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Le débat sur la distribution de l’eau fait des vagues

Une heure et quart, soit presque un quart de la durée du conseil métropolitain. C’est le temps qu’ont pris les échanges autour de la gestion de la distribution de l’eau, à l’ordre du jour du conseil du 15 octobre. La discussion a essentiellement porté sur le choix entre le renouvellement de la délégation à une société privée ou la reprise en main de la compétence par la Métropole européenne de Lille (MEL), comme ce sera bientôt le cas à Lyon par exemple. C’est la première qui a été validée par la majorité des élus.

Pour comprendre le fonctionnement de la MEL, revenons un peu en arrière. Si la collectivité gère la production de l’eau (via sa régie publique Sourcéo), elle a délégué sa distribution à deux compagnies. Depuis 2016, c’est Ileo, société du groupe Veolia, qui s’occupe d’acheminer l’eau vers les foyers de 62 communes de la MEL. Quatre autres communes - les villes de la communauté de communes de la Haute-Deûle qui ont rejoint la métropole lilloise en 2020 - sont quant à elles desservies par Suez. Les 29 communes restantes ont confié la distribution à Noréade, une régie publique du syndicat intercommunal de distribution d'eau du nord.

Le fonctionnement de la MEL pour la production, la gestion et la distribution de l'eau potable est différent. Photo : Capture d'écran Métropole européenne de Lille.

Pour justifier le renouvellement de cette concession au privé pour la période 2023-2033, les élus ont soutenu que ce mode de gestion était 10% moins cher que la régie, mais aussi qu’il apportait des garanties techniques. Contrairement aux métropoles gérées par la gauche qui ont décidé de reprendre la main sur cette compétence à Paris, à Brest ou encore à Rennes, les élus socialistes du groupe Métropole Durable et Solidaire (MDS) ont soutenu le projet. « Nous ne possédons aujourd’hui ni la compétence technique ni le niveau d'expertise. La régie directe exigerait un savoir-faire que nous ne pouvons acquérir dans l’immédiat », a soutenu Roger Vicot, vice-président de la MEL du groupe socialiste. Non sans émettre une petite réserve : « Cela ne veut pas dire que nous donnerons un blanc-seing au futur concessionnaire. [...] Rien ne nous empêche de réfléchir à ce que pourrait être notre mode de gestion à l’issue du contrat. »

« Pour gérer un bien commun, on convoque l’intérêt général. On n’appelle pas Veolia ou Suez ! », a martelé Stéphane Baly, conseiller métropolitain du groupe d’opposition Métropole écologiste citoyenne et solidaire (MECS). Fermement opposé à la délégation de la distribution de l’eau à une société privée, il a tenté de convaincre ses collègues : « La gestion publique de la distribution de l’eau n’est pas une exclusivité de gauche ! François Baroin à Troyes, Christian Estrosi à Nice où encore Alain Juppé à Bordeaux ont fait ce choix. » En vain. Son appel n’a pas été entendu. « Il faut être prudent dans les comparaisons avec d’autres métropoles », a commenté Roger Vicot.

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De l’argent pour Saint-Sauveur après le camouflet de la justice

Jeudi 14 octobre, le tribunal administratif de Lille annule deux délibérations ouvrant la voie à la construction de logements et d’une piscine olympique sur les 23 hectares de la friche Saint-Sauveur. Le lendemain, lors du conseil métropolitain, les élus valident une enveloppe de six millions d’euros en faveur de ce projet dans « l’hypothèse d’un déblocage juridique ».

Pour justifier cette avance, Stanislas Dendievel, conseiller métropolitain du groupe Métropole durable et solidaire, a réaffirmé que le caractère d’intérêt général attribué par les délibérations n’avait pas été remis en cause et que le tribunal administratif de Lille les avait annulées pour des questions de procédure, comme nous l’expliquions dans cet article. « Revenons à la réalité. Ce que le tribunal annule, ce n’est pas le projet », a-t-il justifié.

Mais cette enveloppe de six millions est loin d’avoir fait l’unanimité. « Comment peut-on accorder une telle avance sans savoir où l’on va ? », s’est étranglé Xavier Bonnet, conseiller métropolitain du groupe d’opposition Métropole écologiste citoyenne et solidaire. La décision du tribunal administratif implique une nouvelle étude d’impact, une nouvelle enquête publique « et peut-être de nouveaux recours », a rappelé l’élu. Avant de conclure : « À l'opposé d'une bonne gestion, cette avance de fonds est une fuite en avant. »

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Consensus sur les aires d’accueil des gens du voyage

La séance du conseil métropolitain s’est achevée avec l’épineuse question des aires d’accueil des gens du voyage. Mais Patrick Delebarre, maire divers droite de Bondues en charge du dossier au sein de la métropole, peut souffler. Début octobre, il s’était indigné dans La Voix du Nord du manque de solutions apportées par ses collègues et menaçait même de démissionner en l’absence d’évolution notoire. En effet, le problème stagne depuis de nombreuses années.

En 2017, nous alertions déjà sur les communes de la MEL de plus de 5 000 habitants ne respectant pas leur obligation d’accueil des gens du voyage. Vingt-deux villes étaient alors concernées. Depuis le 5 juillet 2000, la loi Besson leur impose pourtant d’aménager une aire permanente d’accueil de 25 à 40 places. Un schéma départemental avait finalement été accepté à l’unanimité par les élus métropolitains en 2019. Restait donc à le mettre en œuvre…

Où en est-on aujourd’hui ? En présentant le plan métropolitain d’accueil et d’habitat des gens du voyage vendredi, le premier édile de Bondues a dressé le bilan de la concertation engagée il y a deux ans, et véritablement lancée en juin dernier. Sur les 21 maires sollicités en raison d’un manque d’équipement, 14 ont répondu en proposant un lieu. « Je ne dis pas que cela va être facile : il n’y a pas que des lieux publics, il y a des lieux privés. On va encore devoir se battre pendant quelques années pour sortir les équipements », a tempéré Patrick Delebarre. De plus, quatre maires sont encore en réflexion et trois n’ont pas répondu à l’appel. L’objectif affiché demeure la mise en ligne du plan complet d’ici la fin de l’année afin de lancer les concertations dans les communes, et qu’il soit finalisé « à la mi-2022 ».

Un poil ambitieux ? « Tout est à faire », précise le maire de Bondues... Mais les élus métropolitains semblent enfin vouloir prendre le sujet à bras le corps. En témoignent les interventions de soutien de Faustine Balmelle (Génération.s) ou d’Ingrid Brulant (LREM), et le vote des élus à l’unanimité. Le sujet, pourtant d’habitude très clivant, aura réussi à mettre tout le monde d’accord.

Cet article concerne la promesse :
« Ouverture d’une piscine olympique métropolitaine à Saint-Sauveur »
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