Sur le plateau des Minguettes, il fleurit en général à l’approche des élections municipales. A chaque scrutin, le débat sur le bailleur social de la commune émerge. Avec près de 1800 logements, la Société anonyme de construction de la ville de Vénissieux – plus connue sous son acronyme de Sacoviv – n’est que le troisième opérateur local. Mais elle concentre toutes les critiques. « Les appartements sont mal entretenus, on a parfois l’impression de vivre dans des poubelles », déplore un habitant de la résidence du Couloud.

Ce matin-là, devant le siège de la Sacoviv, la grille métallique n’est pas encore levée mais cinq personnes patientent déjà, dossiers sous le bras et doléances en tête : « Ça fait deux ans que j’attends d’avoir un logement plus grand », soupire une blonde trentenaire, qui cache sa fatigue derrière de grandes lunettes de soleil. « On vit à sept dans un T3. On m’avait dit que ça allait prendre six mois ou un an. J’espère que cette fois-ci sera la bonne », raconte-elle en passant en revue la paperasse patiemment rassemblée pour l’occasion.

Sacoviv
Devant le siège de la Sacoviv. Photo : Mathieu Périsse.

Du boulevard Lénine, à l’ouest, jusqu’à la cité Berliet, à l’est, on dépeint volontiers la Sacoviv en « bras armé du PCF ». Un outil de contrôle du territoire d’un des derniers bastions de la « banlieue rouge » lyonnaise que Mediacités ausculte depuis bientôt deux ans. Un héritage des grandes heures du Parti communiste français (PCF), aux manettes de l’ancienne ville ouvrière de 65 000 habitants depuis... 1935.

Les élus de l’opposition tirent à boulets rouges sur « la Saco », comme on la surnomme ici. « La Sacoviv est à l’image de la gestion de la ville. Il y règne une opacité totale. Les habitants ne cachent pas leur ras-le-bol, les locataires ne sont pas écoutés », tacle Christophe Girard, conseiller municipal (divers-droite) et candidat déclaré pour les élections municipales de 2020. « Pour moi, la Sacoviv est un satellite du pouvoir local et un outil clientéliste », martèle Lotfi Ben Khelifa, conseiller municipal (PS), ancien membre de la majorité devenu l’une des principales figures de l’opposition à la maire Michèle Picard. La charge est lourde pour le bailleur social. Fantasmes de l’opposition ou réels dysfonctionnements ? Mediacités démêle cette semaine le vrai du faux.

« Les mauvaises habitudes du passé »

picto sacoviv1Jusqu'à présent la majorité PCF pouvait gérer les logements de sa commune dans une quasi-autonomie. Une époque bientôt révolue ? Votée à l’automne 2018, la loi Elan oblige les organismes de logement social et les sociétés d’économie mixte de petite taille (dont fait partie la Sacoviv) à se regrouper. Dans le paysage lyonnais, la société vénissiane fait figure de nain, entouré des géants Alliade (43 000 logements dans la région) ou Lyon Métropole Habitat (33 000 logements dans la Métropole).

Pour ne pas se faire manger par ses voisins, la Sacoviv a trouvé la parade : faire alliance, au lieu de fusionner, avec d’autres opérateurs locaux au sein d’une “société de coordination”, comme le permet la loi, et en prenant soin de solliciter des acteurs à sa mesure. « Nous sommes en discussion avec la SACVL (Lyon) et la SVU (Villeurbanne) », précise le directeur général de la Sacoviv Thierry Beaudoux.                             

Rien n’est encore acté, mais une telle union permettrait à la Sacoviv de conserver une certaine indépendance et son pré carré. « Nous ne sommes pas en concurrence. Chacun serait sur son territoire, maître de ses actions », imagine déjà Thierry Beaudoux. « La mairie n’a pas envie de perdre cet outil politique », interprète Lotfi Ben Khelifa. « Nous assumons de vouloir garder une relation de proximité, sans être noyés dans un grand bailleur national », réplique Pierre-Alain Millet, président de la Sacoviv et fidèle adjoint à la maire Michèle Picard.

