Elections 2020

Meeting, le mot est excessif. Pas vraiment, non plus, une réunion publique – la prise de parole de la candidate fut courte. Les organisateurs avaient opté pour la dénomination « Apéro de la Gauche ». Bref, pour la socialiste Sandrine Runel, l’heure était à l’échauffement ce jeudi 14 novembre. Désignée, le mois dernier, par les militants de son parti, cette adjointe au maire du 8e arrondissement et conseillère métropolitaine briguera l’hôtel de ville de Lyon en mars prochain. A l’instar de notre précédent article sur « le lancement de campagne » de David Kimelfeld (qui concourt, lui, dans le championnat métropolitain), résumé de la rencontre en filant la métaphore.

Bidule foot1LE TERRAIN

Pour « ce moment de convivialité », Sandrine Runel a opté pour le Poltred, un « concept store photographique ». Autrement dit, on peut y siroter son café ou sa bière artisanale tout en achetant des tirages limités ou des boitiers Leica. Ambiance cosy, déco vintage et plantes vertes au plafond de rigueur. Le PS joue à domicile. Le « coffee-shop » se trouve cours de Liberté, au nord de la Guillotière, en face, ou presque, du siège de la fédération socialiste du Rhône.

Bidule foot 2L’AMBIANCE EN TRIBUNES

Le stadier à l’entrée, écharpe rouge au cou – hommage à François Mitterrand ou à Jean-Luc Mélenchon ? – donne du « camarade » à chaque arrivée. Une bonne soixantaine de spectateurs selon notre décompte (plus de 150 selon Sandrine Runel [voir son tweet plus bas]) se pressent autour des planches de saucisson-fromage et des bols d’olives. Vu la configuration, tout en longueur, le lieu paraît exiguë. Pas si mal pour un parti exsangue depuis les transferts de Gérard Collomb et de ses coéquipiers dans l’équipe macroniste. Sauf que toute l’assemblée ne porte pas le maillot avec la rose au poing. Loin de là. Ou alors, c’est du passé. « Je suis maintenant chez Génération.s [le parti de Benoît Hamon] », raconte un quinqua. « Moi non plus je ne suis plus au PS, mais je reste de gauche », lui répond un autre « ex- ». 

L’ambiance est donc aux retrouvailles. Sandrine Runel claque la bise à chacun et retarde le moment du coup d’envoi. A la tribune VIP, on croise l’ancien adjoint au maire de Lyon Yves Fournel. Ce collombiste historique, aujourd’hui conseiller dans le 1er arrondissement, avait plaqué la majorité municipale en juillet 2017. Alors président du groupe Lyon Gauche Solidaires, il reprochait au baron sa dérive à droite. L’ex-MoDem Eric Lafond, à la tête d’une liste baptisée « 100% Citoyens », est également de la partie. Mais celui dont on note la présence dès qu’il a poussé la porte, c’est Renaud Payre. Le directeur de Sciences Po Lyon, fondateur de la Manufacture de la Cité , partage avec Sandrine Runel l’affiche de Génération Z, initiative lancée ces derniers mois pour tenter de fédérer écologistes et socialistes d’ici aux scrutins de mars 2020. Autre figure de la Manufacture, Jean-Pierre Bouchard, adjoint à la maire du 1er arrondissement en rupture avec sa patronne. Yann Crombecque, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste, effectue enfin un passage furtif au début de la rencontre.                

Bidule foot3LE DISPOSITIF TACTIQUE

Embryonnaire, pour le moment. Pour ce tout début de campagne, Sandrine Runel s’appuie sur Yann Ben Hayoun, nommé directeur de campagne. Ce trentenaire est adjoint au maire du 3e arrondissement chargé de l’Education. Comme nombre de socialistes, il est passé par le centre de formation Unef, au sein duquel il a occupé des responsabilités en Île-de-France au milieu des années 2000 en ne laissant pas que des bons souvenirs . C’est lui qui assure le mot de bienvenue au micro avant de faire la passe à la candidate. Quid de l’implication de la fédération du PS ? « Ce sera un point d’appui, mais Sandrine a vocation à rassembler toute la gauche. Le parti aborde cette élection avec humilité », répond la cheville-ouvrière du staff Runel.                

