La sécurité ? « Chacun le sait : la Région n’a pas compétence en la matière », rappelle la présidente socialiste sortante du conseil régional d'Occitanie, Carole Delga, dans un communiqué sur la thématique de la... sécurité. « Je fais des propositions concrètes pour soutenir les communes et leurs polices municipales », enchaîne-t-elle pourtant dans le même document de campagne.

Dans le détail, Carole Delga promet de financer à hauteur 30 % l'achat d'un « camion de commandement mobile » pour les polices municipales et de participer à la rénovation de leurs locaux. Elle propose aussi de généraliser la vidéo-surveillance dans les trains et les lignes de bus et les bus scolaires d'ici à 2023, et de financer à hauteur de 30 % l'installation de caméras dans les gares routières et ferroviaires. Elle souhaite enfin installer des caméras, des portiques et des clôtures dans tous les lycées de la région d'ici 2023 et créer un observatoire des violences dans les lycées.

Un programme bien fourni pour une thématique qui ne fait pas partie des compétences régionales définies par la loi Nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) du 7 août 2015.

À gauche, la candidate socialiste est la seule à s'être emparée d'un sujet plutôt labouré par les candidats de droite et d'extrême-droite. Le candidat du RN en Occitanie, Jean-Paul Garraud, propose par exemple la création d'une vice-présidence chargée de la sécurité... Tout en distillant dès la mi-mai ses propositions sur la sécurité, Carole Delga rappelait paradoxalement, dans un article du quotidien Le Monde du 1er juin, la nécessité de ne pas s’égarer sur le terrain idéologique de la droite : « C’est un piège que j’ai senti il y a un an, et j’ai essayé de ne pas y tomber. Il ne faut jamais courir en reprenant les arguments de l’adversaire ». Un chemin de crêtes particulièrement effilées...

Des promesses illégales ou dénuées de fondement

La tentation sécuritaire n'est pas l'apanage de l'Occitanie. Mediacités a déjà abordé le sujet dans un article sur le plan sécurité de Christelle Morançais, la présidente LR des Pays de la Loire. Or à la question « une Région peut-elle financer des dépenses d’équipement de police municipale et de vidéoprotection au profit de communes ? », la réponse est non, indique clairement un jugement du tribunal administratif de Marseille le 17 décembre 2019. L’interrogation avait été soulevée au moment du vote d’un « pacte de sécurité » par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur que Christian Estrosi présidait alors.

Extrait Bulletin juridique des collectivites locales - Dec 2019

Les aides annoncées par Carole Delga pour développer les polices municipales et la vidéosurveillance paraissent de ce fait complètement en dehors du cadre légal. Contactée à ce propos, l'équipe de campagne de la candidate socialiste n'a pas été en mesure de nous répondre à cette heure.

Les promesses concernant la sécurisation des lycées, des trains et des lignes bus relèvent davantage des compétences du conseil régional. La Région a d'ailleurs déjà mobilisé 24 millions d’euros depuis 2016 pour équiper 80 % des lycées occitans. À cela vont s’ajouter les 30 millions d'euros supplémentaires prévus par le plan régional de « prévention, de sensibilisation et de protection vis-à-vis des violences », adopté cette année.

Sécuriser les lycées, pourquoi pas. Mais cela résout-il un problème de délinquance observé dans ces établissements ? Interrogée sur les chiffres de la violence en milieu scolaire en Occitanie, le 12 mai, en marge d'une conférence de presse, Carole Delga avouait ne pas en disposer tout en affirmant s'appuyer sur les données de la police et de la gendarmerie. Si la Préfecture d'Occitanie a botté en touche à ce sujet, renvoyant vers le Rectorat, on connaît les chiffres au niveau national. Pour l’année scolaire 2018-2019 (dernière année scolaire complète avant la pandémie de Covid), le ministère de l’Éducation a relevé autour de 75 000 cas de violences en milieu scolaire. Un éventail de situations allant de l’insulte à l’agression physique, qu'il faut rapporter aux 12,5 millions d'élèves. « Les associations d'éducation populaire nous font remonter qu'il y a vraiment de plus en plus de modes d'expression violents ces dernières années », assurait toutefois Carole Delga, le 12 mai, tandis que son n°2, le directeur du Samu 31 Vincent Bounes, ajoutait qu'il ne fallait « pas attendre les incivilités, les agressions et les intrusions dans les lycées pour mettre en place la sécurisation ».

Cette obsession à vouloir sécuriser de plus en plus les lycées paraît pourtant déconnectée de la réalité, à en croire Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS spécialisé dans les questions de violence juvénile : « Les phénomènes d’intrusion sont rarissimes. Dans l’immense majorité des établissements français, rien ne justifie de telles mesures. De toute façon, la surveillance technologique est inutile face à ces problèmes. La seule solution valable, c’est de soutenir ceux qui travaillent tous les jours aux côtés des élèves : les CPE, les surveillants ». Pour ce sociologue, les promesses de sécurisation des établissements scolaires relèvent d'une « rhétorique politicienne qui consiste à dire “c’est le désordre, votez pour moi et je rétablirai la sécurité" ».