Les « vélotafeurs » - les cyclistes qui ne jurent que par leurs bicyclettes pour se déplacer, notamment entre leur domicile et leur lieu de travail - en ont rêvé. Bruno Bernard ne l’a pas encore fait… Mais le « REV », pour « Réseau express vélo », promis par le président (EELV) de la Métropole de Lyon, est en route. Dans la programmation pluriannuelle des investissements (PPI), votée lors du dernier conseil du Grand Lyon, le 25 janvier, les élus ont validé une enveloppe de 200 millions d’euros allouée au projet « Métropole cyclable et apaisée » (la somme comprend aussi les aménagements prévus pour les déplacements piétons). De quoi éclaircir un peu [lire ci-dessous l’encadré « Un calendrier très flou »] le chantier d’autoroutes à vélo, engagement phare des écologistes qui tiennent le guidon de la collectivité depuis l’an dernier.

Au total, la Métropole prévoit la création de 250 kilomètres de pistes cyclables d’ici à la fin du mandat, en 2026. Le grand « REV » à 450 kilomètres vendu dans le programme des écologistes pendant la campagne électorale n’était donc pas contractuel… Cet objectif est visé pour l’horizon 2030. Voire même déjà revu à la baisse. « On part plutôt sur 320 kilomètres, confie à Mediacités Fabien Bagnon, vice-président du Grand Lyon chargé de la voirie et des mobilités actives. La priorité, c’est de créer les 250 premiers. » Mais là aussi, la tendance est à la baisse : la PPI fait mention de « 200 à 250 kilomètres ». On n’est jamais trop prudent ?

La moitié de la somme destinée aux « mobilités actives », soit 100 millions d’euros, sera investie dans le réseau vélo. À laquelle il convient d’ajouter « environ 25 millions d’euros liés à des projets du Sytral [le syndicat des transports en commun], comme la création parallèle de pistes cyclables et de lignes de tramway », complète l’élu. Enjeu : aménager les futures bandes de bitume « au format REV », c’est-à-dire d’une largeur de quatre mètres, séparés de la chaussée et sécurisés. Bref, de quoi mériter le surnom « d’autoroute à vélo ».

À Amsterdam, un tiers des déplacements en selle

Le Grand Lyon est loin d’être précurseur en la matière. Pour mieux jauger du projet de la Métropole, Mediacités s’est intéressé à d’autres contrées engagées dans le développement de réseaux cyclables structurants. Prenons d’abord la direction du nord. Aux Pays-Bas, les circuits Landelijke Fietsroutes (LF) quadrillent le pays, agglomérations comprises. Résultat, dans la capitale Amsterdam, 32% des déplacements urbains s’effectuent en selle, selon l’index 2019 de l’assureur allemand Coya. Un chiffre qui atteint pas moins de 29% pour l’ensemble du royaume.

« Les Pays-Bas ont commencé leurs aménagements cyclables dans les années 1970 », rappelle Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fub). Si nos voisins Néerlandais possèdent déjà un réseau bien étoffé, ils ont aussi adapté leurs modes de vie. « Il n’est pas rare que les entreprises se dotent de douches ou de vestiaires, souligne Sylvanie Godillon, chercheuse associée à l’unité mixte Géographie Cités. Cela permet d’encourager les trajets entre le domicile et le travail. »

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Dans les rues d'Amsterdam. Photo : creative commons.

Ce n’est pourtant pas Amsterdam qui figure en haut du très réputé classement mondial de la Copenhagenize Bicycle-friendly Cities, mais bien Copenhague où les habitants affichent quotidiennement 1,44 million de kilomètres parcourus à vélo (en cumulé bien sûr !). La capitale du Danemark inspire Fabien Bagnon, qui se souvient d’un dispositif innovant : des repose-pieds aux feux pour que les cyclistes ne perdent pas l’équilibre. Les Lyonnais auront-ils un jour droit à des aménagements similaires ? « Ce n’est pas encore au programme », répond l’élu.

« Dès qu’on étendait une ligne de tramway, on en profitait pour faire avancer le réseau cyclable »

Dans l’Hexagone également, d’autres agglomérations ont déroulé des autoroutes à vélo bien avant Lyon. À tout seigneur, tout honneur, l’Eurométropole de Strasbourg prévoyait, dès 2011, la création de son propre réseau baptisé Vélostras. Forte d’une part modale vélo de 11% à l’échelle de l’agglomération, la capitale alsacienne possède le premier réseau cyclable de France avec 560 kilomètres aménagés. Elle figure d’ailleurs à la cinquième place (sur vingt) du classement établi par la Copenhagenize Bicycle-friendly Cities.      

