«Le Puy du Fou va revivre. Le Puy du Fou vivra ! », exultait son fondateur Philippe de Villiers au printemps 2020. À l’issue d’un arbitrage sur-mesure d’Emmanuel Macron, le troisième parc d’attractions de France rouvrait ses portes dès le 11 juin 2020 aux Épesses, en Vendée. Soit un mois avant Disneyland Paris ou le parc Astérix et malgré l’interdiction, à l’époque, des rassemblements de plus de 5 000 personnes. Dix-huit mois plus tard, le Grand parc du Puy du Fou est vivant, mais essoré par la crise, comme le montre son bilan financier 2020, tout juste déposé et déjà décortiqué par Mediacités.

23 millions d’euros de pertes

En consultant ces documents, on apprend que sa fréquentation a été divisée par deux l’année passée (-49%, quasiment comme l’ensemble des parcs de loisirs français ), chutant à 1,17 million entrées en 2020, très loin des 2,3 millions de 2019, année d’un record historique. Si la situation devrait un peu s’améliorer en 2021, le nombre de visiteurs devrait encore être en baisse de 30 % par rapport à 2019, comme l’a concédé Nicolas de Villiers lui-même, "fils de" et actuel président de la SAS. Pour plafonner, selon nos projections, autour de 1,6 million. Comme l’euphémise le document comptable, « la crise sanitaire a eu de lourds impacts sur la fréquentation ».             

Resultats Puy-du-Fou
Extrait du bilan comptable du Puy du Fou pour l'année 2020.

Elle en a eu aussi sur les résultats financiers. Le chiffre d’affaires consolidé connaît ainsi une chute de -43 %, pour s’établir à 70,7 millions d’euros contre 114 millions d’euros, avant la crise. Soit un retour au niveau d’il y a… huit ans. Conséquence : le parc rompt avec une longue histoire bénéficiaire et enregistre 23 millions d’euros de perte nette en 2020, contre 7 à 9 millions d’euros de bénéfice net d’ordinaire et même un record de 18,4 millions d'euros en 2019.

34 millions de prêts garantis

Un trou qui s’explique bien sûr par la baisse de la fréquentation, mais aussi par le refus des dirigeants de geler les investissements. Les 52 millions d’euros prévus pour la construction, entre autres, de nouveaux hébergements ont ainsi été maintenus en Vendée, ainsi que les 39 millions d’euros destinés au nouveau parc inauguré en mars dernier à Tolède (Espagne). Seule conséquence artistique de la crise sanitaire : le Puy du Fou n’a pas créé de nouveau spectacle cette année aux Épesses, comme il le fait pourtant d’habitude.

De quoi obliger le Parc, à solliciter l’aide des pouvoirs publics. 34 millions d’euros de prêts garantis ont ainsi été souscrits, dont 21 millions par l’État et 13 autres par la Banque européenne d’investissement. Pour le moins ironique alors que le “vicomte” a construit le “Puy” « sans un centime d’argent public » et sa carrière politique sur un souverainisme débridé. On peut aussi mentionner les 2,1 millions d’euros touchés au titre de l’allocation d’activité partielle. Comme promis par la direction, tous les saisonniers ont été embauchés, pour un total de 1 061 équivalents temps plein (ETP) en 2020, contre 879 en 2019.

SAS Grand Parc du Puy du Fou - Bilan comptable 2020-6

L’arrivée d’un étranger au sérail

Signe de la recherche d’un nouveau souffle, un tout nouveau directeur général délégué a été recruté en externe le 12 juillet dernier. Alors que Philippe et Nicolas de Villiers, verrouillent statuairement leur pouvoir sur le parc depuis 2012, celui-ci bénéficie des « mêmes pouvoirs que le président et le directeur général », après une modification des statuts de la SAS. Le nom du nouveau venu ? Olivier Strebelle, 42 ans, un centralien qui a exercé au sein du puissant cabinet de conseil McKinsey avant de prendre la direction générale de Prodways Group, entreprise spécialisée dans l’impression 3D. « Il est le directeur général de l’ensemble des filiales du Puy du Fou et directeur général délégué de Puy du Fou France », confirme le service communication du “Puy”.

A ce niveau de responsabilité, l’arrivée d’un étranger au sérail est pour le moins inhabituelle aux Epesses. La plupart des autres hauts cadres du “Puy” y ont gravi les échelons, après y avoir travaillé pendant 10 voire 20 ou 30 ans. C’est le cas, par exemple, de Laurent Albert, directeur général France depuis 2002, qui y travaille depuis l’origine (et est maintenu à son poste). Une petite révolution, dans un parc où ces dernières n’ont pas franchement la cote.

Sollicité via son service communication, Nicolas de Villiers n'a pas souhaité s'exprimer avant la fermeture du parc cette année, le 7 novembre.


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Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.