Voter… enfin ! Initialement prévues en mars 2021, les élections régionales se tiendront ces dimanches 20 et 27 juin. Un report imputable, bien entendu, au Covid-19. Il y a quelques semaines, le virus hypothéquait encore l’organisation du scrutin avant l’été, voire avant la présidentielle de 2022. Dans ce contexte, la campagne électorale, privée de meetings sauf dans la dernière ligne droite, n’a ressemblé à aucune autre. Interminable pour certaines, comme l’écologiste Fabienne Grébert, candidate depuis l’automne 2020. Éclair pour d’autres, comme Laurent Wauquiez (LR), officiellement en lice depuis le 11 mai. Pour résumer ses péripéties, ses dossiers clefs, ses coups bas et ses enjeux politiques, nous avons opté pour une liste – non exhaustive – de mots. Ils illustrent, à notre sens, à la fois l’esprit et le fond de cette élection.

• « AURALP » • Dix-huit lettres, qui dit mieux ? Fruit de la fusion, en 2016, de l’Auvergne et de Rhône-Alpes, la « nouvelle » région a accolé les noms des deux anciennes entités. Pas de jaloux ! Mais une formule à rallonge, Auvergne-Rhône-Alpes, pour ce territoire de 8 millions d’habitants vaste comme l’Irlande, parfois rebaptisé par le disgracieux acronyme « Aura ». En pro de la com’, le candidat LREM Bruno Bonnell en a fait son affaire : exit « Auvergne-Rhône-Alpes », bienvenue en « Auralp » ! Le néologisme - six lettres - présent sur ses tracts, ses affiches et dans sa bouche a permis au marcheur de pousser l’innovation sémantique. Tout au long de la campagne, il s’est adressé aux électeurs en les appelant « Auralpines, Auralpins ». Mais que les conservateurs se rassurent : « C’est un vecteur de communication, à aucun moment nous ne changerons le nom de la région », précise l’équipe de Bruno Bonnell dans La Montagne.

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Affiche électorale de Bruno Bonnell. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Ce n'est pas le cas de Najat Vallaud-Belkacem. L’ancien ministre socialiste, qui souhaite elle aussi déloger Laurent Wauquiez de la présidence de la région, a annoncé qu’en cas de victoire, elle consulterait les habitants en vue de rebaptiser la collectivité. La promesse est, ceci dit, passée au second plan au fil de sa campagne.

Ces interrogations illustrent en tout cas deux choses : 1/ La crainte qu’au fil du temps « Aura » s’impose, à la manière du « Paca » de Provence-Alpes-Côte d’Azur, privant ainsi le territoire des mots « Auvergne » et « Alpes » au fort potentiel touristique. 2/ Le constat que, cinq ans après sa création, la région n’a pas suscité d’identité propre parmi sa population. Qui se dit « Auvergno-rhônalpin » ou « Rhônalpino-auvergnat » ? Sûrement pas le premier d’entre eux… Dans le Puy-de-Dôme, les partisans de Laurent Wauquiez ont collé des affiches vantant « un Président auvergnat ». Au grand dam des tenants d’« Auralp » [voir le tweet ci-dessous].

• SÉCURITÉ • De quoi s’occupe au quotidien le conseil régional ? Des lycées, des trains, de la formation professionnelle… Quel sujet a écrasé tous les autres depuis le début de la campagne ? La sécurité ! « Priorité à la sécurité », proclame un tract de Laurent Wauquiez, qui promet la « suppression des aides régionales aux délinquants », des « caméras dans nos cars scolaires » ou encore une « expérimentation de la reconnaissance faciale ».

Le président sortant avait annoncé la couleur dès sa déclaration de candidature le 11 mai dernier : « La priorité est claire : c’est d’abord restaurer la sécurité et l’autorité » - le premier mot apparaît pas moins de treize fois dans son discours. Et d’égrener des faits divers déjà exploités politiquement à maintes reprises : le passage à tabac du « jeune Marin », la mort d’Axelle Dorier, dans le 5e arrondissement de Lyon, ou encore les rodéos filmés sur la place des Terreaux.

