Poisson : « La fidélité, c'est comme les allumettes, ça ne marche qu'une fois. Bref, vous êtes trop jaloux. » Lion : « Votre conjoint tient une place de choix dans votre cœur. Pensez à lui faire un cadeau pour sa fête. » À Bron, 42 000 habitants, le changement prend parfois des tours déroutants… Depuis la conquête de cette commune du Grand Lyon par Jérémie Bréaud - lui-même poisson - le magazine de la ville rebaptisé  « B(r)onjour » (sic) propose chaque mois l’horoscope du « voyant brondillant » Marmor. Faut-il voir dans cette passion municipale pour l’astrologie un clin d’œil à l'alignement des planètes qui a permis à la droite de ravir ce bastion socialiste en juin 2020 ?

Comme Mediacités l’avait raconté à l’époque, pour ramener Bron dans leurs filets (après Meyzieu, Décines, Rillieux-la-Pape ou Saint-Priest), les Républicains misent sur Jérémie Bréaud. Celui qui n’a pas encore 40 ans affiche pour seul CV électoral un mandat de conseiller du très chic 6e arrondissement de Lyon. Qu’importe, parachuté de l’autre côté du périphérique, le candidat - alors employé par la région de Laurent Wauquiez comme chargé de mission - débute sa campagne plus d’un an avant l’échéance.

Il tire profit à la fois de l’inédite et étonnante absence de l’extrême-droite dans une élection municipale à Bron et… de la crise sanitaire. Avec son discours musclé, Jérémie Bréaud capitalise sur l'exaspération des habitants face aux débordements qui ont jalonné le premier confinement, les rodéos dans le quartier du Terraillon notamment. Un accord avec la liste macroniste de François-Xavier Pénicaud (MoDem) lui permettra enfin de sortir le maire sortant Jean-Michel Longueval (PS) avec 194 voix d’avance.

Et depuis ? Le nouvel édile imprime son style. Il affiche volontiers une fibre populaire - pendant un temps un portrait de Johnny Hallyday trônait dans son bureau du premier étage de l’hôtel de ville -, voire populiste quand il invoque « la France telle qu’on l’aime ». Aux antipodes de l’homme de dossiers qu’était son prédécesseur (« un techno pas fait pour le job, il était quelque part soulagé de partir », glisse un cadre de la mairie), Jérémie Bréaud communique tous azimuts. Un exemple ? Poissonnerie, fromagerie, épicerie italienne : ardent défenseur du petit commerce, il annonce l'ouverture de nouveaux magasins comme autant de faits d'armes.                         

Friand des réseaux sociaux [lire plus bas], il a par ailleurs ses entrées dans certains médias locaux, comme LyonMag.com où il a officié comme chroniqueur. Avec notre journal, c’est une autre affaire : l’élu a refusé de répondre à nos questions [lire l’encadré En coulisses]. « Montrer aux habitants ce que peut réaliser une collectivité locale part d'une bonne intention, mais la vie démocratique ne doit pas pâtir du "tout communication", avertit la conseillère municipale d’opposition Anne-Laure Badin (EELV). Bron vit une révolution en la matière… »

Entre Jamy et Sushi

De fait, le jeune maire vibrionne. Malgré la crise sanitaire, il met en place la seule fan-zone de l’agglomération lyonnaise à l’occasion de l’Euro de football en juin 2021. Dans la foulée, il annonce la création d'un marché de Noël. Dernièrement, il a transformé les austères « rencontres scientifiques » d'antan en un « festival » baptisé « Mission [1]possible : 48h pour sauver la planète ! » avec la participation de personnalités médiatiques (Jamy Gourmaud, François de Closets, Christophe Bourseiller). La méthode rappelle celle de son voisin Gilles Gascon, maire LR de Saint-Priest, dont il fut le chef de cabinet entre 2016 et 2019.

