Le 18 juin 2017, 20 députés du Nord ont été élus dans la Région Hauts-de-France, dont 9 élus de La République en Marche (LREM).Un an plus tard, Mediacités fait le bilan : comment cette vingtaine d’élus ont voté lors des 1118 scrutins qui se sont succédé à l'Assemblée nationale depuis les dernières législatives ? Sont-ils plutôt frondeurs ou moutonniers ? Font-ils entendre leurs différences par rapport aux autres élus de la région ? Désertent-ils les bancs de l’Assemblée Nationale ?

Pour répondre à ces questions, nous nous sommes appuyés sur les données recensées par le studio de datajournalisme et de datavisualisations Wedodata  entre juin 2017 et août 2018. Une masse de chiffres qui permet d’analyser le plus finement possible l’attitude des députés du Nord. Pour effectuer des comparaisons, nous avons élargi notre panel aux 50 élus des Hauts-de-France. Nos résultats permettent d’identifier les parlementaires les plus actifs et les plus absents. De repérer aussi les plus ardents défenseurs de la ligne de leur parti et les plus récalcitrants. Passage en revue.                      

I/ La plus frondeuse ? Jennifer De Temmerman

Ci-dessous, pour chaque député du Nord, les taux de votes en contradiction avec les consignes de son groupe (bleu foncé : LR ; bleu clair : Les Constructifs ;  jaune : LREM ; rose : La Nouvelle Gauche ; rouge clair : PC ; rouge foncé : LFI).

La députée LREM du Nord, Jennifer De Temmerman, ne cesse de faire entendre sa différence. Cette ex-professeure de lettres, novice en politique, est l’élue régionale dont les votes sont le plus souvent en contradiction avec la ligne de son parti. Sur les 195 scrutins auxquels elle a participé, elle a voté près d’une fois sur quatre (24,62%) contre les consignes de votes du parti macroniste - notamment sur la loi Asile et immigration - et adopté à 48 reprises une position différente de celui-ci. Sur les cinquante députés des Hauts-de-France, Jennifer De Temmerman est l’unique à dépasser la barre symbolique des 20%. Au lendemain de la démission de Nicolas Hulot, l’élue a été jusqu'à confier son « mal-être » et son « malaise » à nos confrères de La Voix du Nord. Elle a aussi déploré que « la communication et le dialogue sont difficiles » à LREM.  

Dans les Hauts-de-France, six députés n'ont pas suivi les consignes de leur parti dans une proportion supérieure à 10 % des scrutins. Dans le Nord, derrière Jennifer de Temmerman, on trouve les élus constructifs Vincent Ledoux (15,25%) et Guy Bricout (11,76%). Dans les autres départements, une mention spéciale revient au député Les Républicains (LR) de l'Oise, Olivier Dassault, qui a tranché différemment de son parti dans 22,73 % des cas. Mais il est vrai que ses très nombreuses absences, comme nous le constaterons ci-après, faussent les calculs.

II/ Les plus disciplinés ? Adrien Quatennens et Ugo Bernalicis

Au sein du département du Nord, ce sont les députés de La France Insoumise qui contestent le moins la ligne de leur parti. Réputés pour leurs coups d’éclat dans l’hémicycle contre la majorité LREM et le gouvernement, Adrien Quatennens et Ugo Bernalicis ne se font pas remarquer par la singularité de leurs votes dans leur groupe parlementaire. Avec respectivement 0,35% et 0,44% de votes en contradiction avec La France Insoumise, ils n’ont voté différemment qu’une seule fois en un an. Dans la Somme, leur collègue François Ruffin fait entendre une voix à peine différente (2,11 %).

Ci-dessous, pour chaque député des Hauts-de-France, les taux de vote en contradiction avec les consignes de son groupe (bleu foncé : LR ; bleu clair : Les Constructifs ;  jaune : LREM ; rose : La Nouvelle Gauche ; rouge foncé : LFI).

A l’échelle de la région, la Somme est le seul des cinq départements des Hauts-de-France où l’on trouve des députés n’ayant jamais voté contre les consignes de leur groupe. Jamais. Il s'agit de Jean-Claude Leclabart (LREM) et de Stephane Demilly (Les Constructifs). Précision importante : nous n’avons pas pris en compte les députés non inscrits dans ce classement car ils n’appartiennent à aucun groupe politique.

