Qui succédera le 29 mars à Martine Filleul au poste de N°1 des socialistes du Nord ? La "Fédé" a beau être presque exsangue (elle est passée en quelques années de 10 000 à moins de 2 000 adhérents), les protagonistes se préparent à livrer le combat. Les hostilités seront officiellement ouvertes les 17 et 18 mars, quand le PS lancera son appel à candidatures. « L’objectif est de reconstruire le PS, de mettre les egos et les carrières des uns et des autres de côté, prévient Martine Filleul. On a besoin de sérénité - particulièrement dans cette fédération. » Un voeu pieux ?

Le 19 janvier dernier, La Voix du Nord publie une lettre de Roger Vicot, maire de Lomme, adressée aux militants socialistes. Il y annonce sa décision d’être candidat au poste de Premier fédéral. Ce n’est plus un secret pour personne. Mais cela suffit à déclencher quelques tweets acerbes. Rappel au respect des procédures collectives, accusation de mensonge... On se croit revenu au "bon temps" de la guerre des clans de 2015, quand la fédération mettait aux prises Gilles Pargneaux, défendu par Martine Aubry, et Martine Filleul, la candidate de Patrick Kanner.

« Il y a des séquelles qui saignent encore »

« Ce qui se joue, c’est l’élection municipale lilloise », déplore un militant désolé par ces premières passes d'armes. « J’ai la crainte, partagée par les militants, de revivre le dernier congrès avec une opposition très dure entre les Aubrystes et les Kannéristes, indique Anne-Lise Dufour, la maire PS de Denain. Il y a des séquelles qui saignent encore. » L’ancienne députée regrette que les militants soient coincés dans un combat qui n’est pas le leur. Un combat Lille contre Lille. »

Patrick Kanner le confirme à Mediacités : il n’est pas candidat. Martine Filleul va-t-elle rempiler ? L'intéressée se refuse à tout commentaire. Tout juste nous indique-t-elle qu'elle pourra être, s'il le faut, « l’élément du rassemblement ». Roger Vicot, lui, est soutenu haut et fort par la maire de Lille Martine Aubry. Mais d'autres noms émergent. A commencer par celui d’Adrien Lartisien, 31 ans, directeur de cabinet de Dominique Bailly, le maire d'Orchies. « L’information circule mais je ne me suis pas encore exprimé publiquement. C’est prématuré. L’annonce viendra d’un collectif que je pourrais porter », indique celui qui est aussi le secrétaire de la puissante section PS d’Orchies (219 militants cartés).

Aidé de camarades socialistes, Adrien Lartisien prépare donc un programme d’actions. Il insiste sur le fait qu’il faudra tenir compte des « aspirations de la jeunesse » et veiller à « un équilibre des territoires ». Un avis partagé par son mentor, Dominique Bailly : « Lille ne peut pas être uniquement le centre de la fédé. Elle va du littoral au Douaisis en passant par le Valenciennois. De plus, il faut un saut générationnel dans la gouvernance. » Les grosses sections d'Orchies ou de Gravelines sont bien décidées à faire entendre une autre musique.

« Allez les jeunes ! Faites-nous rêver »

Des petits jeunes à la fédé ? L'idée a le vent en poupe. Le Roubaisien Mehdi Chalah rencontre les jeunes socialistes pour « voir comment peser » dans l’exécutif. L’ancien attaché parlementaire d’Anne-Lise Dufour « reconnaît le travail de Martine Filleul » mais n’exclut pas de se présenter. « Ce gamin issu de la diversité peut incarner un discours dans lequel on peut vibrer, confie la maire de Denain, dont la section locale compte 130 cartés. Moi je dis : "Allez les jeunes ! Faites nous rêver. Montrez que vous y croyez encore !" » Adrien Lartisien, Mehdi Chalah... « Ce sont des jeunes vieux. On a touché le fond », soupire un militant socialiste lillois.

Pendant ce temps-là, on s'organise du côté de La République En Marche. Après avoir récupéré le soutien de Violette Spillebout, ancienne directrice de cabinet de Martine Aubry, Christophe Itier regarde avec gourmandise les socialistes se débattre dans la marmite de la fédé. Le candidat malheureux aux législatives sur la 1ère circonscription cache à peine son jeu : « Au jour d’aujourd’hui, je ne suis pas candidat aux municipales à Lille. Mais ce que devient ce territoire est un enjeu pour notre mouvement, confie-t-il. On est dans une période très clivante de Martine Aubry, avec des positions extrêmement violentes et le temps n’est plus à ça. Je vais essayer de créer les conditions d’un rassemblement le plus large possible ».

Avec malice, celui qui est aussi Haut Commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale ajoute : « Le but n’est pas de chasser sur les terres de Martine Aubry. Mais oui, je parle actuellement avec tout le monde ». A Lille, le temps des grandes manœuvres politiques a commencé.