Ce sera « the place to be » : le 11 décembre à Marcq-en-Baroeul, l'agence d'attractivité de la métropole « Hello Lille », créée il y a tout juste un an, lancera son réseau d'ambassadeurs. On attend plus de 600 personnalités : « startuppers, industriels, entrepreneurs, chefs, artistes, sportifs », ciblés par l'invitation officielle. Que des premiers de cordée ! Et dans la foulée de ces agapes - c'est une information Mediacités -, Hello Lille avalera l'agence métropolitaine de développement « Lille's agency », de trente ans son aînée. C'est un début de rationalisation dans le paysage très encombré de la promotion du territoire (voir ci-dessous la carte d'identité de tous les protagonistes).

La fusion des deux structures se prépare à grande vitesse cet automne. Elle devrait être effective début 2020. Sur cette opération relevant du domaine public, Mediacités a voulu interroger le président de Hello Lille, Michel Delepaul, maire de Bois-Grenier, conseiller de la MEL, et son directeur François Navarro ; tous deux ont refusé de répondre à nos questions. Mais Christophe Ribault, le président de Lille's agency, confirme l'absorption de son agence, un « rassemblement des forces » qu'il considère comme « une bonne idée ».

Il parie sur la continuité des fonctions de son organisme, à savoir la détection et l'accueil d'entreprises extérieures à la métropole, au sein de l'ensemble bientôt constitué. « J'espère seulement que la marque Hello Lille, portée par la nouvelle structure, sera assez puissante pour représenter tout le monde ». Louis-Philippe Blervacque, président de la Chambre de commerce et d'industrie Grand Lille, croit lui aussi à la « complémentarité ». Il se dit prêt à fondre les moyens qu'il a réservés pour Lille's agency en 2020 (150 000 euros) dans un budget commun. Mais il promet d'être vigilant sur le « maintien de ses motivations et de ses compétences ».

Chantiers multiples

Administrateur de Hello Lille, en tant que membre de l'opposition de droite à la MEL, François Kinget défendait une autre démarche : « Lille's agency, au socle bien établi, aurait pu être investie de responsabilités supplémentaires et devenir agence de développement et d'attractivité ». C'est l'inverse qui aura lieu finalement. Besoin d'un coup de jeune ? Recherche d'un effet choc ? Ou simple toquade de l'exécutif métropolitain ? Le silence des décideurs empêche de trancher entre ces hypothèses. « Mais maintenant que l'opération est en route, il faut qu'elle aboutisse rapidement », plaide François Kinget.

La future agence au dos très large devra en effet ouvrir ou reprendre de multiples chantiers : accroître la fréquentation touristique, développer le tourisme d'affaires à travers un « bureau des congrès », soutenir des candidatures à de grands événements, et « prospecter tous les types d'investisseurs susceptibles de s'intéresser aux opportunités offertes par le territoire métropolitain », selon le site internet de la MEL. Cela dans un but très clairement indiqué : « l'augmentation des retombées économiques et des recettes fiscales ».

Trop de structures de promotion ?

Reste à régler le partage des tâches avec le troisième porte-voix de la métropole : l'agence de développement et d'urbanisme (ADULM). Son président, Marc-Philippe Daubresse et son directeur, Didier Decoupigny, ont tenu à coucher cette relation dans une convention. « Le rôle de l'ADULM est de nourrir la réflexion sur des questions importantes, comme l'identité de notre territoire ou les filières à fort potentiel de développement », indique Didier Decoupigny.

Reste aussi à coordonner l'action de la métropole et celle de la Région des Hauts-de-France. La collectivité présidée par Xavier Bertrand a aussi créé sa marque : « Haut et fort » ; elle finance intégralement le Comité Régional du Tourisme et des Congrès, rebaptisé « Mission Attractivité Hauts-de-France » et soutient fortement l'agence « Nord-France invest » (NFI), chargée d'attirer sur le sol nordiste ou picard « les projets internationalement mobiles »... Il y a de quoi se marcher sur les pieds ! Mais les acteurs concernés l'affirment : la coopération est de mise entre toutes ces structures.

« Au plan national, les Hauts-de-France passent pour un exemple de bonne articulation entre les niveaux régional et infra-régional », assure Yann Pitollet, directeur de NFI... « Deux marques et deux agences, ce n'est pas trop », certifie Luc Doublet, président de NFI. Quant à Laurence Péan-Cousin, directrice des marchés internationaux au comité régional de tourisme, elle croit en une métropole « qui inspire les territoires alentour et ne cherche pas à les absorber ».

