On le sait, le temps judiciaire n'est pas toujours celui du politique. En l'occurrence, Thierry Fourcassier, le maire (LR) de Saint Jory, candidat à sa propre succession, peut sûrement se féliciter de cette discordance des temps. A six mois du scrutin municipal de mars, il nous a confirmé n'avoir « à aucun moment été entendu » par un juge dans le cadre de l'enquête dont Mediacités a révélé l'existence au mois de juin dernier. « J’ai lu votre papier. Il y a des choses intéressantes », ajoute-t-il, en apparence sûr de lui. Avant de mentionner qu’il avait pris soin de solliciter Sacha Briand, également vice-président de la Métropole - et surtout avocat de métier -, pour savoir s’il devait réagir. Nous n’avons rien vu venir.

L’instruction judiciaire que nous révélions a été ouverte en novembre 2018 contre X pour des chefs de « corruption active, passive, trafic d’influence et recel », ainsi que nous l'avait indiqué le parquet de Toulouse. Il concerne, selon toute vraisemblance, des faits mettant en cause la politique d'urbanisme de Saint-Jory puisque la plupart des personnes interrogées lors de l’enquête préliminaire sont des responsables associatifs de la commune. Malgré tout, du côté de Toulouse Métropole - dont Thierry Fourcassier préside la commission Urbanisme et projets urbains -, on se contente d'indiquer que celui-ci demeure « toujours à son poste » en vertu de « la présomption d'innocence ». Tout en assurant que rien n'a été tranché sur son éventuel maintien à ce poste après les élections de mars prochain.

A l'échelle municipale, en revanche, l'opposition n'est pas restée silencieuse. Comme l'a rapporté La Dépêche du Midi, le conseil municipal de début juillet a été houleux. Le principal opposant (PS), Victor Denouvion, candidat en 2020, a souligné à cette occasion que son camp alerte « depuis plusieurs années sur l'urbanisation galopante » dans cette petite ville au Nord de Toulouse. De l'aveu même de Thierry Fourcassier, Saint-Jory devrait voir sa population presque doubler d'ici 5 ans. Dans leur Tribune d'expression libre, publiée dans le dernier numéro de Saint-Jory Mag, le groupe d'opposition « Ensemble continuons », qui réunit l'ancien maire (PS) Henri Miguel et quelques-uns de ses conseillers aux manettes de la ville entre 2001 et 2014, ne ménage pas non plus ses coups. Faisant la « chronique d'une catastrophe annoncée », ils épinglent « le patrimoine dilapidé » de la commune et réfutent les propos de Thierry Fourcassier tendant à leur faire endosser une partie des constructions actuelles. « Dès mars 2014, tous les permis de construire sans exception ont été signés par Thierry Fourcassier », écrivent-ils.

Des affaires de « Monopoly local » omniprésentes

Les responsables de l'ancienne municipalité accusent par ailleurs le maire d'avoir cédé à des promoteurs immobiliers un terrain de sport idéalement situé à proximité d'une école et du collège. Ce que Thierry Fourcassier assume, tout en soulignant qu'il sait réaliser de bien meilleures affaires que ses prédécesseurs en vendant les « bijoux de famille » de la commune... Bref, la campagne a commencé à Saint-Jory. Et tout indique qu'elle se jouera sur des histoires de « Monopoly local ».

En attendant, rien ne semble avoir changé sous le soleil de Saint-Jory depuis notre enquête. Ou presque. Dans les numéros de juillet et de septembre de Saint Jory Mag, on retrouve les pages de publicité achetées par des promoteurs habituels (Cogedim, Nexity, Nacarat) auxquels s'ajoute un nouveau venu (Loftwood), ainsi que la page des établissements Cassin, propriétaire du domaine de Bordeblanque. Là même où le maire avait pris l'habitude, à chaque rentrée, de recevoir ses soutiens malgré la non-conformité administrative d'une partie des bâtiments. Ce 31 août 2019, toutefois, Thierry Fourcassier a préféré rompre la tradition en conviant ses amis à son domicile pour le « repas de rentrée (…) avec spectacle » qui sonne « la fin des vacances ». A l'approche du scrutin, un peu de discrétion ne nuit pas.