III/ Les moins présents au scrutin ? Vincent Ledoux, Stéphane Demilly et... Olivier Dassault

Vincent Ledoux (Les Constructifs) est l’élu du Nord le moins présent aux scrutins. Il se classe même parmi les trois députés les moins présents sur l’ensemble de la région Hauts-de-France ! Avec seulement 5,28% de participations, Vincent Ledoux n’a voté qu’à 59 reprises lors des 1118 scrutins qui se sont tenus à l’Assemblée nationale entre juin 2017 et août 2018 ! Parmi les neuf députés de la région présents à moins de 10% des scrutins, quatre sont originaires du Nord : Vincent Ledoux (Les Constructifs), donc, mais aussi Béatrice Descamps (Les Constructifs), Christian Hutin (La Nouvelle Gauche) et Christophe Di Pompeo (LREM). 

Taux de présence aux scrutins par député entre juin 2017 et août 2018. Sélectionner dans le menu déroulant le département qui vous intéresse.

Parmi les députés du Nord les plus assidus de l’hémicycle - présents à plus d'un scrutin sur quatre -, se distingue Laurent Pietraszewski (LREM) avec 29,81% de taux de présence lors des votes. Il est suivi de près par son collègue LFI Adrien Quatennens (25,43%). Ces scores de présence ont beau être assez faibles, ils sont supérieurs à la moyenne régionale de 19,55%.

A l’échelle de la région, c’est la députée LREM de l’Oise Carole Bureau-Bonnard qui domine le classement des députés les plus assidus aux scrutins. Elle est la seule élue des Hauts-de-France à dépasser le seuil de 40% de taux de présence (40,73%). A l’inverse, le député LR de l’Oise, Olivier Dassault, récolte le bonnet d’âne. Avec 1,97%, le fils de Serge Dassault, le PDG récemment décédé de l’entreprise d’aéronautique du même nom, n’a assisté qu’à 22 scrutins sur 1118 !

Evolution du taux de présence aux scrutins par député et mois par mois. Sélectionner dans le menu déroulant le département qui vous intéresse.

IV/ La plus "fayote" ? Valérie Petit

Le degré d’implication d’un député ne se mesure pas uniquement à ses votes. Il se détermine aussi par son activité sur Twitter. Relayer la politique du gouvernement, défendre l’action parfois contestée d’un ministre sur les réseaux sociaux, promouvoir les textes adoptés, tout cela fait désormais partie du quotidien d'un élu. Même si cette activité ne donne qu'une idée (forcément partielle, tous les députés ne sont pas égaux face aux réseaux sociaux) de l’implication d’un député dans la majorité. Pour la déterminer, nous avons sélectionné les mentions d’Emmanuel Macron, d’Edouard Philippe et des autres ministres dans les tweets des élus de la région. Le résultat est intéressant mais à nuancer cependant puisqu’il est techniquement impossible de savoir si les tweets en question sont positifs ou négatifs.

Mentions d’Emmanuel Macron, d’Edouard Philippe et des autres membres du gouvernement sur Twitter, par député.

En Hauts-de-France, la députée LREM du Nord Valérie Petit est la plus active sur Twitter lorsqu’il s’agit de relayer l’action du gouvernement. En une année, l’élue a publié pas moins de 401 tweets mentionnant les ministres - soit plus d’un tweet par jour en moyenne. Pas mal mais beaucoup moins que ses homologues d’autres régions de France. En Auvergne-Rhône Alpes, par exemple, le record est détenu par le député LREM du Rhône Jean-Luc Fugit avec 1098 mentions des ministres du gouvernement.

Cette faible activité sur Twitter des députés LREM du Nord fait que le premier à apparaître pour le nombre des mentions d’Emmanuel Macron sur Twitter n'est pas un macroniste mais le député Rassemblement National (ex-FN) Sébastien Chenu. Il arrive en tête avec 67 mentions du Président de la République devant la député LREM, Valérie Petit. A l’échelle de la région, c’est Brigitte Bourguignon (députée LREM du Pas-de-Calais) qui sort toutefois largement en tête avec 244 mentions d’Emmanuel Macron.