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LA COMPOSITION DE L’EQUIPE

Rassembler la gauche, c’est bien évidemment l’enjeu pour Sandrine Runel. Et cette soirée devait démontrer que la dynamique était enclenchée. Concrètement, Place Publique, Nouvelle Donne et Génération.S officialisent leur ralliement à la candidate. « Nous sommes dans la poursuite des élections européennes », commentent Eugénie Wibert et Cédric Pellissier, coréférents de Place Publique dans le Rhône, 82 adhérents revendiqués. Pour la Manufacture de la Cité, c’est un poil plus flou. « Bien sûr qu’ils nous soutiennent dans le cadre de l’élection municipale », martèle Yann Ben Hayoun. « Disons que les discussions sont très avancées, la dynamique collective est là et nous nous y inscrivons pleinement », nuance un chouïa Renaud Payre. En jeu, les discussions pour l’autre scrutin – l’élection à la présidence du Grand Lyon – sur lequel le patron de Sciences Po souhaite se positionner. « Ce soir, c’est un premier périmètre de rassemblement », reprend au vol Sandrine Runel.

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Sandrine Runel et Renaud Payre. Photo : NB/Mediacités

Quelques Insoumis ont enfin fait le déplacement. Pour l’heure, ils restent sur le banc de touche. « Notre présence ne veut pas dire qu’on fera forcément alliance, explique Yann Faure, l’un d’eux. On apprend à se connaître. La question est : peut-on soutenir des candidats qui ont fait des choses qu’on désapprouve, comme participer à l’exécutif Collomb ? Nous sommes dans une élection contrainte, avec la prime majoritaire. On ne peut pas être totalement intransigeant sauf à disparaître. » 

Bidule foot 5LE RÉSUMÉ DE LA RENCONTRE

On passera vite sur le discours – moins d’une quinzaine de minutes. Pas de propositions de campagne, encore moins de programme. La meneuse s’en tient à quelques dribbles d’ordre général : « L’exemplarité sociale, environnementale et démocratique » ; « changer le modèle lyonnais ». Sa prise de parole consiste surtout à citer les mouvements présents et leurs représentants. A mettre en scène ce rassemblement tant espéré. Une photo de famille, « en attendant qu’elle s’agrandisse », exhorte Sandrine Runel. Puis quelques « Au boulot ! » et « On va gagner ! » fusent.

Bidule foot1LES ABSENTS

C’est bien évidemment d’eux dont il a été beaucoup question autour des verres de blanc et de rouge : les Verts. Porté par les bons résultats des Européennes et un premier sondage flatteur, EELV fait – pour l’instant ? – cavalier seul. Son candidat pour l’élection municipale lyonnaise Grégory Doucet n’a pas répondu à l’appel de l’apéro de Sandrine Runel, bien qu’il soit impliqué dans Génération Z. Autre absente de poids : Nathalie Perrin-Gilbert. Le « rassemblement de la gauche » ne pourra pas se faire sans la maire du 1er arrondissement, présente sur le terrain depuis le début de l’année avec sa plateforme « Lyon en commun » (soutenue par la France insoumise).

Mais, forcément, le cas Perrin-Gilbert crispe dans les vestiaires : les nouveaux ailiers de Sandrine Runel estampillés Manufacture de la Cité sont en guerre ouverte avec la figure des Pentes. « Je discute avec Nathalie Perrin-Gilbert comme avec d’autres membres de Lyon en commun. Rien n’est fermé. On souhaite tous la victoire de la gauche en 2020 », assène la candidate socialiste. Combien de temps dureront ces discussions avec les autres chapelles ? « On se laisse encore quelques semaines, disons trois, confie Yann Ben Hayoun. Mais à un moment, il faudra dire stop pour entrer dans le vif de la campagne. »  Balle dans les autres camps.