Il y avait du monde pour soutenir A.*, l’étudiant qui s’est immolé par le feu vendredi 8 novembre pour dénoncer la précarité dans laquelle il était plongé. Les policiers ont dû dresser un cordon de sécurité, car plusieurs centaines de manifestants débordaient sur la route. Quelques yeux sont un peu rouges, mais les proches d’A. encaissent le coup, dans un mélange d’état de choc, de sidération mais aussi d’énergie pour transformer ce cri de désespoir en sursaut pour la jeunesse la plus fragilisée.

Réunis à l’appel de Solidaires étudiant·e·s de Lyon, ses amis ne comprennent toujours pas ce qu’il s’est passé. Certains n’arrivent pas à analyser la situation et préfèrent ne pas s’exprimer. A., 22 ans, est entouré et a beaucoup d’amis. Rien ne préfigurait un tel passage à l’acte.

« Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable », a écrit vendredi 8 novembre le jeune homme, à l’adresse de ses amis sur Facebook. Puis, A. s’est aspergé d’essence devant le Crous de la Madeleine, à Lyon, avant de s’immoler par le feu. Très gravement brûlé, il est toujours entre la vie et la mort ce 12 novembre. 

Dans une lettre publiée sur Facebook, l’étudiant avait évoqué ses difficultés financières. Il confère – à l’instar de Christine Renon, cette directrice d’école qui s’est suicidée en septembre dans son établissement – une tonalité politique à son geste. Il écrit : « J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous·tes. »

Il enjoint à ses camarades de poursuivre le combat militant : « Luttons contre la montée du fascisme, qui ne fait que nous diviser, et du libéralisme, qui crée des inégalités. […] Mon dernier souhait, c’est aussi que mes camarades continuent de lutter pour en finir définitivement avec tout ça », plaide-t-il dans ce texte.

Quand ses amis ont découvert son message désespéré, ils ont contacté les pompiers. Certains se sont rendus sur place. A. a choisi un lieu symbolique pour en finir : le siège du Crous à Lyon, qui distribue les aides sociales aux étudiants. Peu après le rassemblement, les manifestants ont investi un restaurant universitaire lyonnais pour offrir un repas gratuit aux personnes présentes.

« Vive la Sécu, vive le socialisme, vive l’autogestion ! »

Un geste qui entre en résonance avec celui de Mohamed Bouazizi, vendeur de légumes tunisien, à Sidi Bouzid, qui par son suicide a lancé la révolution tunisienne fin 2010. Trois ans, plus tard, à Nantes, Djamel Chaar mettait fin à ses jours, de manière identique, devant une agence Pôle emploi à Nantes. En 2012, 

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