«Si je suis dans l’équipe, ce n’est pas pour enfiler des perles au fond du conseil municipal »… Voilà ce que Pascal Bolo confiait à Mediacités en janvier dernier lors de la présentation de la liste de Johanna Rolland. Comme prévu, ceux qui avaient parié sur la reconversion de l’omnipotent élu en bijoutier amateur en sont donc pour leur frais...

Révélée ce matin lors du premier conseil municipal post-élection, la composition de l’équipe entourant la maire réélue de Nantes réserve une place discrète mais centrale à ce personnage clé de la vie politique nantaise. Plus centrale même que celle qu’il occupait lors du précédent mandat : en plus des Finances, l’ancien directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault hérite aussi des questions de Sécurité et de tranquillité publique. Bref, de ce qui fut le thème central des débats électoraux avant que ne surgisse le coronavirus.

Certes, après s’être fait plutôt discret durant la campagne, il recule dans la hiérarchie protocolaire : septième adjoint, seulement, quand il occupait la première place dans la précédente mandature. Mais avec les cordons de la bourse dans une main et une matraque dans l’autre, difficile de parler de mise en retrait. « Sur un sujet majeur, il fallait un élu majeur, glisse d’ailleurs Johanna Rolland, en marge du conseil municipal. Nous aurons besoin de poursuivre les négociations avec l'État sur cette question. Pour cela, je fais totalement confiance en l'expérience politique de Pascal Bolo ».

Alors, est-ce à dire que rien ne change à Nantes ? Pas tout à fait. Symbole de la « nouvelle étape » annoncée dans son discours par Johanna Rolland, Pascal Bolo devient le dernier représentant encore en place de l’ère Ayrault. Si la maire réélue a bien rendu hommage ce matin à l'ancien Premier ministre et maire de Nantes - présent dans la salle -, pour son second mandat elle a composé une équipe à sa main.

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D'un premier adjoint à l'autre. Pour le second mandat Rolland, Bassem Asseh (à gauche) remplace Pascal Bolo (à droite). / Photo : Antony Torzec

La garde rapprochée de Johanna Rolland

Dans les premiers rangs, on retrouve ainsi trois de ses fidèles : Bassem Asseh, Ali Rebouh et Aïcha Bassal. Particulièrement actif durant la campagne, le premier retrouve sa délégation au « Dialogue citoyen » du précédent mandat et y ajoute l’économie et l’emploi. Deux sujets importants alors que pointent les conséquences de la crise sanitaire, mais dont l'essentiel des compétences relève de la métropole. Bassem Asseh devrait surtout avoir pour responsabilité de mettre un peu d’huile dans la mécanique majoritaire, alors que la fin du mandat précédent et les premiers mois de la campagne avaient été marqués par de fortes tensions entre socialistes et écologistes.

Ce cadre d'une société américaine, éditrice de logiciel open source, fera partie du G3 voulue par Johanna Rolland pour cette mandature à haut risque. A ses côtés, Johanna Rolland, bien sûr, mais aussi Julie Laernoes ainsi qu’un ou deux membres du cabinet de la maire. Ils se réuniront toutes les deux semaines pour évoquer les questions stratégiques.

Si elle n’appartient pas à ce groupe restreint, Aïcha Bassal occupera néanmoins un poste stratégique. Chargée des 4930 salariés de la mairie de Nantes (dont 20% sont mutualisés avec la Métropole), elle devra s’assurer du bon fonctionnement de l’administration municipale. Enfin, après un mandat marqué par l’affaire du YelloPark, Ali Rebouh enfin devra garder un œil sur les affaires sportives et notamment celles du FC Nantes.

Des socialistes les mains dans le cambouis

Pour bien mesurer les nouveaux équilibres des forces, il faudra bien sûr attendre vendredi prochain et l’élection du nouveau conseil métropolitain. La Métropole étant devenue la collectivité où se concentre l’essentiel du pouvoir et des budgets, l’attribution des vice-présidences donnera des indications précieuses. S’il obtient des responsabilités au niveau intercommunal, un « simple » conseiller municipal peut au final peser largement plus qu’un adjoint au maire à la délégation ronflante. Ce devrait, par exemple, être le cas de Mahel Coppey. Si elle n’a pas été nommée ce matin, l’élue écologiste devrait se voir confier le « portefeuille » des déchets vendredi prochain à la métropole. Un poste clé sur un sujet lourd et sensible qui lui confèrera un poids largement supérieur à ce qu’indique son titre actuel de « conseillère municipale déléguée aux Déchets, à l’économie circulaire et à l’innovation sociale ».

Reste néanmoins qu’au niveau communal, il est d’ores et déjà possible de tirer quelques enseignements de ce premier conseil municipal. Économie et emploi (Bassem Asseh), finances et sécurité (Pascal Bolo), urbanisme et projets urbains (Thomas Quéro), logement (Catherine Piau), démocratie participative (Bassem Asseh), commerce (Gildas Salaün), administration (Aïcha Bassal), sport (Ali Rebouh), vie associative (Mahaut Bertu)... Les socialistes et les proches de Johanna Rolland gardent la main sur les principaux dossiers. Quant à la santé, aux transports ou à la culture, ils reviennent à ses alliés du premier tour, confiés respectivement à Marlène Collineau (Gauche démocratique et sociale), à Pierre-Emmanuel Marais (Union démocratique bretonne) et à Aymeric Seasseau (Parti communiste).