« Outil politique » ? Incontestablement, la collectivité entretient des liens étroits avec le bailleur, contrôlé à 75% par la municipalité. Dans ces conditions, beaucoup assimilent la société à un service de la mairie. Dans un rapport de 2014, la Chambre régionale des comptes notait d’ailleurs que « l’emprise de la collectivité est si forte qu’elle peut être l’interlocuteur direct des diverses parties prenantes (salariés, locataires, propriétaires, promoteurs…) de la vie de la société, qui n’hésitent pas à adresser directement leurs demandes à la mairie ». Une ère révolue, selon le directeur général, qui évoque les « mauvaises habitudes » du passé. « Aujourd’hui, la ville n’intervient plus dans la gestion de la Sacoviv », assure-t-il. Même si « la confusion peut toujours exister dans la tête des habitants », précise Pierre-Alain Millet.

Reste que sur les douze membres du comité d’administration du bailleur social, huit sont issus des rangs de la majorité municipale. Aucun représentant de l’opposition n’est invité à rejoindre ce cénacle. « On ne va pas mettre au conseil d’administration des gens qui ne travaillent pas en bonne entente avec l’exécutif. C’est comme ça dans toutes les collectivités », justifie Pierre-Alain Millet. Faux ! A Lyon, par exemple, le chef de file de l'opposition LR Stéphane Guilland et l'élu UDI du 6e arrondissement Marc Augoyard comptent parmi les administrateurs. Impossible donc pour l’opposition d’accéder aux commissions d’appels d’offres ou aux commissions d’attribution des logements, lieux hautement stratégiques.

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Entreprises actionnaires et prestataires 

Face immergée de l'iceberg Sacoviv, l'actionnariat de la société a particulièrement retenu l'attention de Mediacités. La ville de Vénissieux détient les trois-quarts du capital. Le reste est aux mains d’une trentaine d’entreprises privées présentes sur le territoire. Cette configuration s’explique en partie par des raisons historiques : la Sacoviv a été créée en 1961 à l’initiative de la commune et de grands industriels locaux, comme la SNAV (fabrique de remorques et de wagons) ou Berliet (devenu Renault). A l’époque, il s’agit de loger au plus vite les milliers d’ouvriers des gigantesques usines de la commune. Mais, au fil des années, d’autres entreprises, parfois des PME locales, ont investi à leur tour dans la Sacoviv en rachetant quelques parts [voir le document ci-dessous]

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Problème : une partie de ces entreprises sont aussi des prestataires du bailleur social, selon les informations recueillies par Mediacités. Cerise sur le mélange des genres, certains de leurs dirigeants étaient des membres du comité de soutien de Michèle Picard lors des dernières élections.

picto sacoviv3Prenons l’exemple de la société De Gasparis SA, spécialisée dans la menuiserie métallique. Depuis 2004, cette petite PME possède 2,8% du capital de la Sacoviv et bénéficie de marchés conclus avec le bailleur. « Ce sont des contrats d’entretien, sur des portes abîmées, de la serrurerie », détaille Albert de Gasparis, le patron de la société. « En tant qu’entreprise de Vénissieux, qui paie ses impôts ici, c’est bien normal qu’on nous fasse travailler », lance-t-il, manifestement surpris par nos questions. Quant aux actions détenues par son entreprise, elles sont issues du 1% logement, une somme obligatoirement versée par les employeurs et convertie ensuite en titres de propriété, explique-t-il : « On a toujours des parts, mais ça ne nous rapporte rien du tout ».

Plusieurs entreprises locales cumulent ainsi les casquettes. A l’image de SIC Etanchéité, basé à Genas, actionnaire – symbolique – de la Sacoviv, à hauteur de 0,03%. En 2018, l’entreprise a décroché un marché portant sur la réhabilitation de 287 logements situés dans quatre tours du quartier du Monery. Montant total : 386 832 euros. Sollicitée, la direction n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

Dalkia au conseil d’administration

Les actionnaires de la Sacoviv ne sont pas toutes des PME locales. On y retrouve aussi la société Dalkia (filiale d’EDF), avec 1,5% du capital. Un mastodonte bien connu des Vénissians : Dalkia exploite le réseau de chauffage urbain de la commune via sa filiale Vénissieux Energies. Une délégation de service public, reconduite en 2015, mais parfois chaotique. En 2017, un problème électrique avait ainsi privé quelques 10 000 foyers de chauffage et d’eau chaude. Par ailleurs, Dalkia a longtemps entretenu le réseau de chauffage secondaire (dans chaque immeuble) pour le compte de la Sacoviv. Un marché perdu en mars 2019.

