Dans les Hauts-de-France, le Rassemblement national est dans son jardin. C’est ici qu’il a réalisé ses meilleurs scores aux Européennes de mai 2019 (33,6%), comme aux élections régionales de 2015 (45,9 % face à Xavier Bertrand). Et Marine Le Pen a bien failli y devancer Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle de 2017 (47,1% au second tour), avant de se faire élire députée de la 11e circonscription du Pas-de-Calais un mois plus tard avec plus de 58% des voix.

Aux élections municipales, c’est autre chose. En 2014, Steeve Briois l’avait bien emporté d’un cheveu, dès le premier tour, à Hénin-Beaumont. Mais seul Franck Briffaut s’était imposé au second tour, à Villers-Cotterêts (Aisne). Malgré des résultats encourageants à Bruay-la-Buissière, Carvin, Grenay, Méricourt, Oignies ou Sallaumines, les candidats frontistes n’étaient pas parvenus à inquiéter vraiment les sortants socialistes ou communistes. Pour 2020, l’enjeu était donc de taille. Pour le FN - devenu RN -, il s’agissait de montrer qu’il pouvait réussir son ancrage territorial et emporter de nouvelles villes.

Des scores divisés par deux depuis 2014

A l’occasion de ces municipales 2020, le parti présentait des listes dans 72 villes de plus de 9 000 habitants des Hauts-de-France (67 en 2014), dont 29 dans le Pas-de-Calais - où il a porté l’essentiel de ses efforts -, 25 dans le Nord, 9 dans l’Aisne, 6 dans l’Oise et 3 dans la Somme. Si l’on excepte la réélection plébiscitaire de Steeve Briois (avec plus de 74% des suffrages), ce premier tour aura finalement été très décevant pour le RN. Plus encore dans le Nord où le député Sébastien Chenu, par exemple, a essuyé un revers cinglant à Denain avec à peine plus de 30 % des voix face à la maire PS sortante, Anne-Lise Dufour-Tonini, réélue d’emblée avec 57% des suffrages.

Dans les autres villes du valenciennois, où le FN n’était pas présent en 2014, le RN obtient des scores compris entre 20 et 30 % à Douchy-les-Mines, Escaudain, Somain et Fresnes sur Escaut. Mais nulle part, il ne semble en mesure de peser sur un éventuel second tour . A Trith-Saint-Léger, Saint-Amand-les-Eaux et Bruay sur Escaut, le parti d’extrême droite n’atteint pas 20 %, ce qui est très loin de ses attentes.      

Dans les 14 villes du Nord où la comparaison est possible avec le scrutin municipal de 2014, le RN recule partout. La chute est particulièrement marquée dans la métropole lilloise, où ses scores sont souvent plus que divisés par deux : de 20,6 à 7,8 % à Armentières, de 19,3 à 8,9 % à Roubaix, de 17,2 à 6,9 % à Lille, de 17,5 à 8,4 % à Tourcoing et de 14,5 à 6,7 % à Villeneuve-d’Ascq. Il n’y a guère qu’à Wattrelos où le RN résiste, en perdant moins de 5 points en six ans (25 % en 2014 versus 20,4% en 2020). Dans le reste du département, de Dunkerque à Valenciennes et d’Hazebrouck à Douai, le RN fléchit aussi.

Le Pas-de-Calais montre des résultats très variables

Reste le cas du Pas-de-Calais, département d’élection de Marine Le Pen et fief par excellence du Rassemblement national. Sa présence avait été renforcée pour les municipales 2020, avec des listes dans 29 villes de plus de 9 000 habitants (contre 21 en 2014). Surprise : si l’on prend le bilan global, il est positif ! C’est d’ailleurs le seul département de France en progression d'un scrutin municipal à l'autre. Pour les 19 villes du Pas-de-Calais où une liste d’extrême-droite était présente en 2014 et en 2020, le gain moyen est d’un peu plus de 3 % (23,3% en 2014 ; 24,1% en 2020). Mais cette moyenne cache d’importants écarts.

