«Irrespectueuse » : cinglant, le patron du Grand Lyon David Kimelfeld a décliné, ce 10 juillet, la proposition pour le moins baroque du maire Gérard Collomb de se partager – trois années pour moi, trois années pour toi – le prochain mandat de président de la Métropole. C'est la dernière passe d'armes de ce qui est devenu un véritable feuilleton. Depuis le retour, à l'automne 2018, du baron « Gégé » dans sa bonne ville de Lyon, la rivalité avec celui qui fut son dauphin, « Kim », s'est muée en guerre ouverte et sans merci à mesure qu'approche l'élection métropolitaine de mars 2020 (elle se tiendra en même temps que les municipales). Résumée ainsi, la politique lyonnaise ressemble à une série américaine, quelque part entre Game of Thrones et House of Cards. Pas faux ! La preuve avec cette compilation des épisodes du duel, publiés au fil des semaines dans L'Oeil de Mediacités Lyon.  
16 janvier – Les vœux pieux de David Kimelfeld
Il cherche la clef, celle qui lui permettrait de déverrouiller le système Collomb, bâti en partie sur les “petits maires” de l’ouest-lyonnais (lire notre article à ce sujet). Après avoir été empêché de prendre la parole par Gérard Collomb la semaine dernière lors des vœux au 6e arrondissement, comme le relate Tribune de Lyon, le président de la Métropole David Kimelfeld est allé samedi souhaiter la bonne année aux habitants de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. Un choix tout sauf anecdotique : il s’agit de la commune de Marc Grivel, vice-président de la Métropole et patron du groupe Synergies-Avenir au Grand Lyon (30 conseillers sur 165).

Depuis quelques mois, les deux hommes mettent en scène leur rapprochement, avec à l’esprit une possible candidature de David Kimelfeld en 2020. Certains élus Synergies ne pardonnent pas à Gérard Collomb sa promesse non tenue d’une réforme du mode de scrutin pour la prochaine élection métropolitaine. Le dispositif actuel affaiblirait considérablement la représentation des petites communes, regroupées par secteurs. David Kimelfeld s’est empressé d’aller dans leur sens, même si le président de la Métropole n’a aucune influence sur le mode de scrutin, fixé par la loi. Mais qui a dit que les bonnes résolutions devaient être tenues ?

23 janvier – David Kimelfeld candidat à la Métropole en 2020
« Oui, je serai bien sûr candidat. » David Kimelfeld a officialisé mardi ce que tout le monde savait déjà : son envie de garder la tête du Grand Lyon après les élections locales de 2020. Depuis plusieurs semaines, le président de la Métropole, qui a succédé à Gérard Collomb lors de son départ au ministère de l’Intérieur en 2017 - sans lui rendre son trône à son retour -, ne cachait plus ses ambitions. Pour mettre fin au secret de polichinelle, « Kim » n’a pas choisi les pages du Progrès mais le Talk Politique, une émission vidéo du Figaro animé par le journaliste conservateur Yves Thréard. Tout sauf un hasard pour l’élu de centre-gauche, qui veut ratisser large - y compris à droite - lors des élections de l’année prochaine.

Dans le détail, le patron de la Métropole ne sera donc pas candidat à la ville de Lyon, ni tête de liste dans le 4e arrondissement, dont il est maire depuis 2011. « Je vais rester président de cette métropole jusqu’à la fin et je vais porter un projet au-delà de 2020. J’en ai envie. Je ne le ferai pas seul, mais collectivement pour répondre aux grands enjeux de cette métropole : être attractif et répondre aux enjeux sociaux et écologiques », a-t-il fait savoir.

Voilà pour le plan de bataille. Reste à savoir avec quelles troupes il compte la mener. Avec « une majorité la plus large possible », qui rassemblerait « des socialistes, des écologistes, des centristes », promet l’ancien secrétaire fédéral du PS du Rhône, passé à La République en marche. Du vrai Gérard Collomb dans le texte, pour un élu qui mène pourtant une guerre de tranchée face au maire de Lyon. Ce dernier, qui a annoncé cet automne qu’il sera « candidat à Lyon » en 2020, n’a pas encore dit s’il optait pour la Métropole ou la Ville.

