«Une grande perdante : la démocratie ». Dimanche 20 juin, la majorité des citoyens en âge de voter ignoraient qu’il y avait des élections. Et sans surprise, plus de deux électeurs sur trois ne sont pas rendus aux urnes. Un grand vainqueur : Xavier Bertrand. En réunissant plus de 41,4 % des voix, le président sortant de la région Hauts-de-France empoche 20 points de plus qu’en 2015. Une victoire tonifiante pour... le candidat à la présidentielle ! Voilà Xavier Bertrand fortement crédibilisé dans sa course à l’Elysée.

« Nous avons desserré pour les briser les mâchoires du Front National », a-t-il lancé quelques minutes après 20 heures. Comme une répétition pour le candidat qui affrontera Marine Le Pen en mai 2022. Deux bémols, tout de même, à ce triomphe apparent. Le RN est en recul partout - et pas seulement dans les Hauts-de-France (au plan national, la décrue du RN est de 8,3 points). Et tous les présidents de région sortants sont arrivés en tête, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Les perdants du 1er tour

En recueillant 16 % de moins que Marine Le Pen en 2015, Sébastien Chenu accuse le coup… et les électeurs RN : « Bougez-vous dimanche prochain ! » leur a-t-il lancé depuis Hénin-Beaumont. Ne recueillant « que » 24,5 % des voix au premier tour, le RN pourrait perdre la moitié des 40 sièges dont il bénéficiait au Conseil régional. Une mauvaise nouvelle pour le parti de Marine Le Pen qui a tant besoin de ressources et de militants en prévision de la bataille présidentielle. Et un échec personnel pour Sébastien Chenu qui voulait croire, interrogé par Mediacités, que sa « personnalité ne provoquerait pas de barrage ». Sous-entendu : contrairement à Marine Le Pen en 2015. Retour brutal à la réalité ce dimanche, où le battu s’efface complètement derrière sa cheffe pour le second tour. « Je vous demande, vous qui faites confiance à Marine Le Pen, de vous mobiliser », a-t-il exhorté.

Il n’est pas le seul à s’être pris une claque. Avec seulement 9,1 % des suffrages, le parti présidentiel est éliminé dès le premier tour faute d’avoir passé la barre qualificative des 10 %. Et ce malgré un commando de ministres - Eric Dupond-Moretti en tête - venu soutenir Laurent Pietraszewski. Ce dernier a beau avoir appelé à voter Xavier Bertrand, le président sortant s’en fiche comme une guigne. Dimanche prochain, il pourra revendiquer la victoire sans rien devoir à LREM. Il aura désormais toute latitude pour canarder Emmanuel Macron dans les mois qui viennent, même s'il a assuré hier soir que son seul ennemi était le RN. Il faudra tout de même qu'il garde en réserve quelques munitions pour ses deux rivaux à droite, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, qui ont viré eux aussi largement en tête dans leur région au soir du 1er tour. Laurent Wauquiez, avec plus de 43 % des voix, fait d'ailleurs mieux que Xavier Bertrand dans son fief.

Une union de la gauche en question

L’union de la gauche et des écologistes figure également parmi les déçus de ce premier tour. Malgré son caractère inédit en France, elle ne rallie que 19 % des voix, soit autant que le PS seul en 2015. La large avance de Xavier Bertrand sur Sébastien Chenu simplifie toutefois sa tâche. Elle lui permet d’écarter tout retrait pour faire barrage à l’extrême-droite et se maintenir au second tour. Karima Delli peut donc d’ores et déjà annoncer « le retour de la gauche au Conseil régional » avec l'espoir d'une quinzaine de sièges à la clé. Abandonnera-t-elle pour autant sa présidence de la commission des Transports au Parlement européen pour siéger comme simple conseillère d’opposition ? C’est une autre histoire.

« Quand on a été absent du conseil régional pendant six ans, ce qui a été le cas de la gauche et des écologistes, il est difficile d’exister dans une élection », commentait à chaud le politologue lillois Rémi Lefebvre, ce dimanche, au micro de France Inter. Mais il faudra aller plus loin. L’alliance n’a pas évité les accrocs durant la campagne - on se souvient de la sortie tonitruante de Jean-Luc Mélenchon contre les « faux-jetons » de l’union. Et Mediacités a pointé les ambiguïtés d’un front à géométrie variable lors des départementales, qui est venu brouiller la belle image de l’alliance aux régionales. Surtout, il faudra convaincre les jeunes et les classes populaires - l’électorat potentiel introuvable de la gauche depuis des années - de se mobiliser enfin pour le second tour. Jusqu’ici, un seul constat : l’essai n’est pas transformé. Et de loin !