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Crise sanitaire et distanciation sociale obligent, le premier conseil du mandat Rolland 2 s'est tenu à la Cité des congrès/ Photo : Antony Torzec

Les écolos à l’Éducation et… à la réflexion

Alors, que reste-t-il aux Verts, ralliés entre les deux tours à Johanna Rolland ? Tout d’abord, et comme prévu dans l’accord électoral entériné début juin, 10 postes d’adjoints sur 26. Soit un peu plus d’un tiers du total. Ensuite, deux des compétences majeures des mairies : l’Education et la petite enfance, qui représentaient tout de même près d’un tiers des dépenses de fonctionnement de la ville en 2019. Ghislaine Rodriguez, aura ainsi la charge de mener à bien la construction de six écoles et la rénovation de 23 autres, de déminer les tensions sociales qui existent chez les agents du périscolaire ou encore de faire disparaître le plastique des cantines scolaires et d’y proposer des repas « fait maison » composés de 75% de produits bios et/ou locaux. Autant de promesses contenues dans le programme de la maire réélue. De son côté, Hélène Naulin, qui la remplace à la petite enfance, devra, entre autres, tenir l’engagement de créer 750 nouvelles places en crèche durant le mandat.

Sur leurs dix postes d’adjoint, ils obtiennent également le vélo (ou plutôt les « déplacements doux ») pour Simon Citeau, un spécialiste du secteur, puisqu’il est également chargé de mission « politique routière et mobilités alternatives » au Conseil régional des Pays de la Loire. Mais aussi l’espace public et la propreté pour le comédien et metteur en scène, Patrice Boutin ; ou encore la mystérieuse « Coopération décentralisée » pour Alassane Guissé.

Du jeu « à la bretonne »

Et les autres écologistes alors ? On sait qu’ils guignaient un moment les transports, le sport, voire le développement économique. Leurs attributions seront, en apparence en tout cas, un peu moins concrètes et plus réflexives. C’est le cas, par exemple, de Catherine Bassani, chargée du « bureau des projets » et des budgets participatifs, mais aussi celui de Delphine Bonamy (Agenda 21 et nature en ville), ou encore de Florian Le Teuff. Le voilà chargé des « enjeux bretons ». Un poste qui, à court terme du moins, ne devrait pas changer fondamentalement le quotidien des Nantais.

Car, il le sait, le chemin avant la réunification de la Bretagne sera long. Même si l’ancien président de l’association de supporters « A la nantaise » devrait disposer de cartes nouvelles pour y parvenir. Ce soir, des militants de l’association “Bretagne Réunie" devrait annoncer la création d'une nouvelle association, fort opportunément nommée "A la Bretonne". Basée à Nantes, « cette organisation transpartisane appliquera une démarche à la fois pédagogique, militante et constructive. Elle s'attachera à travailler sur l'ensemble des sujets civiques et politiques visant à construire la Bretagne de demain et à porter la voix spécifique des habitants de Loire-Atlantique favorables à la réunification ».        

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Johanna Rolland répond aux journalistes à l'issue du premier conseil municipal de la nouvelle mandature. / Photo : Antony Torzec

Un portefeuille très large pour Julie Laernoes à la Métropole

La réflexion et le temps long, c’est aussi ce qui est promis à Julie Laernoes, élevée au rang de deuxième adjointe et chargée « de la prospective et de la résilience ». Un intitulé un brin obscur ? « La résilience, c’est comment on se prépare aux chocs à venir, répond la nouvelle adjointe. Le monde dans lequel on vit est à bout de souffle. Il faut s’y préparer et, si on le peut, essayer de limiter les chocs à venir pour la société et l’environnement. L’exemple parlant, ce sont les inondations. Nous savons que le risque grandit. Il faut donc faire le nécessaire pour éviter les conséquences ».

Une délégation qui – même si on ne sait quels services de la ville y seront rattachés - présente aussi l’avantage d’être transversale et de garder un œil sur l’ensemble des projets de la municipalité. L’élue écolo en avait fait un point clé du contrat de gouvernance signé avec Johanna Rolland entre les deux tours, pour éviter d’apprendre certaines décisions dans la presse, comme ça avait été le cas avec le YelloPark.

Mais là encore, c’est au niveau métropolitain que les responsabilités de l’ancienne tête de liste EELV trouveront leur manifestation la plus concrète. Selon nos informations, elle devrait se voir hériter d’un portefeuille très large, comprenant la Ville, l’Agriculture, le Climat et l’Energie. Auxquels s’ajoutera la présidence du Marché d’intérêt national (MIN) qu’occupait jusque là Pascal Bolo. De quoi, peut-être, peser concrètement sur les politiques publiques. C’était en tout cas le pari engagé par les écologistes en fusionnant leur liste avec celle de la maire sortante début juin.

==>> Retrouvez ci-dessous la liste complète des 26 adjoints aux maires et des conseillers municipaux délégués :

200702 Delegations Majorite Vill e de Nantes CM 3 juillet 2020

Benjamin Peyrel  et  Antony Torzec
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.