«Tu commentes pas, ce soir ? - Ah non, j’ai pas fait médecine, moi. »… La boutade est signée du politologue Goulven Boudic, sur son compte Facebook. Habitué des plateaux télévisés les soirs d’élection, le professeur de sciences politiques à l’université de Nantes (et soutien de la candidate écologiste Julie Laernoës) résumait en deux lignes l’attitude de bons nombres d’habitués du commentaire politique face aux résultats du premier tour des élections municipales, hier soir. Quels enseignements est-il possible de tirer d’un scrutin sous l’ombre du coronavirus, de la peur d’aller voter et du confinement a géométrie variable. Que dire d’un instant démocratique censé être décisif mais durant lequel 44,64% des électeurs seulement se sont exprimés en France, à peine plus de 38,7% à Nantes ? Comment et pourquoi gloser sur des résultats dont personne ne sait s’ils seront encore valides quelques heures plus tard ? 

Partant de là, nous ne nous livrerons donc pas à une analyse détaillée des rapports de forces politiques sortis hier d’urnes à moitié vides. L’avenir, les constitutionnalistes et le gouvernement diront bientôt ce qu’il en restera. Mais il nous a néanmoins semblé utile de nous concentrer celle qui a réellement triomphé hier soir l’abstention. Nous publions donc ici une série de cartes qui montrent l’ampleur du phénomène, à Nantes, comme dans toutes les communes de la Métropole.

La carte de l'abstention en 2020 dans la métropole de Nantes, commune par commune

(cliquez sur une ville pour connaître le taux d'abstention)

La carte de l'abstention en 2014 dans la métropole de Nantes, commune par commune

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Dans la ville centre, après un niveau déjà élevé en 2014 (45,51% ), elle a atteint un seuil record pour un scrutin de ce type : 61,33%. C’est près de 16 points de plus qu’il y a six ans. Mais c’est loin d’être la commune où le phénomène est le plus marquant. A Brains, la différence atteint 28,58 points (70,03% contre 41,45%)… Dans 11 communes sur les 24 que compte la métropole, plus de 60% des électeurs ne se sont pas rendus dans les bureaux de vote. Dans 22 sur 24, ils étaient moins de la moitié à y être passé dimanche… Ce n’était pas arrivé une seule fois en 2014.

Au petit jeu de qui a voté le plus, deux communes se distinguent : Saint-Léger-les-Vignes (64,5% de participation) et Indre (56,6%). Est-il possible d’en tirer un enseignement ? Pas franchement. Certes, les deux font partie des cinq villes de la métropole comptant moins de 5000 habitants et avec ses 1844 âmes, Saint-Léger est même la moins peuplée. Mais, on l’a vu, Brains (2840 habitants), deuxième de ce « palmarès » est aussi la commune où l’on a le moins voté hier soir… Le facteur taille démographique ne semble donc pas forcément pertinent. Pas plus d'ailleurs que l'idée que les personnes âgées se seraient plus abstenu que les autres. A Brains, la recordman du genre, les plus de 65 ans représentent 12,7% de la population. Ils sont 14,2% à Indre.

L'abstention particulièrement forte dans les quartiers populaires de Nantes

Si l’on s’intéresse cette fois à la carte de l’abstention au niveau des bureaux de vote nantais, on s’aperçoit que le coronavirus n’a fait que renforcer des phénomènes déjà à l’œuvre. Ceux évoqué dans cette interview avec le géographe et maître de conférence à l’université de Nantes, Jean Rivière : une participation nettement plus faible dans les quartiers populaires.

La carte de l'abstention à Nantes le 15 mars 2020, bureau de vote par bureau de vote

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Cette fois encore, c’est à Malakoff, au Breil, à Nantes-Nord, à Bellevue et aux Dervallières que l’on trouve les taux d’abstention les plus élevés. Dans ces quartiers « politique de la ville », elle dépasse généralement 70% et parfois même 80%... A l’inverse, c’est dans le centre-ville et dans les « espace de la bourgeoisie nantaise », pour reprendre l’expression de Jean Rivière, que l’on trouve une fois encore les bureaux où la participation est la plus forte, comme à Montselet ou aux Hauts-Pavés Saint-Félix. Nettement moins qu’en 2014, mais plus qu’ailleurs.

abstention 2014

 

En bonus :

La carte des listes arrivées en tête par bureau de vote à Nantes.

Cliquez sur un bureau pour connaître les deux listes arrivées en tête et leur score


 

>>> Retrouvez toutes les résultats, infos et réactions dans notre article consacré au premier tour des élections municipales

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.