Seules 8 de ces 19 villes affichent un RN à la hausse : Hénin-Beaumont, bien sûr, où le score grimpe de près de 48 % entre 2014 et 2020. Mais aussi Calais (+ 43 %), Montigny-en-Gohelle (+ 32 %), Harnes (+ 23 %), Lens (+ 14 %) et Arras, Guînes et Bruay-la-Buissière, où la hausse ne dépasse cependant pas les 10 % par rapport au score de 2014. Dans les 11 autres villes comparables d’un scrutin municipal à l’autre, le RN recule. La baisse peut être modérée (moins de 20 %) à Oignies, Mazingarbe, Billy-Montigny, Carvin et Grenay ; plus accentuée à Méricourt (- 23 %), à Boulogne-sur-Mer et Sallaumines (- 28 %) ; ou très sensible comme à Liévin (- 40 %), Béthune (- 43 %) et Etaples (- 48 %).

Dans ces villes, la décrue est donc supérieure à la moyenne nationale puisque le RN a reculé de 35,2% dans les 301 villes (ou arrondissements) où il était aussi présent en 2014. Le gain global de 3 % est donc trompeur. D’ailleurs, aucune ville du bassin minier n’est tombée dans l’escarcelle du RN au 1er tour des municipales. Le député Ludovic Pajot, qui portait la bannière du parti à Bruay après avoir mené le combat à Béthune en 2014, est bien arrivé en tête (38,6 %) mais il apparaît en ballottage difficile pour l’éventuel second tour. A moins que la dure bataille à gauche entre Olivier Switaj, le maire PS sortant, et l’ex-PS Bernard Cailliau, ne laisse des traces durables.

L’une des plus grosses déceptions est venue de Calais. Bien qu’en progression par comparaison à 2014, le candidat RN Marc de Fleurian n’a pas atteint 18 % des voix et la maire LR sortante Natacha Bouchart a même été réélue dès le premier tour. Pourtant, le RN avait misé gros sur cette ville hautement symbolique et dépêché des proches de Marine le Pen, dont sa sœur Marie-Caroline (voir photo) et son beau-frère, l'eurodéputé Philippe Olivier. Finalement, entre les villes où le RN est définitivement éliminé du jeu et celles où ses scores ne lui permettent guère de rêver à une victoire, le premier tour de ces municipales 2020 a bel et bien ruiné les espoirs régionaux du Rassemblement national.

RN : un bilan peu reluisant dans l’ex-Picardie

Dans les trois départements de l’ex-Picardie, le bilan est tout aussi peu flatteur pour le Rassemblement national. Dans la Somme, où il présentait une liste dans les trois mêmes villes qu’en 2014, son score plonge en six ans de 30 % à Abbeville, de 46 % à Amiens et de près de 60 % à Péronne. Même scénario dans l’Oise, où le RN est en retrait par rapport à 2014 à Beauvais, Compiègne, Crépy-en-Valois et Mouy. A Pont-Sainte-Maxence et Noyon, où le FN avait obtenu un peu plus de 28% des voix en 2014, le RN affiche 15 points de chute dans la première commune et 10 points dans la seconde.

L’Aisne présente un bilan moins catastrophique pour le RN, notamment avec la facile réélection dès le premier tour de Franck Briffaut à Villers-Cotterêts (53,5 %). Le RN affiche aussi l’une de ses très rares progressions à Chauny (de 20 à 23 %) et peut se féliciter des 43,1 % obtenus par Patrice Lallement à Hirson. Sauf que le candidat RN était seul en lice face au maire sortant PS, Jean-Jacques Thomas, et qu’il a donc été battu. Dans les autres villes de l’Aisne, le verdict des électeurs est sans appel : le RN recule là où il était présent en 2014 (Saint-Quentin, Soissons et Château-Thierry) et ne parvient pas à s’imposer dans ses nouvelles villes de conquête à Tergnier, Gauchy et à Laon, la préfecture départementale où il ne franchit même pas la barre des 10%.