«On est un modèle mais pas une tutelle. Quand on est arrivé en 2014, on n’aurait pas aimé avoir des comptes à rendre, ou devoir suivre des consignes. » Dans un entretien à Mediacités, Bruno Bilde, adjoint au maire (RN) d’Hénin-Beaumont, de 2014 à 2017, dément toute volonté de dicter la politique des douze nouvelles communes du bassin minier, conquises par le Rassemblement national aux élections municipales de mars dernier.
Celui qui est aujourd’hui député de la 12e circonscription du Nord forme avec le maire Steeve Briois, dont il est le compagnon, l’un des pivots de « l’école d’Hénin », aussi appelée « Briois académie ».
Première ville à avoir été gagnée par le parti il y a douze ans, Henin‐Beaumont a en effet joué le rôle de pépinière pour les nouveaux maires RN du Pas de Calais. Cinq d’entre eux ont travaillé un temps pour la municipalité d’Hénin avant de s’emparer à leur tour d’une mairie : Dany Paiva, à Liévin ; Anthony Garénaux‐Glinkowski à Harnes ; François Vial à Oignies, Daisy Duveau à Grenay, et Séverine Bricourt, à Drocourt. Quant au nouveau maire de Marles‐les‐Mines, Mason Moreau, il a été l’assistant de Ludovic Pajot, maire de Bruay‐la‐Buissière depuis 2020… et, lui aussi, ancien salarié de la mairie d’Hénin-Beaumont.
À « l’école d’Hénin »
« Le fait de diriger une ville permet de rémunérer quelques collaborateurs du maire, des adjoints aussi, et de recruter du personnel pour les équipes administratives, personnes qui sont également des militants et s’engagent sur le terrain, à Hénin‐Beaumont et alentour », explique ainsi le politologue Pierre Mathiot, dans un article de La Grande Conversation, la revue du groupe de réflexion classé à gauche, Terra Nova.
Et l’ancien directeur de Science Po Lille de poursuivre : « Les gains électoraux liés aux élections législatives et européennes, ainsi que le mandat de sénateur obtenu [par Christopher Szczurek, ancien premier adjoint de Steeve Briois] en 2023, permettent également de salarier des collaborateurs, originaires du territoire ou que l’on fait venir après les avoir “remarqués”, qui vont constituer des leaders locaux potentiels pour aller conquérir des mairies. »

Cinq des douze nouveaux maires RN sont ainsi, ou ont été, des assistants d’un parlementaire du parti d’extrême droite. Outre Dany Paiva, déjà cité, on trouve Raphaël Eraldi, à Lillers, Yanis Gaudillat, à Billy‐Montigny, Steven Thiry à Houdain et Noé Carette à Pont‐à‐Vendin. Seuls deux des douze édiles échappent à ce « parcours‐type » : le surveillant pénitentiaire Fabrice Trepczynski, à Loison‐sous‐Lens, et l’agent de la SNCF, Pierre Szczypinski, à Courcelles‐les‐Lens.
Des maires qui doivent tout au duo Briois‐Bilde
À respectivement 56 et 41 ans, ces derniers sont d’ailleurs plus âgés que la plupart de leurs collègues. Les nouveaux édiles du bassin minier sont en effet souvent jeunes, voire très jeunes. Quatre d’entre eux ont moins de 30 ans dont le benjamin, Yanis Gaudillat, à Billy‐Montigny, 21 ans seulement à la date du scrutin. Leur point commun ? « Ces candidats, élus le 15 ou le 22 mars, doivent tout au Parti, à Marine Le Pen et au duo local Briois‐Bilde, souligne Pierre Mathiot. Ils n’ont pas, pas encore, de ressources politiques personnelles. »
A Liévin, cinquième ville du département et ville stratégique, le très inexpérimenté Dany Paiva, 30 ans, est ainsi cornaqué par Bruno Bilde et une équipe de conseillers venus d’Hénin-Beaumont ou de Bruay‐la‐Buissière. Le député RN a donc beau affirmer à Mediacités « laisser une importante autonomie » à ces nouveaux élus et se contenter de « leur donner des conseils », cette liberté semble en fait très encadrée. « On a incontestablement formé une nouvelle génération de cadres avec un logiciel qui est un logiciel de pragmatisme », reconnaît‐il. Avant de rappeler en quoi consiste ce logiciel : « La méthode RN dans les communes, ce sont des fondamentaux : diminuer la dette, augmenter la sécurité ».