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Laurent Wauquiez, le 7 juin 2021. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Laurent Wauquiez n’a pas attendu les élections de 2021 pour préempter le thème. « Ce n’est pas un sujet nouveau », soulignait-il, le 7 juin, lors de la présentation de son programme. De fait, entre les portiques de sécurité à l’entrée des lycées, le financement de la vidéosurveillance dans les gares et des subventions pour les communes qui installent des caméras ou arment leurs polices municipales (260 000 euros pour Écully, 300 000 euros pour Bron…), son mandat fut placé sous le signe de l’obsession sécuritaire. Au risque de se mettre hors-la-loi ?

La sécurité ne relève pas des compétences de la région.  Et, comme Mediacités l’a souligné dans de précédents articles à Nantes et à Toulouse, la jurisprudence est très claire en la matière. En décembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a annulé une délibération du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur qui permettait à la région de financer les dépenses d’équipement de police et de vidéosurveillance des communes. Précisément ce qu’a mis en place Laurent Wauquiez !               

Pendant cette campagne, la sécurité ne fut pas l’apanage du patron LR de la région. Le RN Andréa Kotarac s’est lui aussi précipité sur ce terrain-là, en promettant, par exemple, « un référent sûreté » par lycée. Tout comme la socialiste Najat Vallaud-Belkacem, dont le programme prévoit « une brigade régionale de sécurité » déployée près des lycées ou un très opportuniste « plan anti-rodéos ». Elle s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de Laurent Wauquiez en promettant de « soutenir financièrement les polices municipales et intercommunales, partout sur le territoire ». Foin de la jurisprudence !

Qui propose quoi ?

Transports, lycées, économie, écologie, santé... Mediacités a passé au crible les propositions des neuf candidats. Le résultat est à lire dans notre comparateur de programmes.

• RETOUR(S) • Qu’est-elle venue faire dans cette galère ? Retirée de la vie politique depuis 2017 et son échec cinglant aux élections législatives à Villeurbanne (face à un certain Bruno Bonnell), Najat Vallaud-Belkacem effectue son retour à l’occasion de ces élections régionales. Las ! Donnée entre 9 et 12% dans les sondages, l’ancienne ministre de François Hollande, malgré sa notoriété, a échoué à fédérer la gauche derrière elle pour le premier tour [lire plus bas « PUZZLE »]. Ses efforts pour installer un duel entre Laurent Wauquiez et elle, comme lors du débat organisé par France 3, le 9 juin dernier, lui permettront peut-être de devancer sa rivale écologiste Fabienne Grébert le 20 juin. Condition sine qua non pour rester tête d’affiche, pour ces élections comme pour la suite de sa carrière politique.               

Plus anecdotique, les régionales 2021 marquent aussi le retour au bercail de David Kimelfeld. L’ancien président du Grand Lyon, qui avait quitté le Parti socialiste pour suivre Gérard Collomb dans l’aventure macroniste, a apporté son soutien « à titre personnel » à Najat Vallaud-Belkacem. Celui qui avait tenté d’obtenir en vain l’investiture LREM pour les élections métropolitaines de 2020 rompt à cette occasion avec Emmanuel Macron. Dans Tribune de Lyon, il juge « cynique et dangereuse » la stratégie du président de la République d’instaurer un face-à-face avec le RN.

• PRÉSIDENTIELLE • Une élection peut en cacher une autre. Ces régionales 2021 ont parfois ressemblé à un tour de chauffe de la présidentielle de 2022. La faute au calendrier : ce scrutin local est le dernier du quinquennat Macron. La faute aux nouvelles régions : les vastes collectivités créées en 2016 nationalisent les débats. La faute enfin aux candidats : Xavier Bertrand, dans les Hauts-de-France, Valérie Pécresse, en Île-de-France, et Laurent Wauquiez, en Auvergne-Rhône-Alpes. Comme les deux autres, ce dernier n’a jamais cessé de rêver à un destin présidentiel, même s’il a arrêté de se raser.

