Elle a tenu parole... finalement. Mi-septembre 2018, Mediacités révélait que Roxana Maracineanu occupait, avec sa famille, un logement social à Clamart (Hauts-de-Seine). L’ancienne nageuse, championne du monde du 220 mètres dos et médaillée olympique, venait alors de rejoindre le gouvernement d’Edouard Philippe, en tant que ministre des Sports. Interrogée pour la préparation de notre article, elle nous avait affirmé qu’elle allait déménager. Un an plus tard, nous avons voulu savoir ce qu’il en était.

« La ministre a déménagé il y a quelques mois », nous répond son cabinet. Vérification effectuée sur place, c’est bien le cas. Les noms de la ministre et de son conjoint Franck Ballanger, journaliste à Radio France, ne figurent plus sur la boîte aux lettres de l’appartement. Idem pour son association J’peupa G piscine, désormais domiciliée à la maison des associations de la ville. Un déménagement toutefois tardif : d’après nos informations, Roxana Maracineanu disposait encore du logement avant l’été.

Ses revenus allaient augmenter

La ministre louait depuis avril 2012 cet appartement de type Prêt locatif à usage social (PLUS) majoré, dans un immeuble de cinq étages, à deux pas du parc de la Maison blanche. Elle l’avait obtenu auprès de l’office HLM Clamart Habitat après avoir déposé une demande en novembre 2010 alors même qu’elle savait que les revenus de son foyer allaient augmenter suite à son élection, en mars de la même année, à la région Île-de-France. A la fin de son mandat, en 2015 (elle n’est pas réélue cette année-là), son indemnité mensuelle s’élevait à 2661 euros soit près de 32 000 euros annuel. Une somme qui s’ajoutait à ses revenus professionnels de consultante et d’éducatrice sportive qui s’élevaient, toujours en 2015, à 21 000 euros, ainsi qu'à ceux de Franck Ballanger, à l'époque journaliste au service des sports de France Inter.  

En 2010, après une brillante carrière sportive, Roxana Maracineanu fait ses premiers pas en politique. Le maire socialiste de Clamart Philippe Kaltenbach lui met le pied à l’étrier en la recrutant sur la liste régionale qu’il mène dans le département des Hauts-de-Seine. Comme nous l’écrivions dans notre précédent article, à Clamart, sous le règne Kaltenbach (2001-2014), les attributions des logements sociaux se déroulaient dans une opacité totale. L'ancien premier édile a été condamné, en 2015, à deux ans de prison (dont un avec sursis) pour corruption passive dans une affaire de promesse d'attribution de logement social. Une peine confirmée en appel. « Si elle [Roxana Maracineanu] a eu ce logement, c’est parce qu’elle correspondait à l’époque aux critères d’attribution en terme de revenus. On ne peut pas empêcher les élus d’obtenir un logement social quand ils y sont éligibles ! », nous avait-il déclaré, en septembre 2018.

Propriétaire d'un appartement à Paris

Depuis, la ministre des Sports a déposé auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ses déclarations de patrimoine et d’intérêts. On y apprend qu’au moment de sa demande de logement social, elle était propriétaire, depuis 2005, d’un appartement à Paris de 45 mètres carrés, acquis pour 200 000 euros. Elle possède par ailleurs, via une Société civile immobilière (SCI) contrôlée à 75%, un immeuble de quatre appartements pour une superficie de 230 mètres carrés, d'une valeur de 185 000 euros.

Rien n’empêche le propriétaire d’un ou de plusieurs biens immobiliers de déposer un dossier de demande de logement social. « Cela peut toutefois constituer un frein à l’obtention d’un logement, votre dossier devient moins prioritaire que d’autres », précise un fonctionnaire du ministère du Logement. Dans le cas de la famille Maracineanu-Ballanger, cela ne semble pas avoir été le cas outre-mesure : il s’est écoulé moins d’un an et demi (17 mois) entre le dépôt du dossier et l’emménagement. Dans les Hauts-de-Seine, selon l’Observatoire du logement social en Île-de-France, le délai moyen de traitement des demandes est de 33 mois, soit près de trois ans.