Sur la sécurité, « que ce soit à Nantes ou ailleurs en France, je suis pessimiste sur nos chances d’éviter (une) forme de surenchère permanente. La médiatisation et la politisation des problèmes d’insécurité ont fait perdre toute rationalité au débat. » La prédiction que faisait le sociologue Laurent Mucchielli dans nos colonnes en mai dernier s’est bel et bien réalisée : depuis le début de la campagne pour l’élection municipale à Nantes, la question est au cœur du débat. Et, comme pour lui donner encore raison, la tendance est effectivement à la surenchère.

Comme Mediacités a pu en rendre compte dans une récente enquête, la vidéosurveillance a, par exemple, le vent en poupe : hormis Julie Laernoës (EELV) et Margot Medkour (Nantes en commun), toutes les autres candidates proposent une augmentation plus ou moins substantielle du nombre de caméras. La représentant En Marche Valérie Oppelt allant jusqu’à promettre la mise en service de drones pour garder un œil sur l’espace public.

Mais c’est en matière d’effectifs de la police municipale que la bataille de chiffres est la plus féroce. Quand la maire sortante (PS), Johanna Rolland promet de recruter 37 agents pour sa nouvelle police métropolitaine des transports et 70 policiers municipaux supplémentaires, Valérie Oppelt et Laurence Garnier en rajoutent encore un peu. La première en veut 85 de plus dès son arrivée à la mairie, portant ainsi leur nombre à 200. Évalué à environ huit millions d’euros par an, son programme sécurité reste néanmoins inférieur à celui de Laurence Garnier. La candidate LR prévoit quant à elle de doubler le nombre d’agents dans ses trois premières années de mandat. « L’équipe en place a fait le minimum. Moi je m’engage à faire le maximum, dans ce qui relève de mes compétences », expliquait-elle à Mediacités dans le portrait que nous lui avons consacré.    

Le minimum ? Lorsque l’on regarde les chiffres et que l’on compare Nantes aux neuf autres communes françaises de plus de 200 000 habitants, son dispositif semble en effet limité. Tout comme celui d’une autre métropole de l’Ouest, Rennes. 3,7 policiers municipaux pour 10 000 habitants dans la première, 3,3 dans la seconde, quand la moyenne des métropoles se situe à 4,6 pour 10 000 habitants. Et ce alors que les statistiques de délinquance n’affichent pas forcément de grandes différences d’une grande ville à l’autre.

Il ne s’agit pas de juger ici du bilan sécurité de chaque municipalité, constatons néanmoins que celle dirigée par Johanna Rolland n’a pas été inactive. Si l’on s’intéresse à l’évolution du nombre de policiers municipaux durant le mandat, Nantes – qui partait de loin – a connu la 5e plus forte augmentation, derrière Toulouse, Montpellier, Rennes et Bordeaux. Dans la cité des Ducs, les effectifs ont crû de 20% sur la période pour atteindre 115 agents. « Le bond quantitatif est assez important, il y a une symbolique forte derrière », note le directeur de la police municipale dans une étude sur Les polices municipales des plus grandes villes de France, publiée par l'Institut Paris Région (l'agence d'urbanisme de la Région Ile-de-France) en novembre 2019. Même si « c’est assez peu pour une ville comme Nantes », reconnaît-il. Dans le même document, il ajoute ainsi : « Nous avons une démarche axée îlotage depuis deux ans. [...] C’est bien, mais on n’a pas les effectifs suffisants pour travailler dans de bonnes conditions. [...] On commence à toucher nos limites en termes de déploiement d’agents. On n’est pas assez, clairement. »

Voilà pour les comparaisons nationales. Mais qu’en est-il si l’on restreint un peu le champ de vision à l’échelle départementale ? A l'aune de certaines de ses voisines comme Châteaubriant ou La Baule, les moyens humains de la préfecture de Loire-Atlantique peuvent paraître là encore un peu « sous-dimensionnés ». Saison touristique oblige, c’est en bord de mer que les polices municipales sont les plus fournies. La Côte d’Amour l’emporte sur la Côte de Jade en termes de densité d'agents par habitant, avec Piriac-sur-Mer, Batz-sur-Mer et La Turballe dans le Top 5 départemental. Des petites stations balnéaires font ainsi des efforts budgétaires plus importants sur la sécurité que les plus grosses, comme La Baule, Pornic et Pornichet.

Dans le tableau ci-dessous, le poids du facteur touristique pour expliquer la densité en policiers municipaux est évident. Mais La bizarrerie la plus frappante est à chercher du côté de Châteaubriant. 11 policiers pour 10 000 habitants dans la sous-préfecture, c’est quatre fois la moyenne départementale et trois fois celle de Nantes. On aime l’ordre chez les Hunault, maires de Châteaubriant de père en fils depuis plus de 60 ans (avec tout de même un intermède socialiste, de 1989 à 2001, entre Xavier et Alain).

Si l’on zoome encore pour arriver au niveau de la Métropole de Nantes, la ville-centre n'a pas à rougir face à ses plus grandes voisines. Rezé, Saint-Herblain, Orvault, Vertou ou Saint-Sebastien n’apparaissent même pas dans le Top 20 départemental, tant leurs effectifs de police municipale sont maigres.

Au sein de Nantes Métropole, c’est bien à Nantes que la police municipale est la plus étoffée. Avec 3,7 policiers municipaux pour 10 000 habitants, elle est à égalité avec la banlieue chic de Sautron, juste devant Sainte-Luce et Carquefou. Les quatre communes sont les seules à afficher une densité en policiers municipaux supérieure à la moyenne départementale. Dans les 20 autres communes, les effectifs restent très limités, quand ils ne sont pas inexistants comme à Rezé, une des seules villes de plus de 40 000 habitants en France (avec Brest et Quimper) à ne pas avoir créé de police municipale. Sans doute un reste du passé anarcho-syndicaliste de la ville !

Dans le département, huit communes de 5 000 à 10 000 habitants sont dans la même situation que Rezé. Il s’agit de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, Saint-André-des-Eaux, Chaumes-en-Retz (Arthon-Chéméré), Pont-Saint-Martin, La Chevrolière, Vallons-de-l'Erdre (Saint-Mars-la-Jaille, Divatte-sur-Loire (La Chapelle-Basse-Mer) et Saint-Jean-de-Boiseau. Quelques communes nouvelles pas encore structurées comme leurs consœurs et de gros bourgs demeurés très paisibles malgré leur croissance rapide.

Petite anecdote à propos de ces données sur les effectifs de police municipale. La base nationale, compilée à Paris par des agents du ministère de l’Intérieur pour chacune des 4 575 polices municipales de France en 2018, donne plusieurs infos : le nombre d’agents, le nombre d’ASVP (stationnement), de garde-champêtres, de maîtres-chiens et de chiens de patrouille. En Loire-Atlantique, une seule commune est répertoriée comme disposant d’un maître-chien et de deux chiens de patrouille : Préfailles (1 246 habitants). Damien Andrieux, brigadier-chef de la police municipale de Préfailles, est bien à la tête d’une brigade animale, mais elle est équestre et c’est à cheval qu’il traque le contrevenant dans cette charmante station balnéaire de la pointe Saint-Gildas !