Après le fiasco des Républicains aux élections européennes en 2019, qui l’a obligé à une toute relative traversée du désert, le président de la région joue aussi son retour sur la scène nationale ces 20 et 27 juin. « Je ne sais pas ce qu’il va se passer, mais je sais que je ne veux pas être spectateur », a-t-il lâché, en mars dernier dans Le Parisien, à propos de 2022, alors que Xavier Bertrand officialisait sa candidature à l’Élysée. L’Auvergnat mise sur la tenue d’une primaire à droite pour se remettre en selle. Interrogé en conférence de presse, le 7 juin, pour savoir s’il s’engageait à effectuer son mandat régional jusqu’à son terme, en cas de réélection, il s’en est tiré par un « Jamais je ne lâcherai l’Auvergne-Rhône-Alpes ». Une formule qui n’insulte pas l’avenir…

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Laurent Wauquiez, le 7 juin 2021. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Mais Laurent Wauquiez n’est pas le seul à avoir mené la campagne des régionales en pensant au coup d’après. « Ce qui m’intéresse, c’est aussi la présidentielle. Il convient de faire gagner Marine Le Pen dès l’an prochain », confiait dernièrement à Mediacités Andréa Kotarac, le candidat du Rassemblement national. Pour le parti d’extrême-droite, le scrutin régional doit servir de rampe de lancement à sa patronne pour 2022.

• PRÉFECTURE(S) • « Et la préfecture de l’Allier ? », interroge Léo Chapuis. « La préfecture de l’Allier ?, répète Najat Vallaud-Belkacem, dans un rire un peu gêné. Euh… allez-y. » « Moulins », répond le journaliste. Sur le plateau de BFM Lyon, ce 15 avril, lors d’un mini-questionnaire « du tac au tac », la candidate socialiste est prise à défaut sur sa connaissance de la région. Ou comment tendre le bâton pour se faire battre…

« Elle ne parle jamais de l’Auvergne. Pour elle, la région, c’est la Métropole de Lyon », tacle aussitôt, dans La Montagne, le maire LR de Vichy Frédéric Aguilera, tête de liste dans son département pour Laurent Wauquiez. Réponse de Najat Vallaud-Belkacem, début mai, à l’occasion d’une visite de campagne dans l’Allier, en forme de Scud contre le président sortant : « Je préfère avoir trois secondes d’hésitation dans un quizz sur la localisation de la préfecture plutôt que d’oublier l’Allier pendant six ans. » Du tac au tac.

Il fut aussi question d’une autre préfecture au cours de la campagne, celle du Puy-en-Velay. Le 6 mai dernier, Yves Rousset, ancien préfet de Haute-Loire publie La Préfecture en feu !. Un brûlot (sans mauvais jeu de mots) à l’encontre de Laurent Wauquiez. L’ancien haut fonctionnaire, aujourd’hui à la retraite, raconte par le menu les relations exécrables qu’il a entretenues avec l’homme fort du département entre 2017 et 2019. Il l’accuse surtout d’avoir attisé la colère qui a conduit des Gilets jaunes à mettre le feu à son ancienne préfecture, le 1er décembre 2018. Pas de quoi troubler le favori des sondages. Yves Rousset « n’a jamais trouvé sa place ni compris la Haute-Loire », a balayé d’un revers de la main le président de la région.

• TRANSFUGES • « Il y a ceux qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, moi, je ne fais qu’un seul geste, je retourne ma veste », chantait Jacques Dutronc. À ce jeu-là, Andréa Kotarac occupe sans conteste le trône du « roi des convertis ». Figure de La France insoumise jusqu’en mai 2019, le trentenaire a été désigné chef de file du Rassemblement national pour ces élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes [(re)lire notre portrait].