En 2014, le maire d’Hénin-Beaumont a repris une ville en difficulté financière. Il lui fallait d’autant plus faire la preuve de sa capacité de gestion que la commune était une des rares conquêtes du RN à cette époque. D’où l’accent mis sur la réduction de la dette, devenue un des principes de la politique municipale de Steeve Briois. De fait, celui‐ci n’a cessé d’améliorer la capacité de désendettement de la commune, la ramenant de 8,4 ans fin 2013 à 3 ans en 2024, ce qui est très faible. La moyenne pour les villes de même strate de population est d’environ 5 ans.
Rigueur budgétaire et baisse de la fiscalité en étendard
Il s’enorgueillit par ailleurs de n’avoir contracté aucun nouvel emprunt depuis 2021. Mais cette rigueur budgétaire, reconnue par un rapport de la Chambre régionale des comptes, a aussi son revers. Les dépenses d’équipement par habitant sont plus faibles que dans les communes comparables, d’un tiers environ en 2024, selon la base des comptes des collectivités locales du ministère de l’Economie et des finances.
Quoi qu’il en soit, la rigueur est devenue un mantra pour tous les maires RN du département qui commencent souvent par critiquer le bilan financier de leurs prédécesseurs. Parfois à juste titre, comme à Grenay, où la maire Daisy Duveau a dénoncé une « situation catastrophique ». Parfois de façon exagérée, comme à Liévin, où Dany Paiva a mis en avant la nécessité de « désendetter » et de « dépenser moins et mieux », alors que la Chambre régionale des comptes, dans un rapport de 2025, a plutôt salué la gestion du maire PS sortant.
Il est vrai que l’excuse de l’héritage permet de repousser à plus tard l’une des promesses phares de tous les candidats RN : la baisse de la fiscalité. Steeve Briois a pourtant donné l’exemple. Après deux réductions de la taxe sur le foncier bâti lors de son premier mandat, il l’a baissée à six reprises lors du deuxième (soit ‑5 points de pourcentage). Mais les nouveaux édiles du RN ont pour l’instant du mal à l’imiter. Plaidant un « budget de transition », Dany Paiva s’est contenté d’annoncer une baisse en 2027. Et quasiment tous ses collègues ont évité d’amoindrir leurs recettes fiscales pour l’exercice en cours. Seul François Vial, à Oignies, a adopté une baisse de 3 % de la taxe foncière dès 2026.
Plus de police municipale mais motus sur son coût
Aucun report, en revanche, en ce qui concerne le véritable credo du parti : la sécurité. Comme ils l’avaient annoncé lors de la campagne, les nouveaux maires des villes qui n’avaient pas encore de police municipale ont entrepris d’en créer une. C’est le cas à Lillers (10 200 habitants environ) ou à Billy‐Montigny (7900 habitants). Quant au bourg de Loison‐sous‐Lens (5200 habitants), il va désormais salarier un garde‐champêtre (non armé). Pour les autres, les mesures adoptées lors des premiers conseils municipaux visent à augmenter fortement les effectifs ou à se doter d’un centre de surveillance urbain, voire les deux, comme c’est le cas à Harnes.
Seul problème, le financement n’est pas encore assuré. A Lillers, le maire, Raphaël Eraldi, l’a reconnu à demi‐mot tout en promettant sept agents d’ici à 2032 : « Nous trouverons les moyens car nous gérons les finances en bon père de famille », a‑t‐il indiqué. La transparence semble également faire défaut à Harnes où l’opposition a regretté le peu d’informations concernant les « coûts de l’investissement et du fonctionnement » et les « conséquences financières pour la ville ».