Vraie empathie ou grosse ficelle de marketing politique ? Jérémie Bréaud (sur)joue la carte de la proximité, a le tutoiement facile et ne tarde jamais à interpeller ses interlocuteurs par leur prénom. Certains opposants compris. « Oui, je l’appelle Jérémie et le tutoie, sauf en séance publique, confirme la communiste Stéphanie Vella. Cela ne me gêne pas tant qu'il n'y a pas de coups bas. On n'est pas dans une connivence malsaine : c'est un adversaire, pas un ennemi. » Tous ne partagent pas cet avis. « Cette attitude contribue à décrédibiliser la politique », juge Patrick Joannon, ancien secrétaire de la section locale du Parti socialiste et colistier de Jean-Michel Longueval.

Qu’importe ! Encore une fois, le premier magistrat de Bron se veut accessible. Chaque mercredi après-midi, il reçoit ses administrés sur rendez-vous et se plaît à répéter que désormais, à Bron, « on fait moins de social et plus d'humain ». Et même, plus de canin ! Roi de la com’, le jeune loup des Républicains est aussi l’ami des bêtes. Après avoir attribué une délégation « à la vie animale » à une élue de son équipe, Jérémie Bréaud a lancé une journée « Animaux en fête », organisé une conférence « Mon chien au quotidien » ou encore installé des « wouaf gamelles » au pied des fontaines de la ville pour permettre aux toutous de se désaltérer durant l'été. Faire gamelle commune n'est pas conseillé par les vétérinaires…                         

Dernier coup d’éclat, clichés à l'appui sur les réseaux sociaux : le maire a adopté Sushi. D’après le storytelling officiel, cette petite chienne avait été abandonnée dans un sac poubelle par un SDF avant d’être recueillie, à Lyon, par Brune, la compagne de Jérémie Bréaud. Elle squatte depuis le bureau de son maître qui biberonne sous l’œil d’Instagram [voir les photos ci-dessous] tandis que des membres du cabinet sortent la « nouvelle mascotte », aujourd'hui presque adulte, quand c'est nécessaire. De quoi susciter clics, messages cabot de la ville (voir ci-contre),  commentaires « câlins-canins » sur Facebook et interview édifiante dans le journal de la SPA de Lyon.                         

JBreaud et Sushi
Images du compte Instagram de Jérémie Bréaud.

Mariages impossibles les après-midi

Ce n’est pas seulement sous le signe de la tendresse que Jérémie Bréaud a entamé son mandat. Quelques semaines après sa prise de fonction, en septembre 2020, un mariage « mouvementé » à l'hôtel de ville précède des violences urbaines à Parilly, second quartier prioritaire de la ville avec Le Terraillon. Commence alors une séquence échevelée de plusieurs mois durant laquelle l'édile, dressé sur ses ergots, enchaîne les plateaux de télévision. Au Terraillon et à Parilly, des tags le menacent de mort ou de décapitation. Puis en février dernier, lors d'une visite dans le second quartier, il est la cible d'insultes et de jets de projectiles tandis que sa voiture est dégradée.

Ces événements qu'il médiatise sur sa page Facebook suscitent un légitime émoi. Son ancien patron Laurent Wauquiez lui apporte son soutien - politique et financier - et fera du Brondillant un symbole de son discours sécuritaire pendant la campagne des élections régionales [lire plus bas]. En attendant, Jérémie Bréaud est placé sous protection policière. « On se prend en pleine face des représailles, mais c'est bon signe, ça veut dire qu'on dérange », considère-t-il sur France 3. D’ici à la fin de l’année, il promet de porter à 26 le nombre de policiers municipaux, soit un doublement de l’effectif par rapport à juillet 2020. La ville cherche encore à recruter deux agents et un nouveau directeur pour sa « PM ».        

