Exit l’Azuréenne de protection, bonjour Protection Groupe. Selon nos informations, Toulouse Métropole Habitat vient de choisir le nouveau prestataire chargé de sécuriser certains de ses logements sociaux au Mirail. La mission était assurée depuis 2017 par l’Azuréenne de protection, dont la mission était notamment d'empêcher les trafiquants de drogue d’occuper les halls d’entrée de certains immeubles du Grand Mirail et des Izards.

En trois ans, l’entreprise marseillaise a fait plusieurs fois polémique. En octobre 2019, la préfecture de Haute-Garonne aurait en effet alerté Toulouse Métropole : certains des employés tchétchènes de cette société de gardiennage auraient été fichés S pour radicalisation et suivis à ce titre par la Direction générale de la sécurité intérieure, selon 100 % Radio. En outre, d'après France Bleu Occitanie, les services de police soupçonneraient certains agents de la société de tremper dans le trafic de drogue. Un comble pour ces employés, censés au contraire le perturber dans les résidences placées sous leur surveillance.

« C'est la même entreprise »

L’Azuréenne sentant le souffre, Toulouse Métropole Habitat aura donc préféré changer de prestataire. Mais en apparence seulement, car l’Azuréenne de protection fait partie des actionnaires de sa remplaçante. Créée le 27 avril, soit trois jours avant la fin de l’appel d’offres de TMH, la société Protection Groupe, elle aussi basée à Marseille, compte parmi ses associés Attila Simko, patron de l’Azuréenne, Francis Demaire, patron d’AVF, une société immobilière dont l'Azuréenne est actionnaire, ainsi que Volodymyr Tcherednitchenko, Alexei Omelcenco, et Arsan Bargishev, respectivement gérants des agences de sécurité Protection Plus, Lavanguard et Vay Sécurité privée.

« Ces dirigeants font partie de la "galaxie" de l'Azuréenne de protection et de toutes les filiales spécialisées dans les agents tchétchènes en France », indique un bon connaisseur de ce secteur d’activité. L'Azuréenne de Protection et Protection Groupe sont d'ailleurs installées à la même adresse à Marseille et partagent la même ligne téléphonique. « C'est la même entreprise, nous confirme la personne au standard, mais TMH nous a demandé de ne pas répondre aux médias. » Impossible donc de discuter avec Attila Simko, de l'Azuréenne, ou avec Volodymyr Tcherednitchenko, le patron de Protection Plus et contrôleur de gestion de Protection Groupe.

Le changement de prestataire va-t-il conduire à une évolution des pratiques ou s’agit-il seulement de rassurer en changeant de visage ? Toulouse Métropole Habitat n’a pas souhaité s’exprimer à ce propos. Le bailleur social indique simplement qu’après avoir étudié vingt candidatures, un premier lot de son marché de surveillance et de sûreté résidentielle « a été attribué à Protection Groupe et le second à la Compagnie de Gardiennage et de Sécurité (CGS) ». La première interviendra à partir du 15 juillet au Mirail, tandis que l’autre s’occupera plutôt des Izards. Tiburce Djoman, le gérant de la CGS n'a pas non plus été en mesure de répondre à nos questions

Pas de changement sur le terrain

Sur le terrain, les agents ne devraient pas non plus changer. Du fait de la procédure de mise en concurrence choisie par Toulouse Métropole, les nouveaux prestataires ont l’obligation de reprendre le personnel de l’Azuréenne de Protection, en l’occurrence les agents de sécurité tchétchènes.

C’est pour cette raison qu’un opérateur toulousain reconnu du secteur, le Gites Sureté , n’a pas souhaité répondre à l’appel d’offres. « Il serait tout à fait contraire au projet d’entreprise du Gites de perdre la maîtrise du processus de recrutement, car le haut niveau de qualité de service que nous proposons aujourd’hui aux à nos cinq bailleurs membres est intrinsèquement lié au haut niveau d’exigence dans la sélection des recrues », écrivaient Rémi Vincent, directeur général du Gites, et Jean-François Nicoules, président du conseil d’administration et de Patrimoine Languedocienne, dans un courrier, daté du 14 avril, envoyé à la direction de TMH et à plusieurs élus toulousains.  

Dans ce document que Mediacités a pu consulter, les dirigeants du Gites proposaient à TMH d’abandonner son appel d’offres et l’invitaient « une nouvelle fois » à rejoindre le Gites Suretés par une prise de capital. Une proposition restée lettre morte.

Selon nos informations, la préfecture de Haute-Garonne devrait « cribler » les agents employés par les prestataires de TMH, c'est-à-dire mener des enquêtes de personnalité et d’entourage les concernant. Contactée, la préfecture de Haute-Garonne n'infirme rien, tout en indiquant que les services de l’État portent « une attention particulière aux sociétés de gardiennage » sans intervenir dans le choix des bailleurs.