Il faut dire que Bruay‐la‐Buissière, l’autre ville modèle du RN dans le bassin minier, ne donne pas forcément le bon exemple, à en croire nos confrères de l’hebdomadaire L’Abeille de la Ternoise. Dans leur compte rendu du conseil municipal consacré au budget 2026, ils écrivent en effet : « Une fois encore (…), aucun [détail] sur le coût de fonctionnement de la police municipale (vingt agents) et du centre de supervision urbaine et ses caméras. Nous ne connaîtrons donc toujours pas la part du budget qui lui est consacrée. »
La forte hausse des moyens accordés à la police municipale ne s’est pas accompagnée d’une baisse évidente de la délinquance. A Bruay‐la‐Buissière, le nombre de faits de délinquance en 2025 est même supérieur de 18,8 % à ce qu’il était en 2019, avant l’arrivée d’un maire RN, selon les données du service statistique ministériel de la sécurité intérieure. Et ils sont restés, bon an, mal an, à peu près stables à Hénin‐Beaumont sur la même période (+2,9 % au pointage l’année dernière).
Reprise en main de la culture
Voilà pour les premiers pas des nouveaux maires RN en ce qui concerne deux des principaux axes de leur programme officiel. Mais leur gouvernance se caractérise aussi par des attaques contre les opposants du parti, déclarés ou supposés. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la culture qui fait l’objet d’une véritable reprise en main, à l’instar, encore une fois, d’Hénin-Beaumont.
En janvier 2025, la municipalité RN a ainsi repris les clés du théâtre de l’Escapade et mis fin au bail de l’association qui faisait vivre le lieu depuis 1991. Alors qu’il qualifiait la salle, selon Mediapart, de « haut lieu de l’inculture et de la propagande antiraciste » et la programmation de « daube gauchiste » quand il était dans l’opposition, Steeve Briois a attendu son second mandat pour lancer véritablement l’offensive, éjecter l’association et imposer enfin une « offre culturelle accessible à tous », selon le communiqué de presse publié à l’époque.
Le 29 mai dernier, c’est ainsi le chanteur Jean‐Luc Lahaye qui était invité à s’y produire, malgré une condamnation pour atteinte sexuelle sur mineure, une autre pour corruption de mineure et une mise en examen, en 2021, « pour viol et agression sexuelle sur mineure de plus de quinze ans », accusation qu’il conteste. Un choix validé par Marine Le Pen elle‐même, au nom de la « présomption d’innocence ».
Rien d’étonnant, donc, à voir l’ancienne gloire des années 1980 se produire également, le 14 juillet, à Billy‐Montigny. Jean‐Luc Lahaye « a un passé, il a payé sa dette à la société, s’était justifié le maire Yanis Gaudillat auprès de La Voix du Nord. On ne peut pas interdire ad vitam aeternam à un artiste de monter sur scène, peu importe ce qu’il a fait ». Et l’édile d’enfoncer le clou dans un post Facebook : « Et en fait, les communistes, c’est ça un événement réussi (…) Bonne nuit, les rageux », une pique assortie d’un selfie de lui et de Jean‐Luc Lahaye tout sourire.
Incompatibilité politique
A Liévin aussi, la mise au pas de la culture est en marche. La municipalité a créé un tout nouveau poste de « chef du service culture », curieusement chargé de superviser le futur marché de Noël promis durant la campagne, en plus du Conservatoire et du centre culturel Arc‐en‐Ciel. Le directeur de celui‐ci, accusé d’être un « militant politique », a été poussé au départ. « Nous avons juste mis un terme à son contrat », indique Dany Paiva à Mediacités.
A Lillers, c’est un autre type de mesure de rétorsion qui a été mis en œuvre contre des acteurs socio‐culturels en ce début du mandat. Le maire Raphaël Eraldi a coupé les subsides municipaux à quatre associations : Actions Loisirs Jeunes, animatrice d’un café‐musiques, la compagnie théâtrale amateure « Ni fées ni affaires » (Nif‐Naf), l’Étincelle, qui propose des ateliers de pratiques artistiques, et Le jardin de l’or bleu, un jardin partagé de sensibilisation à la biodiversité. Des membres de ces associations figuraient sur la liste de l’ancienne maire communiste.
« Leur posture politique compromet l’obtention d’une subvention », a justifié l’édile RN en conseil municipal. Et de préciser qu’il n’est pas question de doter des associations « qui ont fait étalage de leur refus de travailler avec une ville qui portait les valeurs de notre groupe ». « Une bonne partie des groupes [de musique] qui jouent à l’Abattoir se revendiquent de courants ouvertement politiques, a aussi pointé le maire. L’argent public a‑t‐il vocation à financer des activités, des actions de nature politique ? »
Les mairies RN ne sont pas toujours les premières à couper les ponts. L’association Droit de cité, qui, depuis trente ans, soutient et développe des projets culturels dans le bassin minier, a décidé de ne plus travailler avec les nouvelles municipalités d’extrême droite. L’annonce que son festival du livre pour enfants de 0 à 6 ans, Tiot Loupiot, évitera désormais la ville de Oignies a mis en fureur son maire, François Vial, qui a dénoncé sur Facebook « le gauchisme associatif contre les petits Oigninois ».
