En politique, il y a généralement deux sortes de promesses : celles qu’on tient et celles qu’on ne tient pas. Les secondes étant forcément trop nombreuses... Mais voilà que Gérard Collomb en a inventé une autre : la promesse tenue en début de mandat sur laquelle on revient à la fin ! Alors que le maire de Lyon, qui concourt désormais à l’élection métropolitaine de mars 2020, verdit plus que jamais son discours et son programme, et ne jure plus que par « la végétalisation », Mediacités s’est intéressé au dossier du parc Montel, instructif à plus d’un titre.             

Rembobinons jusqu’en 2014, lors des précédentes élections municipales. Dans le cadre de son pacte chlorophylle (sic), le sortant, alors candidat à un troisième bail à l’hôtel de ville, promet l’agrandissement du parc Montel aux habitants de son 9e arrondissement. Cet espace vert de 13 798 mètres carrés se situe entre la rue Marietton et Gorge de Loup, dans le quartier Vaise-Rochecardon-Industrie. Un vieux projet de voie nouvelle prévoit de relier les rues Joannès Carret et Joannès Masset. L’axe dit des « deux Joannès » doit libérer un triangle de 4260 mètres carrés pile en face du parc. Plus de la moitié de cette surface (2810 mètres carrés) appartient à l’entreprise familiale Emile Maurin, spécialiste en fournitures industrielles.

Parc Montel Lyon
L'actuel parc Montel et, en haut à gauche, les entrepôts Maurin. Image Google Maps.

En 2011, un comité de quartier suggère de récupérer cette surface pour agrandir le parc. Suite à une offre de la ville de Lyon, la famille Maurin déménage ses activités à Saint-Priest, à l’exception de son siège social qu’elle souhaite conserver à Vaise. En 2015, c’est acté : le plan local d’urbanisme est modifié, et cette parcelle réservée en vue de devenir un espace vert. Promesse en passe d’être tenue ! Enfin pour l’instant...

Mobilisation, pétition, coup de bambou

Les choses se compliquent en mai 2016. Les élus annoncent tout à trac qu’une école s’installera en plein milieu du parc ! Pierre Bolomier, président de l’association des Amis du parc Montel, le déplore : « Les élus avaient déjà prévu de construire une école, mais le terrain envisagé pour le faire ne convenait plus. Pris de court, ils ont choisi la facilité... » Mobilisation d’habitants, pétition qui rassemble environ 900 signatures : dans le quartier, la nouvelle passe mal. Mais le coup est parti. En septembre 2017, une école en modulaire de 2400 mètres carrés s’installe dans la partie sud du parc. Coût de l’opération ? 5,5 millions d’euros. La mairie rassure : c’est temporaire, ne vous inquiétez pas chers habitants, tout sera démonté en 2020. Promis, juré.

« Monsieur Maurin ressort doublement gagnant de cette opération »

Nouveau coup de bambou en juin 2018 : dans l’enquête publique portant sur l’adoption du nouveau plan local d’urbanisme et de l’habitat (PLU-H) de la Métropole, les habitués du parc Montel découvrent que l’emplacement réservé prévu pour l’extension a tout bonnement été supprimé ! Et, surprise, 1700 mètres carrés de la parcelle Maurin sont devenus constructibles… Stupeurs et tremblements ! L’association des Amis du parc rédige un courrier remonté à l’attention du commissaire enquêteur, mobilise ses troupes. Résultat ? La Métropole modifie le PLU-H et préconise un « espace vert public à créer »… mais sur 2500 mètres carrés seulement. Soit presque moitié moins que prévu. Et sans engagement sur le calendrier de l'extension. « Les travaux ne pourront intervenir qu'à partir du moment où nous serons propriétaires, donc pas avant le prochain mandat », évacue Michel Le Faou, l'élu chargé de l’urbanisme à la Métropole et à la ville. Pierre Bolomier enrage : « Monsieur Maurin ressort doublement gagnant de cette opération : il a tout un terrain devenu constructible et ses bureaux avec vue sur le parc ». Contacté par Mediacités, le groupe Maurin n’a pas souhaité répondre.

Pendant ce temps-là, l’école provisoire joue les prolongations. En août dernier, l’association des Amis du parc Montel rencontrent Michel Le Faou, Alain Giordano, adjoint au maire de Lyon chargé des espaces verts, et Bernard Bouchard, maire du 9e arrondissement. Les élus dégainent un PowerPoint, expliquant qu’en raison des besoins importants de la commune, l’école (actuellement en chantier) prévue du côté de Gorge de Loup ne suffira pas. La faute, avancent-ils, à la décision de dédoublement les classes de CP prise par le gouvernement.

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L'école "provisoire" dans la partie sud du parc. Photo : M.Périsse.

Cela signifie-t-il que l’école provisoire prendra racine dans le parc Montel ? Mickaël Sabatier, l’adjoint au maire du 9e chargé de l'environnement, se veut rassurant : « En octobre 2020, cet espace [occupé par l’école] sera redonné aux habitants ». Voire. Michel Le Faou se montre, lui, beaucoup moins catégorique : « Pour démonter l’école, il nous faut déjà la certitude que le nouveau groupe scolaire soit en service pour la rentrée prochaine. Au dédoublement des classes de CP-CE1, on doit désormais ajouter celle des grandes sections de maternelle. Si nous enlevons le groupe scolaire du parc Montel, nous n’avons pas de solutions pour accueillir les enfants. Nous sommes en prospection foncière pour un autre groupe scolaire, qui devrait être livré à la fin du prochain mandat. » Concrètement ? « Pas avant 2023 ou 2024 », lâche l’élu.

Projet sacrifié sur l’autel des économies

Reste une question : pourquoi Gérard Collomb a-t-il renoncé à cette promesse d’étendre le parc qu’il avait pourtant honorée à peine un an après les élections ? « Lorsque nous avons modifié le PLU en 2015, nous étions en début de mandat dans un contexte de baisse des dotations publiques, avance Michel Le Faou. Au moment où on [la famille Maurin] nous a mis en demeure d’acquérir le terrain, on n’a pas pu suivre (...) Il a fallu faire des choix. » L'élu estime que l'achat de la totalité de la parcelle Maurin (2800 mètres carrés) aurait coûté « plusieurs millions d'euros ». A titre de comparaison, la ville consacre tout de même 600 000 euros à l’opération « Presqu’île nature », les pots de fleurs disposés rue Edouard Herriot, selon la délibération votée en juillet dernier.

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Dans le parc Montel. Photo : M.Périsse.

Michel Le Faou enfonce le clou : « Le parc Montel est important pour la densité de Vaise mais on a des situations similaires dans d’autres parties de la ville ». Autrement dit, les habitants du 9e arrondissement ne sont pas moins bien lotis que d’autres… « Le projet a été sacrifié pour réaliser des économies, traduit Pierre Bolomier. La promesse actée en 2015 a été reniée en 2019. » Le grand parc Montel aura vécu le temps d’une campagne électorale.