« À Strasbourg, les pistes suivent les lignes de tramway, explique Sylvanie Godillon. Elles ne sont pas uniquement présentes dans le centre-ville et permettent donc de sortir de l’hyper-centre. C’est un peu ce qui pêche à Lyon. » Julien Dubois, président de l’association pour le développement des véloroutes et voies vertes (AF3V), juge l’Eurométropole de Strasbourg « exemplaire » pour les trajets domicile-travail. « Les voies vertes sont bien conçues, correctement revêtues, et permettent de réaliser des trajets utilitaires. Elles sont parfaitement intégrées dans le réseau », encense-t-il. Cette spécificité a été pensée en amont, comme le souligne Sophie Dupressoir, conseillère municipale de Strasbourg, déléguée à la ville cyclable et marchable : « Dès qu’on étendait une ligne de tramway, on en profitait pour faire avancer le réseau cyclable. Au final, beaucoup d’extensions ont été pensées de cette manière ».

Fabien Bagnon compte appliquer la même méthode. Si le tracé définitif du réseau n’est pas encore défini - le schéma directeur devrait être finalisé en juin [lire notre encadré] -, il espère pouvoir aménager l’axe qui longe la ligne de tramway T3 aux standards du REV. Et ce n’est pas l’unique piste qui devrait suivre le réseau de transports en commun. Pour rappel, une partie du budget du réseau express vélo est lié à celui du Sytral (environ 25 millions d’euros). « Le REV, on le pense exactement comme un réseau de transports alternatif à celui du Sytral, mais aussi complémentaire », avance l’élu du Grand Lyon.

200 000 euros pour vendre du « REV »

Dans les villes où il fait bon pédaler, Grenoble occupe une place de choix aux côtés de Strasbourg. La commune de l’écologiste Éric Piolle a d’ailleurs été classée première du palmarès des villes cyclables (pour la catégorie 100 000 à 200 000 habitants) établi par la Fub. Avec 320 kilomètres de voies dédiées, la métropole de l’Isère se démarque surtout pour ses aménagements sécurisés. En 2019, elle obtenait la note de 3,82 sur un total de 6 concernant la sécurité, dans le baromètre de la Fub. C’est un point de plus que Lyon.

« Le risque de croiser une voiture est très faible, les aménagements sont séparés de la chaussée et du trottoir, explique Emmanuel Colin de Verdiere, président de l’association ADTC-Se déplacer autrement. À Grenoble, nous avons des plans de circulation automobile dits “en marguerite”. Quand une voiture entre dans un quartier, elle est obligée d’en sortir par le même endroit. Cela limite les flux parasites et sécurise les déplacements à vélo. »

« Le vélo à Grenoble fait partie de la culture locale, renchérit Sylvain Laval, vice-président de Grenoble Alpes Métropole, chargé des aménagements cyclables et président du Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise. La ville est très plate, c'est sûr que cela aide beaucoup. » Lancé en 2017, le réseau Chronovélo - le « REV » local - est organisé autour d’une signalétique visuelle attractive. « Son graphisme très spécifique permet véritablement d’identifier les pistes et de se repérer en ville », apprécie Emmanuel Colin de Verdiere.

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Dans l'agglomération grenobloise. Photo : Grenoble Alpes Métropole.

Là encore, les cyclistes lyonnais devraient bénéficier de l’expérience menée ailleurs. « La logique est la même, confirme Fabien Bagnon. On va créer un réseau séparé de la voirie avec une vraie identité graphique. » Une logique à 200 000 euros : c’est le montant de l’appel d’offres que la Métropole de Lyon a publié, le 19 février dernier, pour définir « la marque, la stratégie de communication et l’identité visuelle » du futur réseau express vélo.

« Le plus long, c’est la phase d’étude et de financement »

Le réseau lyonnais sera-t-il à la hauteur de ceux des métropoles de Grenoble et de Strasbourg ? « Strasbourg, c’est un ovni en France, sourit Leslie Agabriel, co-secrétaire de l’association lyonnaise La Ville à vélo [co-présidée auparavant par Fabien Bagnon]. C’est normal, ça fait beaucoup plus longtemps que les élus se penchent sur la question. » Sophie Dupressoir le confirme : « Les efforts et les politiques en faveur du vélo ont commencé dans les années 1970 ». Alors qu’à Lyon, on inaugurait, en 1976, l’échangeur de Perrache, à Strasbourg, on élaborait, en 1978, le premier schéma directeur vélo. Deux autres suivront, en 1994 et en 2011. Le dernier prévoyait 1000 kilomètres de Vélostras. Dix ans plus tard, 770 ont été réalisés.