La présence de Dalkia au sein du conseil d’administration de la Sacoviv a-t-elle favorisé l’opérateur face à d’autres concurrents potentiels ? Le directeur de la Sacoviv rappelle que l’attribution des marchés passe par une commission d’appel d’offres. « Nous sommes vigilants sur la manière dont nous passons commande à ces entreprises actionnaires, en particulier sur Dalkia. Après, nous n’allons pas nous priver d’un partenaire juste parce qu’il a deux actions dans l’entreprise. Ce serait tomber dans le ridicule », fait valoir Thierry Beaudoux. A ceci près que pendant des années, Dalkia se trouvait, de fait, en situation de conflit d'intérêts.

D’autres noms interrogent. Comme celui d’Eiffage Construction Rhône-Alpes, propriétaire de 0,4% de la Sacoviv. Là encore, la présence du groupe de BTP fait écho à l’actualité récente. En février 2018, la Sacoviv a été condamnée pour favoritisme par le tribunal correctionnel de Lyon, après avoir confié en 2013 à Eiffage des travaux de réparation dans le lotissement du Monery pour 600 000 euros. Un marché passé dans des conditions irrégulières , sans consultation publique, qui a valu à la Sacoviv une amende 10 000 euros. De quoi provoquer de sérieux remous à Vénissieux et offrir un angle d’attaque en or pour l’opposition. Pour autant, les liens entre le groupe de BTP et la Sacoviv ne sont pas rompus. « Nous ne travaillons plus avec Eiffage actuellement, indique Thierry Beaudoux, même si rien ne l’interdit à l’avenir. »                           

Le directeur de la Sacoviv n’exclut pas la possibilité de « recomposer » l’actionnariat du bailleur social pour faire disparaître les petits actionnaires privés. Rien de tel n'est toutefois prévu pour l’instant. « Leur présence est due à l’histoire de la société », estime Pierre-Alain Millet, pour qui « beaucoup de PME ne savent même plus qu’elles sont actionnaires ». Mais pas question de couper les ponts complètement. « On ne peut pas vouloir associer les acteurs économiques locaux et refuser de les faire travailler dans le même temps », conclut l’adjoint au maire. L’élu indique être « attentif » aux éventuels conflits d’intérêts. Depuis 2014, les administrateurs de la Sacoviv doivent ainsi déclarer leurs liens intérêts et les seuils des marchés nécessitant une commission d’appel d’offres ont été abaissés, fait-il savoir. Une manière de montrer que la Sacoviv a tiré les leçons de ses démêlées avec la justice.

Affaires avec des soutiens politiques

La liste des actionnaires de la Sacoviv met aussi en évidence une proximité entre des sociétés vénissianes et la majorité communiste de la ville. Pour preuve, au moins trois dirigeants d’entreprises présentes dans le capital du bailleur social étaient membres des comités de soutien de Michèle Picard lors des municipales de 2014 et 2015 ou des législatives de 2017. Dans les documents de campagne, on retrouve par exemple Albert de Gasparis, qui assure avoir soutenu Michèle Picard « en voisin ». « Je suis né à Vénissieux, la maire était dans la même promotion que la secrétaire de mon entreprise. Et puis j’ai toujours eu des idées plutôt de gauche », explique-t-il.                          

picto sacoviv2Voici encore de quoi alimenter les soupçons de collusion entre intérêts particuliers et engagements politiques. « Le comité de soutien est très large à Vénissieux, élude Pierre-Alain Millet, les entreprises économiques locales apprécient notre bonne gestion, n’en déplaise à l’opposition. » Parmi les actionnaires de la Sacoviv soutenant la première édile de Vénissieux figure aussi l’entreprise Nallet. Une société dirigée par Pierre Nallet, promoteur immobilier dirigeant d’Anahome, et réputé ami de… Bruno Bonnell, le député LREM de Villeurbanne.