Ses deux « Kotamobiles », des camions de déménagement floqués avec son portrait géant et celui de Marine Le Pen, ont sillonné la région en ciblant les villes moyennes (Thiers, Romans-sur-Isère, La-Tour-du-Pin…). Le 3 juin, la patronne du parti d’extrême-droite est venue lui prêter main forte à Saint-Chamond. « Superbe journée », tweetait alors Andréa Kotarac. En réalité, la visite de Marine Le Pen dans la Loire fut émaillée de huées. Invariablement, les enquêtes d’opinion donnent le transfuge insoumis en deuxième position derrière Laurent Wauquiez au soir du premier tour.

Le candidat de l’extrême-droite n’est pas le seul participant au scrutin à avoir changé d’équipe. Vice-président de Laurent Wauquiez jusqu’en 2019, le maire MoDem de Claveisolles Dominique Despras conduit la liste de Bruno Bonnell (LREM) dans le Rhône. Il avait claqué la porte de la majorité en déplorant la droitisation de l’actuel président de région. Même parcours pour François-Xavier Pénicaud, également au MoDem, qui figure sur la liste En Marche dans la Métropole de Lyon après avoir été élu à la région, en 2015, avec Laurent Wauquiez. Ironie de la vie politique : à Bron, le même François-Xavier Pénicaud s’est allié, lors des municipales de l’an dernier, au LR Jérémie Bréaud… tête de liste de Laurent Wauquiez dans le Grand Lyon.

• INTOX • Au moment de se lancer dans la course régionale, Najat Vallaud-Belkacem avait dépeint Laurent Wauquiez en « petit Trump ». La comparaison avec l’ex-président était féroce. Rétrospectivement, elle n’apparaît pas dénuée de tout fondement… Jeudi 3 juin, Laurent Wauquiez improvise une conférence de presse devant le lycée La Martinière Diderot, dans le 1er arrondissement de Lyon. D’après le président de la région, une élève de confession musulmane serait menacée par « une bande de voyous islamistes » parce qu’amoureuse d’un non-musulman. Le candidat LR parle de « manœuvres d’intimidation » et « d’expéditions punitives ». « Ce qu’il s’est passé est très grave », insiste-t-il.

Sauf que... Ni le rectorat, ni le parquet ne confirment le récit de Laurent Wauquiez, basé sur des informations douteuses publiées dans un premier temps par Actu Lyon, puis propagées par Le Figaro ou Valeurs actuelles. Selon les services de l’académie de Lyon, la veille, deux adultes s’étaient présentés à l’entrée de l’établissement et avaient demandé à voir la lycéenne. Devant le refus de l’agent d’accueil, ils ont « quitté les lieux sans manifestation de violence ». Du côté du procureur de la République, une enquête a été ouverte pour « déterminer la nature, la motivation et les circonstances exactes de ces faits qui pourraient s’inscrire dans un conflit de voisinage [entre deux familles], perdurant depuis plusieurs années ».

Sans présager des conclusions de l’enquête, la récupération politique de « l’affaire de La Martinière » par le président d’Auvergne-Rhône-Alpes semble, à tout le moins, trop hâtive. Si on osait paraphraser Laurent Wauquiez, pour le crédit de la parole publique, ce qu’il s’est passé ce jeudi 3 juin est très grave.

> Pour aller plus loin, lire aussi l’article d’Arrêt sur images sur l’emballement médiatique qui s’est emparé de ce vrai-faux fait divers.