A la création d'Hello Lille, certains élus métropolitains s'étaient pourtant interrogés sur la nécessité d'ajouter une nouvelle agence dédiée à l'attractivité du territoire. Les conseillers EELV avaient voté contre et leurs collègues de droite de « Métropole communes unies » (MCU) s'étaient abstenus. Parmi leurs arguments, des doutes sur la pertinence du projet, des interrogations sur son financement et des inquiétudes sur « l'empilement des structures », auxquelles on peut encore ajouter la douzaine d'offices de tourisme communaux du territoire ou encore l'association « Mel is sport », censée doper l'attractivité de la métropole lors de grandes rencontres.

La MEL s'impose face à la CCI  

Derrière l'émergence d'Hello Lille, se manifeste une inversion du rapport de force entre le monde économique, représenté par les CCI, et les collectivités. « Les récentes évolutions législatives ont conduit la métropole à prendre le pas, contrairement à ce qui se passait auparavant », constate Jean-Pierre Nacry, qui fut longtemps directeur de l'association pour la promotion internationale de la métropole, ancêtre de Lille's agency.

Sur le plan financier, c'est une évidence, convient Louis-Philippe Blervacque, président de la CCI Grand Lille. Il rappelle que les chambres de commerce ont perdu 60 % de leurs ressources fiscales en six ans et que la tendance va se poursuivre. « Mais nous restons partie prenante et incontournable pour représenter et mobiliser les chefs d'entreprises », veut-il croire.

Bonne fille, la MEL a décidé de renforcer encore son « partenariat » avec l'organisme consulaire ; elle lui a accordé cette année une subvention de 150 000 euros, équivalente à l'emploi de trois personnes, pour mener une série d'actions « au service des entreprises et du développement ». Parmi celles-ci, « la prospection d'entreprises ». Un groupe de l'assemblée métropolitaine, le GIDEC, y a vu un « doublon » et « un accord contre-productif » ; il s'est prononcé contre la délibération attribuant les subsides.

L'attractivité en question

L'autre question de fond porte sur l'attractivité en elle-même. Ce concept sur lequel chevauchent la MEL comme la Région est-il vraiment l'alpha et l'omega du développement d'un territoire ? Ce n'est pas l'avis des écologistes métropolitains « Quel est au juste l'objectif de la MEL ? s'exclame en décembre 2018, au cours d'une séance plénière, le conseiller Stéphane Baly, actuelle tête de liste EELV à Lille. Améliorer sa place dans des classements dont la méthodologie est plus que criticable ? Alimenter une compétition qui fait nécessairement des perdants ? Le sujet de l'attractivité est présenté comme allant de soi alors qu'il est profondément politique ».

https://www.mediacites.fr/interview/national/2019/05/20/la-course-a-lattractivite-entre-metropoles-est-perverse/

Au-delà d'un positionnement idéologique, force est de constater que le pouvoir de séduction de l'agglomération est encore limité par des difficultés très concrètes. Dans une étude de 2017, à côté d'un certain nombre d'atouts, l'ADULM pointait un cadre de vie à bonifier, une faible croissance de la population, de l'emploi et des revenus et une redoutable « ségrégation socio-spatiale »... En septembre 2018, le conseil de développement de la MEL épinglait « des espaces publics indignes d'une métropole européenne ». La CCI Grand Lille ajoute à cela deux « points de progrès » : les difficultés de circulation et la rareté du foncier. Assurément, Hello Lille aura besoin de tout le sourire de son logo pour effacer ces handicaps...

Les protagonistes de l'attractivité lilloise

• Hello Lille, agence d'attractivité de la métropole. Création : 2018. Effectif : moins de dix personnes, en principe. Budget (2019) : 1,85 M€

• Lille's agency, agence de développement économique de la métropole. Création par la communauté urbaine de Lille et la Chambre de commerce et d'industrie de Lille dans les années quatre-vingts. Effectif : 9 personnes. Budget : 1,5 M€

• ADULM, agence de développement et d'urbanisme de Lille-Métropole. Création : 1990.  Effectif : 47 personnes. Budget : 4 M€.

• Comité régional de tourisme et des congrès "Mission attractivité Hauts-de-France". Création : au début des années quatre-vingts (Nord - Pas de Calais) ; étendu aux Hauts-de-France en 2018. Effectif : 51 personnes. Budget : 8 M€.

• Nord France invest, agence de promotion économique internationale des Hauts-de-France. Création par l'Etat en 1966, reprise par la Région dans les années 2000. Effectif : 23 personnes. Budget : 2,6 M€.

Cet article concerne la promesse :
« Intégrer Lille’s agency à Hello Lille »
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