Le calendrier semble mal venu. Au moment où les professionnels du tourisme et de l’hôtellerie s’alarment sur le devenir de leur activité, le Comité régional de tourisme Occitanie (CRTO) traverse une crise de gouvernance. La présidente de la région Occitanie vient de débarquer brutalement la présidente de cette agence d’attractivité pour la promotion du territoire, la Montpelliéraine Virginie Rozière.

La décision a été votée à l’unanimité lors de la commission permanente du vendredi 3 avril. Dans un e‑mail envoyé aux conseillers régionaux de la majorité que Le d’Oc s’est procuré, Carole Delga justifie cette décision par « une rupture de confiance au cours de ces derniers mois ». Très critique, l’ancienne secrétaire d’Etat au commerce dit « regretter l’attitude de défiance à l’encontre de l’institution régionale, oubliant même de représenter le CRT au sein de la collectivité. » Carole Delga évoque aussi « un manque de coopération » avec les différents partenaires et un « dysfonctionnement préjudiciable à l’efficience de nos actions en faveur de l’économie touristique. » Et de s’indigner : « Comment accepter que la présidente du CRT n’ait pas répondu favorablement aux demandes de rendez‐vous de partenaires tels que la Ville de Lourdes, deuxième destination touristique française ou la puissante Fédération régionale de l’Hôtellerie de plein air ? » La présidente du conseil régional regrette également du « retard », des « lenteurs » ainsi que certaines orientations stratégiques qui se résumeraient à « des actions de communication publicitaire ».

Contactée par Le d’Oc, Virginie Rozière n’en revient toujours pas. « Il y a encore trois semaines, Carole m’avait passé commande d’actions possibles en soutien à l’économie touristique face à la crise du Covid‐19. La réponse que j’ai apporté n’a suscité aucune réserve de sa part, explique la conseillère régionale. Depuis lors, nos équipes travaillent étroitement pour mettre en œuvre des mesures coordonnées, sans que se soit fait jour la moindre difficulté. »

Divergences sur un risque psycho‐social

Derrière cette série de griefs, il ressort le climat de travail délétère dans lequel évoluerait le personnel du CRT. En février dernier, Virginie Rozière a activé une procédure disciplinaire accompagnée d’une mise à pied à titre conservatoire contre le directeur Jean Pinard pour harcèlement moral envers plusieurs salariés de l’association. Pour Carole Delga, « une telle décision présente un caractère grave impliquant une privation de rémunération pour le salarié. Elle doit donc légitimement être adaptée et proportionnée (…). La Région doit veiller, en sa qualité de financeur principal (85 %, NDLR), à ce que les intérêts du CRTO soient préservés. »

De son côté, Virginie Rozière estime que « cette initiative était fondée sur des signalements formels et documentés. » Et de détailler : « J’ai agi conformément aux obligations légales en ma qualité d’employeur. Il y a bientôt un an, j’ai été informée par la médecine du travail sur le niveau élevé d’un risque psycho‐social. Je trouvais la situation, en matière de santé et de sécurité, très préoccupante. Mes alertes auprès de Carole Delga sont restées sans réponse. L’enquête devait arriver à son terme la semaine qui a suivi mon éviction. Je suis surprise et je m’inquiète de savoir si Carole Delga, en tant que femme de gauche, partage avec moi le souci de donner de la crédibilité à la parole des victimes de souffrance au travail. »   

Des arguments auxquels Carole Delga n’a pas été sensible. « La procédure qui a été infligée à Jean Pinard est profondément contraire à tous mes principes. L’enquête conclut que toutes les accusations qui ont été portées contre lui sont sans fondement », a déclaré, le 10 avril, la présidente de la Région, dans une vidéo adressée aux salariés du Comité régional de tourisme. Le directeur général reprendra ainsi ses fonctions ce mardi 14 avril. Le vice‐président délégué au tourisme, Jean‐Louis Guilhaumon récupère la présidence par intérim. Feuille de route : se servir de ce bras armé de la Région pour développer « un tourisme plus durable et des loisirs ».