• FIGURANTS • Ils s’appellent Shella Gill, Farid Omeir et Chantal Gomez. Dans l’ombre des six autres qui devraient dépasser les 5% des voix au premier tour (condition pour pouvoir fusionner ses listes en vue du second), ces trois candidats ne joueront leur partition que jusqu’au 20 juin. La première, naturopathe, présente sous la bannière « Union essentielle » des listes dites « citoyennes ». Shella Gill promeut la démocratie directe contre « une espèce de rapt du pouvoir » qui serait à l’œuvre depuis le début de la crise sanitaire, comme elle l’a formulé sur Rue89Lyon. Mais ses déclarations sur le masque (« il y a une limite dans l’excès d’autoritarisme surtout dans le port du masque en extérieur »), le soutien de certains de ses colistiers au « Frexit » ou à des figures anti-vaccin, comme la députée (ex-LREM) Martine Wonner, ont brouillé le message de la candidate.

Farid Omeir porte, lui, les couleurs de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF), parti souvent qualifié de « communautaire » bien qu’il se définisse comme « non confessionnel et profondément républicain ». Le candidat avait déjà concouru aux élections métropolitaines, l’an dernier, dans la circonscription des Portes du Sud. Pendant la campagne régionale, le discours de cet enseignant de 34 ans a porté sur la lutte contre l’islamophobie et sur la réduction « des inégalités sociales et territoriales ».

Chantal Gomez, enfin, défend « le camp des travailleurs et des travailleuses ». La candidate de Lutte ouvrière, retraitée, se présente pour la deuxième fois à la région. En 2015, elle avait recueilli 1,25% des voix au premier tour. C’est la seule des trois petits poucets à avoir été invitée au débat organisé, le 9 juin, par France 3. Face aux poids lourds Wauquiez, Bonnell ou Vallaud-Belkacem, la représentante de l’extrême-gauche ne s’est pas démontée. Exemple sur l’envahissant thème de la sécurité [lire plus haut « SÉCURITÉ »] : « Je suis bien placée pour en parler, moi qui habite dans une cité, un quartier dit difficile [à Echirolles]. » Avant de marteler : « La racine du mal, c’est cette misère qui s’accroît. »

https://www.youtube.com/watch?v=aYS13UcvYoQ

• PANNEAUX • Quelle que soit l’issue de ces élections régionales, Laurent Wauquiez aura marqué son territoire… de milliers de panneaux bleus. Plus qu’une manie, une obsession : dès qu’une des 4 000 communes d’Auvergne-Rhône-Alpes reçoit plus de 3 600 euros d’aide de la part de la région, elle est tenue de planter à l’entrée de son bourg ou de son centre-ville un panneau « La Région aide ses communes » surmonté du logo de la collectivité.

Résultat, le territoire s’est couvert de ces petites pancartes au fil de mandat. Parfois seulement pour la construction de toilettes publiques, comme à Montarcher, dans la Loire. Parfois le panneau est double, comme à Tence, en Haute-Loire, où sous le traditionnel « La Région aide ses communes », un autre message précise que la même région agit pour la sécurité de la bourgade. Fin 2018, cette frénésie du faire-savoir avait coûté la bagatelle d’1,2 million d’euros.

La même folie du logo s’est emparé des lycées - publics comme privés - quitte à ce qu’elle confine au ridicule… À Juliette-Récamier, dans le 2e arrondissement de Lyon, pas moins de trois panneaux de la région ornent l’entrée de l’établissement. Son adversaire Najat Vallaud-Belkacem a rebaptisé Laurent Wauquiez « le Seigneur des panneaux ».

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A l'entrée du lycée Juliette-Récamier, dans le 2e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

« Les gens doivent savoir où va leur argent », n’a eu de cesse de défendre le président d’Auvergne-Rhône-Alpes. Il n’empêche qu’avec son omniprésent logo bleu clair, Laurent Wauquiez - qui a repris le même code couleur pour sa campagne électorale - a érigé la communication politique au rang de grand art. Quand bien même le petit dessin qui évoque un volcan (le trait de gauche), un sommet des Alpes (le trait de droite) et le fleuve Rhône (trait horizontal) repose sur un gros mensonge. Lors de sa présentation, en septembre 2016, la collectivité assure dans un communiqué qu’il a été « réalisé en interne, sans surcoût ». En réalité, la région a fait appel à une agence lyonnaise, Graféine, pour concevoir « son architecture de marque ».