En déclarant sa candidature dès aujourd’hui, David Kimelfeld entend donc forcer « Gégé » à jouer cartes sur table. Au risque de compromettre le « rassemblement » qu’il appelle de ses vœux ? L’intéressé balaie la critique : « Les gens n'ont que faire de nos querelles intestines, de nos querelles de partis, de nos querelles de personnes. Ils veulent du concret. »
Du concret, comprendre : draguer ouvertement les frondeurs En Marche (lire notre article détaillant les dissensions internes à LREM), des clins d’œil appuyés aux socialistes locaux et la recherche de soutiens auprès des élus Synergies, les petits maires centristes de l’Ouest-lyonnais. Des groupes hétéroclites, que David Kimelfeld entend bien faire cohabiter : « Ce n’est pas ou les socialistes ou Gérard Collomb », prévient-il. Promis, il soutiendra bien sûr le baron lyonnais « s’il souhaite être candidat à la mairie de Lyon », c’est-à-dire pas face à lui. Avant de préciser : « Mais la question ne se pose pas à 15 mois des élections ». Pour David Kimelfeld en revanche, le compte à rebours est bien lancé.
 

13 février – La bataille des soutiens
Rien ne va plus entre l’élève et le maître. Mais le premier (David Kimelfeld) a retenu une leçon du second (Gérard Collomb) : s’attirer les faveurs du monde économique n’est jamais superflu pour préparer les échéances électorales. Le président de la Métropole, qui aspire à le rester après 2020, a reçu, la semaine dernière, le soutien d’un groupe de onze chefs d’entreprise lyonnaises. Onze femmes, emmenées par la dirigeante de Tipi Formation (conseil en management) Claire Saddy, par ailleurs élue du 7earrondissement. 

« Le maire de Lyon [Gérard Collomb, donc] a vraiment fait de l’excellent travail. Mais je ne me reconnais plus forcément dans ses discours, ses prises de position. Je crois davantage dans les thématiques portées par David Kimelfeld, comme la prise en compte de l’écologie ou l’attention aux plus fragiles », détaille-t-elle dans La Tribune Auvergne-Rhône-Alpes (ex-Acteurs de l’économie) qui a rendu publiques l’initiative et la liste des onze. Ces femmes saluent aussi « le parcours entrepreneurial » du patron du Grand Lyon (il a cofondé une entreprise de fret maritime et aérien). Quelque chose nous dit qu’on n’a pas fini d’entendre cet argument parmi les soutiens de « Kim », face à l’ancien professeur de lettres classiques Gérard Collomb…

Pendant ce temps, le maire de Lyon compte lui aussi ses soutiens et, comme l’écrit Tribune de Lyon dans son dernier numéro, chasse de nouveaux « talents qu’il compte bien faire figurer sur ses listes ». Pêle-mêle, on y retrouve un entrepreneur (Brice Bousta), une psychologue (Souad Cousinier-Lazaar) ou encore un avocat associé de Fiducial Legal by Lamy (Ludovic Midol-Monnet). Entre le baron et le dauphin émancipé, la bataille du name-dropping ne fait que commencer…

20 février – Un baron critiqué mais toujours craint 
Certains prédisent sa chute, inéluctable. D’autres parient sur sa réélection, indubitable. Quoi qu’il se passe jusqu’aux élections municipales et métropolitaine de l’an prochain, Gérard Collomb cristallise toutes les conjectures, fait couler salive et encre. Ces derniers jours, deux titres de la presse nationale se sont penchés sur le cas du baron en lice pour un quatrième mandat. De la place Beauvau à celle de la Comédie, où se trouve l’hôtel de ville de Lyon, La Tribune revient en « cinq actes » sur le retour chaotique « de l’enfant prodigue », comme l’édile de 71 ans s’est qualifié lui-même. Entre l’épouse Caroline Collomb qualifiée de « talon d’Achille » et « la tâche indélébile » de sa démission du gouvernement, le constat est âcre. Il repose, précise l’auteur, sur les avis d’une quarantaine d’universitaires, de dirigeants d’entreprises ou d’élus. Mais signe révélateur, aucun de ces « décideurs » n’assume publiquement ses propos. Peur d’injurier l’avenir. Jugée « pathétique » ou « consternante », la réélection du patron vieillissant n’en reste pas mois crédible.

Le Monde de ce mardi consacre une pleine page aux « encombrants époux Collomb ». L’article mentionne les crispations que provoque Caroline Collomb à la tête de La République en Marche dans le Rhône [(re)lire à ce propos notre enquête publiée en octobre 2018]. Il . . .

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