Le plus ancien festival de musique de l’association, Les Artoizes, fera quant à lui l’impasse sur le petit bourg de Drocourt (2900 habitants). « On n’a pas souhaité poursuivre notre travail avec Drocourt cette année en raison de circonstances politiques, explique son directeur à La Voix du Nord.(…) On a aussi consulté les bénévoles et les compagnies et il y a eu un vrai débat ; six des sept compagnies ne voulaient pas jouer à Drocourt et les bénévoles étaient sur la même position. »
Haro sur les associations dirigées par des opposants
À Houdain, c’est le Secours populaire qui fait les frais de la vindicte du maire Steven Thiry, sans que cela soit cette fois assumé officiellement. L’association, basée sur la commune, a vu sa subvention annuelle fondre de 1200 à 100 euros, alors que le Secours catholique de Bruay‐la‐Buissière se voyait accorder une aide de 700 euros. Elle a aussi perdu la possibilité d’utiliser un camion de la ville pour aller chercher des denrées. « C’est la première année qu’on est malmenés comme ça », regrette le président de l’association… qui s’était présenté aux dernières élections municipales. Le maire a fini par promettre d’en rediscuter.
C’est toutefois à Harnes (12 200 habitants) qu’un maire RN s’est montré le plus brutal à l’égard d’une association remplissant une mission de service public. Spécialisée dans la prévention et l’aide sociale à l’enfance, Avenir des cités a été sommée, en avril, de quitter le nouveau local pour lequel elle avait signé, en début d’année, une convention de mise à disposition avec l’ancienne municipalité PS. Implantée depuis trente ans à Harnes, l’association emploie sept éducateurs de rue et suit 150 jeunes de la ville et 180 autres dans les communes voisines.

Estimant que les contre‐propositions du maire, Anthony Garénaux‐Glinkowski, n’étaient pas adaptées, elle a refusé de quitter les locaux et de se soumettre à l’ultimatum qui lui avait été lancé de rendre les clés le 15 juillet. Venu pour les récupérer avec un commissaire de justice, le maire est tombé sur une manifestation de soutien et a été contraint de repartir bredouille, raconte le magazine de la CGT, La Vie ouvrière. Il a refusé le délai d’un an, réclamé par l’association pour trouver un point de chute en affirmant vouloir loger dans ces locaux une « association de femmes victimes de violences conjugales », dont il n’a toutefois pas donné l’identité. Selon l’avocat de la structure, cité par Le Canard enchaîné, la résiliation du contrat liant l’association à la commune serait illégale.
Association fantôme
Décidément très vindicatif, Anthony Garénaux‐Glinkowski a également annulé au dernier moment un débat sur l’univers des drag queens qui devait se tenir en avril au cinéma municipal. Sans explications. A moins que le fait que le président de Couleurs, l’association LGBTQIA+ organisatrice, soit par ailleurs un élu de gauche à Lens ait joué un rôle, s’est interrogée La Voix du Nord.
A la place, la municipalité RN a organisé le 16 mai son propre ciné‐débat, la veille de la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Un débat limité à la seule lutte contre l’homophobie « en présence du sénateur du Pas‐de‐Calais Christopher Szczurek, d’Anthony Garénaux‐Glinkowski et du député Bruno Clavet, battu à Lens aux municipales de 2020 et de 2026, ces deux derniers étant ouvertement gays », relève Basta. La soirée était animée par une mystérieuse association « Gays et Lesbiennes du bassin minier », créée pour l’occasion, et dont on a appris fin juillet, par le Journal officiel… qu’elle avait déjà été dissoute.
