Que gagnerait-on à « métropoliser » la gestion des gendarmes et des policiers nationaux ?

Cela permettrait d’adapter les missions de sécurité publique aux enjeux et aux priorités locales : ce qui est utile à Marseille, grande ville portuaire dotée de vastes quartiers pauvres, se compare difficilement aux exigences de Rennes. S’ils sont, demain, élus au suffrage universel direct, les patrons de métropoles devront s’assurer de la qualité du service rendu par les policiers nationaux aux citoyens, et de leur égal accès à ce service. Charge à eux, également, de limiter le divorce entre les jeunes et les policiers.
Il y a fort à parier que la création d’une « autorité métropolitaine de police » augmenterait considérablement l’efficacité et le caractère démocratique des polices. Ni le préfet, ni le procureur, ni le président du conseil départemental ou le maire ne coordonne aujourd’hui les missions – pourtant complémentaires – de prévention de la délinquance, de dissuasion, de détection et répression de faits délictueux… Il faut sortir de cette situation.

En quoi une telle réforme améliorerait-elle la qualité de service ?

Un maire ou un président d’agglomération a tout intérêt à se pencher sur la question de la satisfaction des usagers s’il espère être réélu. C’est la force de la démocratie. Le préfet, lui, se soucie de la satisfaction du ministère de l’Intérieur, il en va de sa carrière… A côté de cette transformation de la gouvernance de la police, un travail resterait néanmoins à mener pour développer chez les policiers la culture de la qualité du service rendu. Sinon, le résultat ne sera que partiel pour les usagers qui payent ce service public.

Se dirige-t-on vers une telle révolution ?

L’idée d’intercommunalité fait du chemin sur un tas de compétences – mais pas encore la sécurité – et les appels à la coopération entre polices nationale et municipale se multiplient. Tout cela montre qu’il y a un besoin réel de collaborer. Ce besoin se heurte néanmoins à l’absence de véritable coordinateur entre les différentes autorités, reléguant trop souvent aux oubliettes le travail de prévention de la délinquance – qui relève d’aspects familiaux, scolaires, policiers, judiciaires et socio-judiciaires. Le plus paradoxal, c’est que la plupart des policiers français sont compétents mais qu’ils sont détournés du service au citoyen par le système centralisé et monolithique dans lequel ils évoluent, lequel privilégie la dimension de la quantité à la qualité dans ses outils de pilotage.

Qu’est-ce qui bloque ?

Toute réforme a le malheur de bousculer des prés carrés. Pourquoi les préfets – responsables de 240 000 agents de police – accepteraient-ils de perdre leurs prérogatives au profit d’élus qui ont, pour leur part, la main sur environ 20 000 policiers municipaux ? Si on leur enlève le seul objet sur lequel ils ont encore la main, ce corps d’Etat très influent – véritable colonne vertébrale de l’administration française, ayant accès aux plus grands responsables politiques – risque de craindre une fermeture des préfectures… De l’autre côté, la maire de Lille acceptera-t-elle de laisser le président de la MEL contrôler ses agents, dont les moyens seraient au passage mêlés avec ceux des polices municipales voisines, en règle générale plus pauvres, telles que Roubaix ou Tourcoing ? Sans compter que les syndicats de police verraient probablement d’un mauvais œil la fin de la cogestion avec le ministère de l’Intérieur : leurs pouvoirs seraient émiettés face à ce tiers-acteur légitimé par le suffrage universel direct…

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez-vous sur pals.mediacites.fr

Point final.

Réagir à l'article

Merci d'entrer votre commentaire !
Merci d'entrer votre nom ici