Le timing surprend. En pleine campagne pour les élections régionales et départementales, le bureau exécutif de La République en Marche (LREM) a nommé, lundi 7 juin, Violette Spillebout nouvelle référente du mouvement dans le Nord. Le poste était vacant depuis la mise à l’écart, début mai, de Delphine Garnier qui l’occupait depuis septembre 2018. Cette proche de Christophe Itier - ex-homme fort de LREM dans le département aujourd’hui disparu des radars - n’a jamais réussi à apaiser les guéguerres intestines qui pourrissent le mouvement depuis 2017.

Emmenée par Gérald Darmanin, une coalition parmi la douzaine d’élus locaux composant le comité politique du Nord [l’organe qui valide ou non le nom du référent, ndlr] – pensait initialement avoir trouvé le candidat idéal pour remplacer Delphine Garnier : Raphaël Charpentier, une « grosse tête » de 29 ans, diplômé d’HEC, Sciences Po et de l’Université américaine de Berkeley. L’homme présentait l’autre avantage rare d’une expérience nationale doublée d’un ancrage local. Élu conseiller municipal de Marcq-en-Baroeul en 2020 sur la liste de Bernard Gérard (Les Républicains), il exerce à Paris comme conseiller en communication du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, après être passé par les cabinets de Christophe Castaner à l’Intérieur et de Florence Parly aux Armées.

Las, certains élus du comité politique régional, venus de la gauche, ont finalement retoqué la candidature de Raphaël Charpentier. D’autres exigeaient quelqu’un qui soit disponible à plein temps pour mener à bien un chantier de réconciliation aussi colossal que stratégique à moins d’un an de la présidentielle. Or Gabriel Attal ne souhaitait pas lâcher son précieux collaborateur.

Un poste ingrat

Faute de trouver la personne idoine parmi les douze candidats déclarés, l’état-major de LREM s’est rabattu sur Violette Spillebout, l’ancienne candidate LREM aux municipales de Lille. « Elle sait se faire gentille quand il le faut et a réussi à obtenir le soutien de Darmanin… qui se méfie pourtant du personnage », confie un cadre de LREM. Très contestée par le duo Valérie Petit-Gérald Darmanin lors de sa désignation comme candidate aux municipales en juillet 2019, Violette Spillebout a mis en avant son passé d’ex-collaboratrice de Martine Aubry pour amadouer les marcheurs de gauche. Elle aura toutefois fort à faire pour enfiler le casque bleu qui sied à tout référent, un poste ingrat et bénévole de grand organisateur du mouvement au niveau départemental.

Dans le Nord, les soutiens d’Emmanuel Macron ne savent plus où donner de la tête, dispersés comme jamais à l’occasion des élections départementales et régionales du 20 et 27 juin. De Guillaume Delbar, maire de Roubaix, à François Decoster, maire de Saint-Omer, en passant par Laurent Rigaud ou Frédéric Motte, on ne compte plus les proches de LREM ayant choisi de soutenir… Xavier Bertrand, farouche adversaire d’Emmanuel Macron pour la présidentielle.

https://www.mediacites.fr/breve/lille/2021/05/21/regionales-xavier-bertrand-attire-les-marcheurs-comme-un-aimant/

La concomitance des élections régionales et départementales donne lieu à des situations ubuesques. Un cas parmi d’autres : Delphine Alexandre, 16e sur la liste nordiste du marcheur Laurent Pietraszewski aux régionales, reste fidèle au maire de Valenciennes Laurent Degallaix, dont elle est l’adjointe, alors que celui-ci est candidat aux départementales contre le binôme Geneviève Mannarino-Yves Dusart, tous deux soutenus par les relais locaux de LREM.

Hémorragie de militants

Déboussolés par ce bazar sans nom, militants et sympathisants macronistes apparaissent de plus en plus difficiles à mobiliser. En interne, on indique pouvoir encore compter sur 250 actifs pour un total d’adhérents supérieur à 4 000. Une sacrée hémorragie ! Reste une inconnue : pourquoi prendre le risque de déstabiliser l’appareil LREM en changeant de référent en pleine campagne électorale ? Doit-on y voir la volonté d’Emmanuel Macron de remettre ses troupes en ordre de bataille à moins d’un an de la présidentielle, au mépris des campagnes locales en cours ?

L’hypothèse est réfutée par ce macroniste de la première heure qui voit dans ce pataquès pour trouver le bon référent la main d’une personnalité ambitieuse. « Quelqu’un qui, au sein du gouvernement, pourrait recueillir les fruits d’un mauvais score de la liste LREM de Laurent Pietraszewski aux régionales et asseoir un peu plus son pouvoir dans la région en vue d’échéances futures. » Et tous les regards de se tourner vers Gérald Darmanin qui ne cesse de clamer sa fidélité à Emmanuel Macron… pour le moment.