« Au fond, ce qui gêne la nouvelle majorité, ce sont les youyous sur le parvis de la mairie »

L’attitude de boutefeu du maire rencontre un écho dans la population. « C’était salutaire de marquer un changement de ton, approuve ce quadragénaire qui vit au Terraillon et travaille en centre-ville. On peut le créditer d'un certain courage. Autour de l'hôtel de ville, on constate moins de débordements lors des mariages. » Et pour cause ! La municipalité Bréaud a strictement encadré les célébrations : impossible désormais de se marier à Bron les vendredis et samedis après-midi. Comme l’annonce le site internet de la mairie, « les mariages sont célébrés du lundi au samedi, uniquement le matin, sur les 4 créneaux suivants : 10h, 10h30, 11h, 11h30. »

« En douze ans, quatre mariages avaient mal tourné, nuance le socialiste Patrick Joannon. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y avait pas des comportements irresponsables au sein des cortèges qui circulaient dans la commune. Mais c'est toujours le cas aujourd'hui... » « Au fond, ce qui gêne la nouvelle majorité, ce sont les youyous sur le parvis de la mairie », assène un militant associatif, sous le couvert de l’anonymat. Pour l’écologiste Anne-Laure Badin, le sujet des mariages fournit une bonne illustration « du côté très clivant du personnage [Jérémie Bréaud] ».

Pétards, tirs de mortier et rodéos 

Thème de prédilection pendant sa campagne, la sécurité reste au cœur des préoccupations du maire. « Mais à trop focaliser là-dessus, l’image de Bron en pâtit, regrette Florence Berrhout-Roques, ancienne conseillère municipale socialiste, aujourd’hui membre de LREM et qui se dit toujours fidèle de Gérard Collomb. Comment attirer entreprises, habitants avec cette médiatisation à outrance ? Ce bras de fer exaspère les habitants… Et pour quels résultats ? J'habite au Terraillon, il y a toujours des pétards et des tirs de mortier. »

Constat similaire de la part de ce riverain de la place Jean-Moulin qui concentre les difficultés au Terraillon : « Le procès en laxisme de l'ancienne municipalité n'était pas complètement infondé. Reste que l'engagement de Jérémie Bréaud de ramener le calme n'est pour l'heure pas tenu. S’il y a moins de nuisances liées aux cortèges de mariage ou aux deux-roues, les "activités" nocturnes restent intenses. »

Terraillon place Jean-Moulin
Place Jean-Moulin, dans le quartier du Terraillon. Photo : H.Pupier.

Ancien socialiste, passé sur les bancs de l'opposition dans le sillage d'Elisabeth Queyranne lors du précédent mandat avant de se rapprocher de Jérémie Bréaud, Bernard Justet ne réside plus à Bron mais continue de suivre de près la vie locale. « Le chantier de la sécurité est très ardu car le terrain avait été laissé en jachère, défend-il. Quand on remet de l'ordre, de la norme, on enregistre des retours compliqués. Mais les choses s'améliorent. Les caméras, par exemple, dérangent les trafics. » L’adjoint au maire François-Xavier Pénicaud partage l'analyse : « Il fallait marquer le changement et de premières avancées sont enregistrées avec une réappropriation de l'espace public dans certains secteurs. Il faudra cependant deux à trois ans pour mener à bien ce travail et obtenir des résultats tangibles. » Même s’il assure ne pas avoir d'états d'âme sur la politique sécuritaire de Jérémie Bréaud - « j'avais formulé sensiblement les mêmes propositions durant ma campagne » -, le rallié du second tour aurait toutefois souhaité « une communication moins véhémente » de la part du maire.

« Il divise la population, stigmatise des quartiers et surfe sur les peurs »

Dans les rangs de la gauche, éclatée au conseil municipal en trois groupes, on dénonce à l’unisson « une politique de la poudre aux yeux ». « Il cherche à respecter ses engagements de campagne, concède la communiste Stéphanie Vella. Mais dans ce domaine complexe de la tranquillité publique, les résultats du "maire cowboy" sont peu probants. Il devrait faire preuve d’humilité. » Le conseiller régional et ancien adjoint de Bron, Reynald Giacalone (Génération.s), file la métaphore du western en dépeignant Jérémie Bréaud en « John Wayne, aux effets de manche démagogiques » : « Il divise la population, stigmatise des quartiers et surfe sur les peurs. Ce n'est pas sain et cela ne règle rien. On le voit bien à Rillieux-la-Pape où Alexandre Vincendet est à l’œuvre depuis sept ans. »             