Des tensions politiques

Depuis plus de deux ans, Virginie Rozière est en rupture avec le Parti radical de gauche (PRG) toujours fortement influencé par l’ex-ministre Jean‐Michel Baylet. Bien qu’eurodéputée sortante, la co‐fondatrice des Radicaux de gauche (LRDG) et les membres de son mouvement avaient quitté la liste du parti socialiste conduite par Raphaël Gluksmann aux dernières élections Européennes. « Suite à des pressions du patron du groupe La Dépêche, nous ne pouvons plus être présents en tant que Radicaux de gauche sur la liste Envie d’Europe. Dans ces conditions, je préfère me retirer », avait‐elle déclaré en mai 2019. Par la suite, la conseillère régionale a accéléré son implication sur les municipales à Montpellier, échéance qui l’a motivée depuis plusieurs années comme elle le confiait au D’Oc en 2017.

Dans un premier temps, Virginie Rozière a rallié l’industriel Mohed Altrad, ce qui a surpris de nombreux observateurs. Puis, elle a finalement rejoint l’équipe d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV) avant que le parti ne retire l’investiture de Clothilde Ollier en tant que tête de liste. L’ex-parlementaire européenne est finalement restée aux côtés de la candidate dans une liste très orientée à gauche du Parti socialiste. Un pied de nez à Michaël Delafosse, candidat du PS et soutenu par Carole Delga.

Aujourd’hui, Virginie Rozière semble complètement isolée. Fait‐elle encore partie de la majorité régionale ? « Je ne suis plus convoquée aux réunions de la commission permanente », raconte celle qui était tête de liste dans l’Hérault aux dernières régionales de 2015. « Carole Delga a privilégié ses accords avec le PRG et préfère soigner ses relations avec Jean‐Michel Baylet pour s’assurer la bienveillance de la presse quotidienne régionale », observe un élu socialiste héraultais. Malgré sa capacité à rebondir, la carrière politique de Virginie Rozière s’assombrit.

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Point final.

4 COMMENTAIRES

  1. Ancien membre du PRG je note que les méthodes restent les mêmes souvent sans respect des règles ni des conventions même établies.
    Le Pouvoir reste sans partage et Monsieur BAYLET tient le Parti Radical depuis des années et sa Mère avant lui.
    Reste l’avenir de ce parti et Rosiere était un espoir.

  2. Super Article.
    Souvent hélas, les harceleurs restent et les victimes s’en vont.
    Balma, L’Union, Rouffiac ont eu leurs fardeaux.
    Souvent les victimes, principalement des femmes sont les victimes.
    Et ce Jean Pinard, drôle de nom ! faudrait l’entendre sur vos colonnes.
    C’est pas le cousin a Rachida ! (voir la réplique avec Elise Lucet)
    “La décision a été votée à l’unanimité lors de la commission permanente du vendredi 3 avril” dit Carole Delga. C’est qui et des moutons cette bande !

    • monsieur, je ne vois ce ce que mon nom a de drôle ? Je pense qu’avant de porter de jugements il faut s’informer un tout petit peu. Un salarié m’attaque pour harcèlement, une commission d’enquête composée de délégués de personnel et de délégués syndicaux se met en place et reprennent les conclusions du cabinet choisi par Rozière – il n’y a pas de fait de harcèlement ! j’aimerais donc reprendre mon travail dans de bonnes conditions

  3. Le harcèlement moral comme technique managériale…C’est drôle que JeanMimi Baylet ait oublié à ce point tous les documents sur ce thème signés par des brillants avocats qu’il aurait du avoir bien lus.
    C’est pourtant un fin connaisseur de cette technique de cameriste qui permet à des patrons dans le besoin de ne pas avoir à calculer les indemnités dus à un employé. Il est vrai que les magistrats locaux font cela très bien à sa place .
    Le plus important c’est quand même de demeurer le marionnettiste discret de la vie politique locale et l’imprimeur des menus faits et gestes de tous les pouvoirs endimanchés de cette région, ville ‚département etc…

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