Proche des cercles macronistes, Pierre Nallet assurait même, en septembre 2017, avoir été sollicité par En Marche pour les législatives de juin 2017. Pas franchement le profil type des proches de Michèle Picard. Cela ne l’a pas empêché de participer au comité de soutien de la maire de Vénissieux aux mêmes élections législatives, son nom apparaissant dans un paragraphe regroupant les chefs d’entreprises « communistes, insoumis et rebelles ». Sollicité via sa société, Pierre Nallet n'a pas répondu à notre demande d'interview. Dommage ! Nous aurions aimé nous entretenir avec lui sur le permis de construire obtenu en juin 2017 par Anahome auprès de la ville pour la construction d’un immeuble de 42 logements au 13, avenue Maurice Thorez.

Le labyrinthe du système vénissian

Pour d’autres, le lien avec la majorité communiste est plus étroit. C’est le cas par exemple de la société Public Imprim, détentrice, elle aussi de quelques actions de la Sacoviv. Une imprimerie très proche du PCF, longtemps dirigée par Laurent Gonon, plus connu comme le coordinateur des anciens verriers de Givors.

https://www.mediacites.fr/lyon/enquete-lyon/2017/08/21/vallee-de-la-chimie-la-sourde-colere-des-verriers/

La société est aujourd’hui dirigée par Philippe Bertannier, ancien adjoint de l’ex-maire de Vénissieux André Gérin dans les années 1990. Les deux hommes figuraient eux aussi dans les derniers comités de soutien de Michèle Picard. Surtout, Public Imprim compte la Sacoviv dans ses clients, puisqu'elle imprime le journal du bailleur social, baptisé « Habitats », un feuillet édité quatre fois par an. Là encore, le conflit d’intérêts est manifeste. Sollicités par Mediacités, les dirigeants de Public Imprim n’ont pas donné de suite à nos mails.

« Ça les gênait qu’on mette le nez dans leurs affaires »

Dresser le portrait de la Sacoviv revient à errer dans le labyrinthe du système vénissian, solidement implanté depuis des décennies : quel que soit le côté où l’on se tourne, les interlocuteurs sont les mêmes. C’est le cas des représentants des locataires de la Sacoviv. Elus par les habitants, ils siègent au conseil d’administration, avec une voix consultative, et sont censés incarner une forme de contre-pouvoir au sein du bailleur social.

A la Sacoviv – surprise ! – la représentante, élue avec l’étiquette de la Confédération nationale du logement (CNL), n’est autre que Christiane Brundu, directrice de publication du journal Expression. Ce bimensuel gratuit massivement subventionné par la mairie (610 000 euros sur un budget annuel de 699 000 euros en 2017) est accusé depuis des années par l’opposition d’être un journal municipal « déguisé », porte-voix de la majorité communiste. Il est vrai que Christiane Brundu était également candidate sur la liste de Michèle Picard lors des dernières municipales. Comme gage d’indépendance, on a vu plus solide...

Sollicitée par Mediacités, cette dernière se montre plutôt tendre avec la Sacoviv. « C’est bien pire chez les autres bailleurs », estime-t-elle au sujet de l’entretien des immeubles. « Il faut être content de vivre à la Sacoviv, ils sont à l’écoute. Bien sûr qu’ils ne peuvent pas tout résoudre, mais le dialogue s’améliore », avance-t-elle. N’étant plus locatrice du bailleur social depuis février 2018, Christiane Brundu doit bientôt quitter son poste.

D’autres, comme Isabelle Rivoire, donnent une toute autre vision de la Sacoviv. Cette ancienne responsable de l’Union nationale des locataires indépendants (UNLI) et habitante de Vénissieux a défendu, il y a quelques années, les locataires de la résidence Jacques Duclos, pour des dysfonctionnements récurrents du système de chauffage. « La Sacoviv était très fermée. On a eu beaucoup de mal à faire un contrôle de charges qui étaient facturées, se souvient-elle. Je pense que ça les gênait qu’on mette le nez dans leurs affaires. »

Sortie de crise managériale

En interne aussi, la Sacoviv traîne une réputation sulfureuse, liée à une forte crise managériale traversée il y a quelques années. Dès 2012, la médecine du travail faisait état, par courrier, d’une situation catastrophique sur le plan des risques psycho-sociaux et mettait en cause le comportement du directeur de l’époque. Un directeur poussé vers la sortie par les administrateurs de la Sacoviv en 2014, avant de contester – avec succès – son licenciement devant la justice. En 2017, la Sacoviv a été définitivement condamnée à lui verser 130 000 euros de dommages et intérêts. Entre-temps, plusieurs accords transactionnels ont été conclus avec des salariés de la Sacoviv, selon un délégué syndical proche du dossier. La situation serait à présent plus apaisée à en croire un salarié.