• (FAÇON) PUZZLE • L’union est un combat… même face à Laurent Wauquiez. Pas moins de trois candidates - l’écologiste Fabienne Grébert, la socialiste Najat Vallaud-Belkacem et la communiste Cécile Cukierman - représentent la gauche à ce scrutin régional, sans compter Chantal Gomez pour Lutte ouvrière [lire ci-dessus « FIGURANTS »]. Malgré de longues semaines de discussions, les équipes des deux premières n’ont pas réussi à trouver de terrain d’entente.

Bousculée par l’entrée en campagne de l’ancienne ministre de l’Éducation mais fidèle à sa réputation de femme politique déterminée, Fabienne Grébert n’a pas lâché le morceau. « Est-ce que la notoriété d’un candidat ou d’une candidate suffit à se ranger derrière lui ? Nous ne sommes pas dans la politique spectacle », cinglait-elle alors que Najat Vallaud-Belkacem officialisait sa candidature. « Les verts ont en tête leurs victoires l’an dernier à Lyon et à la Métropole, commente un socialiste qui a participé aux négociations entre les deux camps. Mais ils font une erreur d’analyse en pensant pouvoir rééditer le même scénario aux régionales. En 2020, ils ont gagné car En Marche était divisé et parce que le PS avait été dévitalisé par Collomb et Kimelfeld. Autrement dit, les écolos étaient les seuls à occuper le créneau de gauche. »

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Affiche électorale de Fabienne Grébert, à Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Pour amadouer l’inflexible Grébert, les émissaires de Najat Vallaud-Belkacem ont proposé, en cas de victoire, de laisser la présidence aux écologistes en échange d’une majorité de vice-présidences et d’un groupe politique plus important au sein du bloc de gauche. Refus de l’équipe adverse qui proposait de réserver un cinquième des sièges au « pôle socialiste » [lire sur le sujet l’article de notre partenaire Mediapart].

Les deux se présenteront donc chacune de leur côté ce 20 juin et répètent qu’elles se retrouveront au soir du premier tour - avec Cécile Cukierman si elle parvient à dépasser la barre fatidique des 5% des voix. Trop tard ? « Si on ne réalise pas l’union avant le premier tour, on se privera de dynamique pour espérer battre Wauquiez », prophétisait, en début d’année, l’ancien président (PS) de Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne.

• MAIRES • Jamais sans ses maires… Sur la ligne de départ, parmi ses 13 têtes de listes (une par département, plus celle de la Métropole de Lyon), Laurent Wauquiez a aligné pas moins de six premiers édiles. Auxquels on peut ajouter la conseillère régionale Isabelle Massebeuf, première adjointe de Privas (Ardèche), et Bruno Faure, maire de Saint-Projet-de-Salers pendant plus de quinze ans, aujourd’hui président du conseil départemental du Cantal. D'après notre décompte, sur le bulletin de vote du candidat LR, figurent les noms de 105 maires (on a laissé de côté les adjoints et autres élus municipaux)... soit 51,5% des colistiers !

Outre de rester les responsables politiques « préférés des Français », les maires présentent l’avantage d’avoir été élus ou réélus l’an dernier. Autrement dit, de pouvoir encore bénéficier du souvenir de leur récente campagne victorieuse. C’est tout sauf un hasard si presque aucun maire de droite du Grand Lyon ne manque à l’appel sur la liste LR de Laurent Wauquiez, même pour faire de la figuration en places non éligibles : Laurence Fautra (Décines), Jérôme Moroge (Pierre-Bénite), Pierre Oliver (2e arrondissement de Lyon), Xavier Odo (Grigny), Lucien Barge (Jonage), Pascal Blache (6e arrondissement de Lyon), Gilles Gascon (Saint-Priest), Clotilde Pouzergue (Oullins), Alexandre Vincendet (Rillieux-la-Pape), Véronique Sarselli (Sainte-Foy-lès-Lyon), Philippe Cochet (Caluire-et-Cuire)... entre autres. La brochette est conduite par celui de Bron, Jérémie Bréaud, nouveau héraut du système Wauquiez.

