Le Centre d’art chorégraphique pour le développement des danses urbaines (Cacdu), qui avait bénéficié de 70 000 euros de subventions municipales en 2020, malgré une effervescence associative toute relative, comme nous le révélions il y a pile un an, recevra la même somme pour 2021.

D’après l’ordre du jour du prochain conseil municipal de ce vendredi, deux subventions de 35 000 euros chacune doivent être votées : l’une au titre du fonctionnement de l'association, l’autre au titre de l'événement Trophée Masters et d’une semaine anniversaire « 40 ans du hip-hop ».

Pourtant, le Trophée Masters - événement phare de l'association auquel la moitié de la subvention 2020 était déjà dédiée,  n’a pas pu être organisé en décembre dernier comme prévu initialement, à cause du Covid. Partant de ce constat, était-il nécessaire de renouveler cette année cette subvention, alors que les crédits versés en 2020 à cet effet ont été provisionnés, et donc non consommés ? Interrogé par courriel à ce sujet, Abdul Djouhri ne nous a pas répondu.

Autre point qui interroge : le Cacdu est la seule association dans la discipline des cultures urbaines à recevoir une subvention de fonctionnement. Par comparaison, l'association L danse, une école qui emploie quatre salariés et huit intermittents du spectacle et revendiquait 370 adhérents en  2020, se voit allouer une subvention d’investissement de 10 000 euros pour cette année.

Le conseil municipal attribuera vendredi des subventions de fonctionnement pour un montant total de 555 976 euros à 49 associations culturelles et des subventions d’investissement pour un montant de 118 710 euros à huit associations. À lui seul, le Cacdu va recevoir plus de 10 % du total alloué en cette fin d’année au secteur culturel. Seuls le théâtre Sorano (association Théâtre populaire d’aujourd’hui) et les Grands interprètes (qui organise des concerts de musique classique) reçoivent des subventions comparables (96 000 euros et 70 000 euro respectivement). Or, ces deux structures présentent une programmation annuelle, contrairement au Cacdu.

Une convention d’objectifs et de moyens sur trois ans

Le soutien de la municipalité au Centre d’art chorégraphique pour le développement des danses urbaines a connu un regain depuis la réélection en 2020 de Jean-Luc Moudenc, quelques mois après que son fondateur Abdul Djouhri a affiché son soutien au maire sortant pour le deuxième tour.

Mais cette reconnaissance va désormais plus loin que le renouvellement d’une généreuse subvention. Une convention d’objectifs et de moyens doit aussi être votée vendredi entre le Cacdu et la mairie pour la période courant du 31 décembre 2021 au 31 décembre 2024, assurant à l’association un financement sur trois ans. Le fondateur du Cacdu la réclamait déjà en octobre 2020, comme nous le racontions dans notre enquête.

Dans cette convention, les objectifs culturels du Cacdu se déclinent en trois points : l’organisation annuelle de manifestations culturelles, compétitions, battles et rencontres chorégraphiques de danses urbaines au niveau régional, national et international tel que le Trophée Master (battle annuel international) ; la contribution à la structuration de la filière ; et l’apport d’une « expertise pour les acteurs culturels du territoire », en proposant des « outils collaboratifs, favorisant la mutualisation des moyens, facilitant l'échange de savoir-faire ».

Cette convention oblige par ailleurs l’association à fournir à la mairie un compte-rendu financier et un rapport d’activités, mais aussi à justifier d’une activité permanente et régulière, à tenir une comptabilité conforme à la réglementation des associations de la loi 1901, à avoir un budget en équilibre, etc… Autant d’obligations administratives auxquelles ne s’est pas toujours conformé Abdul Djouhri, d’après nos informations. 

Toujours aussi ambitieux, le danseur et chorégraphe de l’Olympic Starz, qui eut son temps de gloire dans les années 1980, ne s’arrête pas là. Il réclame toujours un lieu pour le Cacdu : la friche l’Imprimerie, aux Izards. Obtiendra-t-il gain de cause sur ce point ? Un appel à candidatures pourrait être lancé prochainement à ce sujet. Selon nos informations, Abdul Djouhri répète également à la municipalité son souhait de diriger un comité de pilotage dans la Ville rose sur les cultures urbaines, avec à ses côtés les élus concernés (Djillali Lahiani et Francis Grass) pour hisser Toulouse à un niveau international. À voir si ces souhaits-là seront eux aussi exaucés.

Armelle Parion
Armelle Parion collabore avec Mediacités Toulouse depuis octobre 2018, enthousiaste d’avoir trouvé un média qui fait la part belle aux enquêtes. Correspondante pendant neuf ans pour le Parisien-Aujourd’hui en France, elle a aussi travaillé pour la radio (Radio France, Radio Solidaire) ainsi que des supports économiques (Touléco) et culturels (Lettre du spectacle).