La page est tournée ? C’est ce que martèle la direction de la Sacoviv mise en place fin 2014, qui préfère mettre en avant les projets à venir. « Nous allons réhabiliter 500 logements en investissant 25 millions d’euros, se félicite Thierry Beaudoux. Les travaux au Monery ont été lancés en mai 2018, ceux du Couloud vont bientôt commencer. » Pas de quoi satisfaire l’opposition. « C’est bien beau, mais on ne connaît même pas les critères d’attribution des logements, s’irrite Lotfi Ben Khelifa. La mairie ne nous a jamais donné de précision sur ce point. » Bien que vice-président de la Sacoviv de 2008 à 2014, avant sa rupture avec la majorité municipale, il déplore n’avoir pu intégrer la commission logement, chargée de répondre aux demandes des locataires, « qu’au forceps », à la suite du départ d’une autre élue. « J’ai vu des dossiers qui passaient avant d’autres. On laisse une famille à huit dans un T2, mais un couple sans enfant garde son T4. Sur quels critères ? L’attribution est opaque », répète-t-il.

4600 demandes de logements en attente à Vénissieux

picto sacoviv4Un procès injuste, selon le directeur général de la Sacoviv. « Les règles sont transparentes, encadrées par la loi, rappelle-t-il. Nous présentons trois candidats pour chaque logement, la commission tranche ensuite. » Si les critères d’attributions sont effectivement très encadrés par la loi, certaines situations donnent lieu à des interprétations et à des arbitrages. La Sacoviv peut ainsi favoriser une famille résidant déjà dans un de ses logements, sans que ce critère soit écrit noir sur blanc.

« On ne cherche pas à savoir si le demandeur est un ami du maire avant de lui faire une réponse »

Thierry Beaudoux, admet l’existence de délais d’attente « anormalement longs » (plus de deux ans) pour près de 30% des nouveaux arrivants, mais plaide l’impuissance car « le taux de rotation des logements est très faible ». Selon les chiffres de l’Association du fichier commun du Rhône, qui regroupe les demandes de logement social, la Sacoviv n’a attribué que 122 logements sur l’exercice 2016-2017 pour plus de 4600 demandes effectuées dans la commune cette année-là, tous bailleurs confondus. Sur la même période, les bailleurs LMH et Alliade attribuaient à eux deux près de 500 logements.

« Notre marge de manœuvre est étroite. Je peux vous dire que, dans ce contexte, on ne cherche pas à savoir si le demandeur est un ami du maire avant de lui faire une réponse », conclut Thierry Beaudoux. « A l’échelle de la Métropole, il y a 60 000 demandes de logements sociaux en attente, abonde Pierre-Alain Millet. Je comprends la frustration liée aux délais d’attente, mais c’est une réalité dans toutes les communes. »

Tout au plus la direction consent-elle quelques efforts à fournir sur la transparence et la communication de la Sacoviv. Mais pour Lotfi Ben Khelifa, l’heure n’est plus aux mesures cosmétiques. « Si je deviens maire, on négociera avec le bailleur le mieux placé pour qu’il rachète la Sacoviv et en fasse un vrai outil au service des habitants », prévient-il. Le ton est à peine moins dur du côté de Christophe Girard, qui se voit bien lui aussi renverser la majorité communiste en 2020 : « Ce sera un lourd héritage. Nous verrons s’il est encore possible de faire le ménage dans les affaires de la Sacoviv. » L'équipe de Michèle Picard est avertie : le « bras armé » de la mairie pourrait aussi devenir son talon d’Achille.

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Dès la semaine prochaine, retrouvez la suite de notre enquête "A Vénissieux, affaires entre camarades"