Dans les collèges du Nord, les uniformes de certains personnels arborent des inscriptions étranges : Agenor ou Atalian. Il s’agit du nom des deux entreprises qui assurent l’entretien de ces établissements scolaires. Le Nord est, en effet, avec les Yvelines, le seul département de France qui a généralisé le recours au privé pour l’entretien des collèges.
Cette privatisation commence comme une expérimentation en 2016–2017. Douze ans après le transfert aux départements des agents d’entretien des collèges, en vertu de l’acte 2 de la décentralisation. Mais la majorité de droite arrivée en 2015 à la tête du département veut aller plus loin. Elle lance un premier appel d’offres auprès d’entreprises de nettoyage, remporté à l’époque par la société Clinitex. Dans les 16 collèges qui servent à cette expérimentation, ce ne sont donc plus des agents départementaux qui assurent en l’entretien mais des salariés du privé.
L’objectif ? Faire des économies et alléger la masse salariale. Depuis le début des années 2010, les départements voient en effet leurs dépenses augmenter et leurs recettes diminuer. Résultat : la majorité d’entre eux se retrouve « en grande difficulté financière », une situation qui perdure d’ailleurs aujourd’hui, comme le soulignait l’association Départements de France le 29 octobre dernier. L’externalisation « était un choix économique assumé idéologiquement », souligne Didier Manier, président du groupe socialiste, radical et citoyen au département du Nord depuis 2016.
Le Nord, pionnier de la privatisation de l’entretien des collèges
Outre l’aspect budgétaire, cette privatisation devait « améliorer la qualité du service et apporter des compétences supplémentaires », explique François‐Xavier Devetter, professeur de sciences économiques à l’Université de Lille et auteur du rapport « Externaliser les services d’entretien des collèges : une économie pour les finances publiques ? », paru en 2020. De fait, les collèges font face, à cette époque, à des absences de plus en plus nombreuses des agents d’entretien publics. La difficulté du métier, couplée à l’âge avancé de ces personnels, engendre des absences pour arrêt maladie, qui sont peu ou pas remplacées.
Aujourd’hui, dans certains collèges du Nord, tous les agents d’entretien sont externes ; dans d’autres, c’est le …