L’élue strasbourgeoise Sophie Dupressoir concède toutefois que ses prédécesseurs ont dû jongler avec un certain nombre de difficultés. « Il y a eu beaucoup de retard sur le réseau. Le plus long, dans la création d’une piste cyclable, ce ne sont pas les travaux de voirie, c’est la phase d’étude et de financement. » Résultat, le réseau a attendu huit ans avant de véritablement se développer, comme le soulignait Rue89Strasbourg en 2018. « Vélostras est une vieille idée, notre premier article sur ce réseau date de… 2013, ironisaient nos confrères. Mais elle n’a pas reçu de financements lors des arbitrages. Résultat, il ne s’est pas passé grand-chose jusqu’à présent. »

Le mot des maires

Fabien Bagnon ne disposera pas d’autant de temps pour tenir les engagements de Bruno Bernard, même revus à la baisse. « Les maires ont leur mot à dire sur un grand nombre de choses, comme la piétonisation des rues, pointe Matthieu Adam, chargé de recherches au laboratoire Environnement Ville Société. Se mettre d’accord avec la Métropole, ça peut prendre du temps. » D’ici à début avril, les municipalités du Grand Lyon doivent faire un retour au vice-président du Grand Lyon sur son projet de réseau. Après quoi, un séminaire sera organisé, en mai, pour finaliser le schéma. « Le vélo est quand même plutôt consensuel, pense Fabien Bagnon. Ce qui l’est moins, c’est la voirie, les stationnements. C’est sur ces questions que les discussions porteront. »

« Créer une piste cyclable, c’est rapide. Celles mises en place après le premier confinement en témoignent, rappelle Matthieu Adam. Les aménagements ne coûtent pas très cher par rapport à un équipement routier ou à la création de nouvelles lignes de transports en commun. » Au point de permettre à Lyon de rattraper les échappées strasbourgeoise ou grenobloise ? Pour Olivier Schneider, de la Fub, ces deux exemples démontrent « qu’il faut toujours du temps pour que la population adhère au changement. En cinq ans, c’est plus difficile ».

Un calendrier encore très flou

« C’est un projet ambitieux… mais aussi un peu lointain », nuance le vice-président du Grand Lyon Fabien Bagnon au sujet du REV. De fait, le calendrier du « Réseau express vélo » reste, huit mois après l’entrée en fonction de la majorité écologiste au Grand Lyon, encore très flou. « On doit finaliser le schéma directeur en juin prochain, s’engage l’élu. On aura alors un planning plus précis de la réalisation des axes. »

Des « axes » et non des « pistes » ou des « lignes » ? A plusieurs reprises lors de l’entretien qu’il a accordé à Mediacités, Fabien Bagnon s’est repris : « Axes, lignes… le terme exact n’est pas encore arrêté ». Quel que soit le vocable retenu, il s’agira de bande de bitume de quatre mètres de large. Seule autre certitude actuellement, la création d’une piste entre Albigny-sur-Saône et le centre de Lyon : « Une de nos priorités absolues », assure le « Monsieur Vélo » de la Métropole. Mais là encore, le planning n’est pas très précis. « On espérait la finaliser en 2021. On est plutôt sur du premier trimestre 2022 », avance-t-il, avant d’ajouter, énigmatique : « Ce sera notre deuxième axe ». Et le premier ? « Je ne peux pas encore en parler », sourit-il.

« Après, il faudra que ça s’accélère ! On devrait livrer six axes sur le mandat », espère Fabien Bagnon. Ce n’est pas tout : le vice-président du Grand Lyon compte aussi installer 90 000 arceaux supplémentaires et multiplier par dix les stationnements sécurisés (près des gares ou dans les parkings souterrains de Lyon Parc Auto… présidé par le même Fabien Bagnon), pour un total de 15 000 places. Enfin, et il en est très fier, des box à vélos, accessibles sur abonnement sur le modèle de ceux de Lille, feront leur apparition dans la Métropole. C’est d’ailleurs peut-être le seul élément pour lequel le calendrier est arrêté : « On commencera à les voir arriver en 2022 ».

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Dans le 6e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Cet article concerne les promesses :
« Multiplier par dix le stationnement sécurisé pour les vélos » « Créer un Réseau Express Vélo (REV) de 450 kilomètres »
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