privent] les paiements en cause de fondement juridique régulier et [sont] susceptibles d’emporter ainsi un préjudice financier ». Elle donne tort au directeur Pierre-Jean Galdin, qui répétait « j’assume » face à Mediacités en septembre dernier : « Les agents ont été mutés avec ces acquis, avec l’engagement de tout le monde qu’ils les conserveraient. Ce n’est donc pas de l’argent qui a été indûment ou particulièrement dépensé par l’établissement », défendait-il.

Bien plus nombreux, les trois autres types de dépenses épinglées sont plus personnels et problématiques. Mais aussi moins coûteux. Il y en a pour 17 409,11 euros, correspondant à 87 « paiements à des tiers » ou « paiements d’avances sur frais de déplacement par régie d’avance ». Sans ordre de mission pour une large majorité d’entre eux (65 %), comme le détaillent les magistrats financiers dans leur décision.

6 096 euros de frais du directeur épinglés

Au-delà de billets de train d’élèves et surtout d’agents des Beaux-Arts, les plus grosses dépenses identifiées (dans 31 cas il n’y a pas de bénéficiaire) sont à mettre à l’actif du directeur, Pierre-Jean Galdin – qui ne nous a pas répondu sur ce point. Au total, 6 096,24 euros, correspondant au paiement de nuits d’hôtel à Paris, de taxis, de billets d’avion et de logements temporaires aux États-Unis. En 2015, l’école y a créé un campus, à Marfa, dans le désert texan. La confirmation d’un fonctionnement au moins opaque, où le directeur utilise Marfa comme « sa danseuse » (dixit une source interne), ainsi que nous le révélions dans notre enquête.

Que va-t-il se passer désormais ? Dans son jugement du 28 octobre, la Chambre régionale des comptes, précise que « l’éventuelle remise gracieuse du ministre [chargé du budget, NDLR] pourra être totale » pour ces 139 779,59 euros. Le ministre l’accorde dans 98 % des cas . Mais les Beaux-Arts de Nantes et son directeur ont choisi de former un recours devant la Cour des comptes contre le jugement de la CRC des Pays de la Loire. « C’est exceptionnel, cela n’arrive quasiment jamais », glisse t-on du côté de cette dernière sans pouvoir préciser le délai moyen d'une telle procédure. Le jugement en appel de la Cour, à Paris, peut ensuite être contesté devant le Conseil d’État.   

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.