Le groupe lyonnais GL Events, qui exploite notamment le nouveau parc des expositions de Toulouse, a publié ses résultats 2020 le jeudi 29 avril 2021. Le géant de l'événementiel déclare un résultat négatif (- 78 millions d'euros) « pour la première fois de son histoire », souligne le rapport annuel. En conséquence, les actionnaires du groupe ne toucheront pas de dividendes cette année. Et ce, malgré une trésorerie encore très solide, passée de 399 millions d'euros, fin 2019, à 356 millions d'euros, aujourd'hui.

GL limite la casse, notamment grâce aux aides publiques. Le rapport annuel estime à 72 millions d'euros les économies effectuées grâce « au dispositif de chômage partiel et à l'annulation de cotisations sociales ». S'y ajoutent 22 millions d'euros d'économies grâce aux exonérations de loyers négociées avec les collectivités territoriales sur leurs équipements (parc des expositions et centre des congrès). Comme à Lyon, où GL Events a réclamé aides et ristournes à la collectivité, les contribuables toulousains sont passés à la caisse, deux fois.

Aider le délégataire à faire son travail

Coup de pouce numéro 1 : Toulouse Métropole a adopté le principe d'un « fonds congrès » d'un million d'euros, destiné aux organisateurs de congrès (associations, sociétés savantes, fédérations professionnelles etc.), pour les inciter à organiser leur congrès à Toulouse, plutôt qu'à Lyon ou à Bordeaux. Une aide d' « un montant maximum de 150 000 euros pour un congrès national et de 300 000 euros pour un congrès international », précise la délibération adoptée en conseil le 17 décembre 2020.

Or cette aide est un coup de pouce indirect à GL Events. Car si l'argent du fonds ne lui est pas destiné directement, les recettes supplémentaires engendrées lui bénéficieront, en tant que délégataire commercialisant les espaces. « GL Events [...] a une situation de quasi-monopole sur l’ensemble de la France [...] Si l’ensemble des EPCI [établissement public de coopération intercommunale] français procède à la création du même type de fonds, avec une dotation importante d'un million d’euros, cela signifie qu’automatiquement la même entreprise va gagner de l’argent grâce aux collectivités territoriales partout en France », s'est alarmée Hélène Magdo, élue métropolitaine d'opposition LFI au sein du groupe Alternative pour une métropole citoyenne.

« Tous les grands congrès appellent une contribution financière de la part des villes qui les accueillent, lui a répondu Jean-Claude Dardelet, élu métropolitain LREM chargé de l'attractivité et du tourisme. Jouer en première division impose d’apporter une solution complète et ce fonds contribue à compléter tous les services qu’on peut apporter pour gagner ces congrès. »

Coup de pouce numéro 2 : Toulouse Métropole a signé un avenant avec Toulouse Événements, la filiale de GL Events qui exploite le parc des expositions, actant une « exonération » du paiement de 508 000 euros sur le loyer 2020. C'est la moitié de la redevance annuelle due par le délégataire à la collectivité. Cependant, contrairement au Grand Lyon, le conseil métropolitain toulousain a pris soin de conditionner son aide. Celle-ci s'accompagne d'une clause de « retour à meilleure fortune », qui obligera Toulouse Événements à rembourser la somme à la fin de son contrat en 2032 et d'une clause de « non licenciement pour motif économique » au sein de la filiale « jusqu'au 31 décembre 2022 ».

364 salariés en moins dans le groupe en France

Car, si le groupe profite à plein du dispositif de chômage partiel financé par l’État pour préserver l'emploi, cela ne l'empêche pas de trancher dans ses effectifs. Le rapport annuel fait état de 364 salariés en moins dans le groupe, en France, depuis le 31 décembre 2019. Comme nous l'avions révélé en janvier, une dizaine de salariés du centre des congrès de Lyon ont été remerciés fin 2020.

En février, la CFDT a tenté de faire les comptes à l'échelle du groupe. « Sept salariés licenciés ou remerciés conventionnellement à Reims, vingt-cinq à Lyon, neuf à Nantes, trois à Metz », déplore le syndicat, incapable toutefois d'estimer la situation sociale à Toulouse. Alors que le président de GL Events a annoncé qu'aucun plan social n'était envisagé, la CFDT s'interroge sur ces nombreux licenciements morcelés, toujours en dessous du seuil impliquant la mise en œuvre d'un plan de sauvegarde de l'emploi. » Pas sûr qu'une clause d'interdiction des licenciements « pour motif économique » suffise pour protéger les salariés toulousains...

Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.