Les syndicats dans le collimateur
La presse nationale a abondamment évoqué la polémique créée par la décision du nouvel édile en chef de Liévin de supprimer la traditionnelle cérémonie du 1er mai, en mairie, avec les syndicats. Dans la ville qui a connu le pire accident minier de l’après-guerre (42 morts en 1974), cette annulation a choqué. Dany Paiva s’est défendu en affirmant que le dépôt de gerbes en hommage aux mineurs était maintenu, mais pas la réception à l’hôtel de ville, au cours de laquelle les organisations syndicales prennent la parole. Les syndicats « sont là uniquement pour faire de la politique au niveau national » et de la « propagande », s’est-il encore justifié.

Il a été imité à Grenay (6 000 habitants) par sa collègue du RN, Daisy Duveau, qui a mis un terme au traditionnel défilé du 1er mai avec prise de parole des syndicats, pour le remplacer par « un nouvel hommage aux mineurs ». Elle a notamment pointé la CGT, coupable « à plusieurs reprises » d’avoir pris « des positions dans le débat politique » et exprimé son opposition au RN.
Tous deux n’ont fait que suivre l’exemple de Steeve Briois à Hénin‐Beaumont qui a supprimé, dès la deuxième année de son premier mandat, la traditionnelle cérémonie du 1er mai en mairie où les syndicats venaient remettre leurs doléances.
Le 1er septembre, La Voix du Nord a révélé que l’union locale CGT de Liévin, qui occupe un local municipal à titre gratuit depuis des années, était désormais priée par Dany Paiva de quitter les lieux ou de payer un loyer conséquent (1300 euros par mois). « La mairie n’a juridiquement pas le droit de financer un syndicat en particulier. (…) Cela pose un problème d’égalité », a‑t‐il expliqué au quotidien régional.
Normal, ils ne veulent pas payer de loyer. https://t.co/D5BuO5FdIm
— Dany Paiva (@DanyPaiva__) September 1, 2026
Exclusions illégales
L’hostilité de Steeve Briois à l’égard des syndicats municipaux s’est manifestée récemment à l’encontre de deux militants de SUD, un agent et une agente qu’il a exclus temporairement de la fonction publique en mai dernier. Les griefs formulés par la Ville ont beau avoir été balayés un à un par les conseils de discipline du centre de gestion du Pas‐de‐Calais, Steeve Briois n’en a cure.
Fabienne Payen (agente administrative au service état civil) a été exclue de la fonction publique pendant un an, Djelloul Khéris (adjoint d’animation) pendant deux ans. Ce dernier est accusé depuis 2024 de « conflits d’intérêts chroniques » en lien avec ses fonctions d’agent, syndicaliste et bénévole dans deux associations, dont L’Escapade, citée plus haut.
Le 3 juillet, le tribunal administratif de Lille, saisi en référé par les agents, a demandé leur réintégration, en pointant le « caractère disproportionné de la sanction » et « l’existence d’une discrimination en raison de l’appartenance syndicale ». Mais Steeve Briois reste droit dans ses bottes. Dans un communiqué, il estime que la décision du juge des référés « souffre d’un défaut de motivation flagrant » et affirme vouloir poursuivre la procédure devant la justice administrative.
Arrêtés sécuritaires retoqués par la justice
Le maire de Liévin, Dany Paiva, n’hésite pas non plus à critiquer la justice quand celle‐ci invalide certaines de ses mesures sécuritaires. En l’occurrence un arrêté imposant dans certains quartiers un couvre‐feu pour les mineurs de moins de 15 ans et un autre interdisant les rassemblements de personnes « de nature à troubler l’ordre public ».
Attaqués en référé par la Ligue des droits de l’homme (LDH), ces arrêtés ont été invalidés une première fois, fin mai, par le tribunal administratif, et leurs versions légèrement modifiées, une deuxième fois, le 23 juillet. Le tribunal a estimé qu’ils étaient insuffisamment justifiés par des éléments précis et qu’ils n’étaient au final « ni nécessaires, ni adaptés, ni proportionnés ». D’où leur suspension en attendant la décision sur le fond.
Loin de se soumettre, Dany Paiva a lancé une pétition en ligne appelant la population à le soutenir. Son mot d’ordre ? « La justice nous empêche de vous protéger ». Dans un post, le 29 juillet, le maire revendiquait 1 200 signataires. « Une prise à témoin des habitants de la ville contre la justice » qui constitue « un écart inquiétant », a dénoncé La Voix du Nord.
