C’est encore non. Le 4 janvier dernier, le ministère de la Transition écologique avait donné 15 jours à l’exploitant du parc éolien des Quatre seigneurs de Nozay, entre Nantes et Rennes, pour accepter un arrêt-test de 10 jours. Selon nos informations, l’énorme fonds allemand KGAL (20,2 milliards d’euros de capacité d'investissement) n’a pas donné suite à la proposition de l’État français, qui cherche désormais « des mesures plus coercitives » selon une source proche du dossier.      

Le cabinet de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompilli, confirme que « des discussions sont en cours avec le propriétaire du parc, KGAL, pour obtenir son accord sur la réalisation des tests. La ministre [s’y] est déclarée favorable. Tous les moyens seront mis en œuvre, dans le respect du cadre légal, pour qu’ils soient [réalisés] dans les meilleurs délais », promet-on à l'Hôtel de Roquelaure.

Plaintes contre Jean Castex et plusieurs ministres

Soit une énième reprise en main du dossier depuis Paris, alors que le 16 décembre 2020, KGAL avait refusé par courriel d’assister à une réunion préfectorale avec toutes les parties. « Ils estiment que toutes les conclusions des précédentes études n’ont pas été prises en compte », rapporte la préfecture de Loire-Atlantique à Mediacités. En coulisses, se susurre surtout que KGAL, qui n’a pas répondu à nos nombreuses demandes d’interview, ne voudrait pas perdre de l’ordre de 10 000 euros par jour avec un arrêt total des huit éoliennes mises en route en 2013.      

« On commence à en avoir marre, on a de moins de moins de bêtes », se lasse Céline Bouvet, qui a perdu une quarantaine de vaches en huit ans. L’agricultrice a annoncé mercredi 20 janvier avoir porté plainte auprès de la commission des requêtes de la Cour de Justice de la République (CJR) pour «complicité par aide à l'administration de substances nocives» et « omission de combattre un sinistre ». Sont visés, le Premier ministre Jean Castex, le ministre de la Santé Olivier Véran, l'actuelle ministre la Transition écologique, Barbara Pompili (qui n’a pas réagi), ainsi que sa prédécesseure Élisabeth Borne. Une plainte contre X, pour «administration de substances nocives», a également été déposée devant le tribunal judiciaire de Nantes. « Le principe de précaution, tel que défini par la jurisprudence encore récemment, doit s’appliquer. », plaide son nouvel avocat, le médiatique Fabrice De Vizio .      

Vers des déménagements ?

Du côté de la seconde exploitation agricole, la barre dramatique des 400 vaches décédées vient d’être franchie. Didier et Murielle Potiron ont déposé un recours pour « trouble anormal de voisinage» qui sera examiné le 15 avril prochain par le tribunal judiciaire de Nantes. Une manifestation de soutien pourrait avoir lieu à ce moment-là.

 

Les problèmes de santé, subies par les bêtes et même 23 habitants, sont désormais unanimement reconnus après 26 études qui font de Nozay « le parc éolien le plus étudié de France ». Aucune explication scientifique/technique définitive ne s’est imposée. Les résultats de la 27e étude, commandée par le ministère de la Transition écologique à quatre inspecteurs généraux sont attendus d’un jour à l’autre. Après trois reports de publication.

« On peut encore trouver une solution douce, à l’amiable, veut encore croire le député LREM de la circonscription, Yves Daniel, lui-même ancien exploitant agricole. L’urgence c’est de faire sortir les animaux et les hommes d’une souffrance qui est réelle ». L’année dernière, la Chambre d’agriculture 44 avait estimé la valeur de deux exploitations agricoles pour le compte de la préfecture, ouvrant la porte à un déménagement de celles-ci. Une solution toujours d’actualité, selon nos informations. « Il faut l’éviter absolument. Ça serait du cas par cas avec aussi les riverains. Ça coûterait beaucoup plus cher qu’un arrêt du parc pendant dix jours » alerte Yves Daniel.


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Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.