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Le maire de Bron Jérémie Bréaud, lors de la présentation du programme de Laurent Wauquiez. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Le président sortant a fait de son ancien salarié à la région Auvergne-Rhône-Alpes - l’élu brondillant y fut chargé de mission [(re)lire notre portrait publié en 2020] - un symbole de son discours sécuritaire. Il ne manque jamais de rappeler que Jérémie Bréaud, qui a été menacé de mort à plusieurs reprises, mène un travail de « reconquête » face « aux voyous », comme lors de la présentation de son programme, le 7 juin dernier. Pour faire campagne en faveur de Laurent Wauquiez, le maire de Bron ne manque pas d’argument : en novembre 2020, la région a sorti le chéquier - 300 000 euros - pour financer la pose de caméras de vidéosurveillance dans sa commune et armer sa police municipale.

• ERAI • Et soudain l’ère Queyranne, du nom de celui qui a présidé Rhône-Alpes de 2004 à 2015, s’est invitée dans la campagne. Le 27 avril dernier, la justice condamne la région Auvergne-Rhône-Alpes à verser 10,4 millions d’euros au liquidateur judiciaire d’Erai (Entreprise Rhône-Alpes international). Ce satellite de l’ancienne collectivité, créé pour accompagner les PME locales dans leur développement à l’international, était devenu synonyme de scandale après un rapport accablant de la Chambre régionale des comptes, en 2016 sur sa gestion dispendieuse. Dans la foulée, Lyon Capitale révèle que, ce même 27 avril, la division financière de la police judiciaire de Lyon a entendu Jean-Jack Queyranne dans le cadre de l’affaire Erai.

A quelques semaines du scrutin régional, Laurent Wauquiez boit du petit lait. « Ce n’est pas aux contribuables de payer pour les fautes de l’ancien exécutif socialiste, qui a conduit [Erai] à la ruine », martèle-t-il. Les socialistes ont beau rappeler que la droite a toujours soutenu la structure jusqu’en 2015 et les écologistes taxer le président sortant de « révisionnisme », le retour dans l’actualité de ce dossier explosif a fait les affaires du candidat LR. 

• LABRADOR • Pas de bonne communication politique, sans cabot. Après François Mitterrand et Baltique, Emmanuel Macron et Némo, c’est au tour de Bruno Bonnell de faire le coup du labrador. Sur des kakémonos disposés aux abords des marchés pendant les séances de tractage, celui qui veut « rallumer des étoiles » pose, grandeur nature, avec un chien aux pieds. Plus vendeur que le logo LREM ? Le marcheur s’est attiré quelques moqueries sur les réseaux sociaux…

Laurent Wauquiez, qui est lui propriétaire d’un yorkshire baptisé Titus, bien utile pour susciter des like sur Facebook, a carrément consacré un (petit) chapitre de son programme aux chiens et chats. Il promet de financer la rénovation des refuges animaliers et des SPA. Faut-il y voir le signe que la cause animale s’installe durablement dans le champ politique ? Ou bien le signe que les amoureux du « meilleur ami de l’Homme » sont un électorat à brosser dans le sens… du poil ?


Comparatif des programmes, portraits de candidat, bilan du mandat Wauquiez, soubresauts de la campagne... Retrouvez toutes les enquêtes de Mediacités sur les élections régionales sur notre page spéciale :

https://www.mediacites.fr/regionales-2021/auvergne-rhone-alpes-lyon/