Décisions « liberticides »
Le maire d’Houdain, Steven Thiry, a, lui aussi, vu son arrêté instaurant un couvre‐feu pour mineurs être attaqué par la LDH, puis suspendu par le tribunal administratif, mais il a simplement « pris acte » de la décision du tribunal. Il n’avait en revanche pas pris la peine de discuter de la mesure en conseil municipal. Tout comme le maire de Courcelles‐lès‐Lens à propos d’un arrêté anti‐regroupement. Dénoncé par l’opposition comme « liberticide », il n’a toutefois pas été attaqué devant un tribunal et le maire a accepté de le revoir et de l’ajuster.
A Lillers, un couvre feu pour mineurs de moins de 17 ans, limité aux vacances d’été, a lui aussi échappé à une contestation en justice. Tout comme un arrêté anti‐mendicité.
Les municipalités RN ne sont pas les seules à prendre ce type d’arrêtés. Le maire de Liévin critique ainsi un « deux poids‐deux mesures » avec Lens, dont l’arrêté anti‐regroupement a été épargné par la LDH. Mais celui‐ci était limité à la période estivale et à des secteurs choisis « sur la base de plus de cinquante rapports d’intervention de la police nationale et de la police municipale », rapporte La Voix du Nord.
Guerre ouverte avec la Voix du Nord
En juin, le quotidien régional a publié un article consacré à l’apparition de pages Facebook de « résistance » au RN dans plusieurs villes du bassin minier. Les municipalités de Billy‐Montigny, Drocourt, Harnes et Hénin‐Beaumont ont alors publié un communiqué commun pour dénoncer le choix de La Voix du Nord de donner de la visibilité à « des comptes facebook anonymes où la délation et la propagande règnent en maître », en qualifiant au passage certains de ses journalistes de « honte de la profession ». « La Voix du Nord, ce sont des voyous. Ils n’ont rien à voir avec la presse », renchérit encore Bruno Bilde auprès de Mediacités.
Dans une interview donnée à son magazine municipal, le maire de Harnes a par ailleurs indiqué qu’il ne leur adresserait plus la parole et qu’il répondrait uniquement par « droit de réponse » interposé. Rien d’étonnant à cela. Steve Briois, à la tête d’Hénin-Beaumont, est en guerre ouverte avec La Voix du Nord depuis 2014.
Son habitude d’envoyer systématiquement des droits de réponse avait donné lieu, en 2021, à un article de La revue des médias qui révélait que le quotidien régional en avait reçu plus de 161 à cette date. Du jamais vu en France. « Une méthode juridique qui confine à l’obstruction », observait le directeur de la publication de l’époque. Une méthode qui risque d’être désormais étendue à tout le bassin minier. Les maires passés par la « Briois académie » ont bien appris leurs leçons.
Cet article fait partie du projet « On a déjà essayé ». Sept médias locaux indépendants – Le Poulpe (Normandie), Made In Perpignan, Marsactu (Marseille), Mediacités, Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon et Rue89 Strasbourg – s’unissent pour enquêter sur les municipalités d’extrême droite avant la présidentielle.
Bonjour,
Merci pour cet article ! Deux coquilles toutefois : sur la légende de la photo des élus, c’est d’abord Yanis Gaudillat puis Fabrice Trepczynski et non l’inverse ; Bruay‐en‐Artois n’existe plus, la ville a fusionné avec la Buissière pour devenir Bruay‐la‐Buissière.
Bonjour,
Merci pour vos remarques. Les coquilles ont été corrigées.
3 – Y avait à la mairie le jour de la kermesse
Une photo de Jean Jaurès PHOTO qui sera bientôt remplacée par celle de Jean‐Marie
Et chaque verre de vin était un diamant rose
Posé sur fond de silicose
Ils parlaient de 36 et des coups de grisou
Des accidents du fond du trou
Ils aimaient leur métier comme on aime un pays
C’est avec eux que j’ai compris Pierre Bachelet doit se retourner dans sa tombe
Pas grave tout cela, ce ne sont pas des décisions légales d’édiles LFI, le préfet n’a aucune raison d’intervenir contre.
petit avant‐goût de ce qui nous attend sur le plan national ?
Beaucoup d’offres d’emploi recensées ce jour à Lillers sur emploi-territorial.fr, certainement un signe que les nouveaux élus veulent des agents à leur bottes : un spoil system à la sauce RN.