Au conseil municipal, le premier magistrat balaie les critiques sur le refrain « pas de leçon à recevoir des laxistes d’hier ». L’antienne hérisse Jean-Michel Longueval. « La sécurité est le premier droit des citoyens, tonne l’ancien maire, aujourd’hui vice-président au Grand Lyon. Après ma prise de fonction en 2015, il a fallu un certain temps pour développer la vidéo-protection, recruter et équiper les policiers municipaux. La différence, c’est qu’on communiquait beaucoup moins sur le sujet. Même chose pour les mariages ! Nous avions réalisé tout un travail pour lutter contre les dysfonctionnements sans le crier sur tous les toits. » Reste que la discrétion, que d'aucuns ont assimilé à de l'inaction, n’est pas payante dans les urnes.

Tapis rouge pour le diocèse

L’alternance se manifeste aussi dans les champs de l’éducation et de la culture. Dans une commune qui ne compte pas d’école privée, Jérémie Bréaud, ancien élève des Chartreux à la Croix-Rousse, a ouvert la porte au diocèse : un premier établissement confessionnel pourrait s’implanter, en 2024, sur un terrain communal à la lisière du Terraillon, mitoyen du groupe scolaire public Ferdinand Buisson. En septembre dernier, son 2e adjoint Marc Dubief, ex-figure du mouvement Sens commun, a assisté à la présentation du projet de centre éducatif Charles de Foucauld… à la différence de François-Xavier Pénicaud, pourtant délégué à l’éducation.                         

« Parler d'école privée, c'était un gros mot jusqu'en 2020 dans les couloirs de la mairie. Or la demande existe. Des parents scolarisent leurs enfants ailleurs dans l'agglomération », commente la marcheuse Florence Berrhout-Roques. « Le phénomène n'est pas significatif dans le primaire. Il existe davantage pour les collèges. Je n'ai pas de dogme mais si vous créez une école privée, vous prenez des effectifs aux écoles publiques », lui rétorque Jean-Michel Longueval. De son côté, la communiste Stéphanie Vella ironise : « On nous dit : "Liberté de choix." J'aurai hâte de voir la réaction de la ville si, un jour, elle est sollicitée  pour un projet d'école musulmane. »

Au sein de la majorité, le projet Charles de Foucauld soulève quelques réserves. « Sur le fond, il n'y a pas de désaccord, assure François-Xavier Pénicaud. Mais j'attire l'attention sur la question du timing au regard des autres réalisations programmées : création d'une école élémentaire aux Genets, extension des écoles Pierre Cot, Jean Moulin et Louise Michel. » « Au Terraillon, les groupes scolaires publics souffrent déjà d'un manque de mixité sociale. L'ouverture d'un établissement privé risque d'accentuer le phénomène de ghettoïsation », prévient aussi Bernard Justet.

« La nouvelle municipalité ne s'embarrasse guère de concertation... »

À Saint-Priest, Gilles Gascon avait infléchi la programmation du théâtre Théo Argence et du cinéma Le Scénario, institutions jugée trop onéreuses, après son élection en 2014. Dans un parfait mimétisme, son ancien collaborateur fait lui aussi souffler le vent du changement. En septembre 2020, il a d’abord bousculé Pôle en scènes, réunion de l'Espace Camus et de Pôle Pik sous la houlette du chorégraphe Mourad Merzouki. « La convention avec Pôle en scènes nous coûte un bras, tonnait le maire dans Le Progrès. Sa programmation n'est pas assez variée. » Et de plaider pour « une culture populaire de qualité ».

Au tour maintenant des Alizés. La fréquentation des deux salles du cinéma du centre-ville de Bron patine. Or la collectivité, qui a d'autres priorités (sécurité, rénovation des écoles), entend réduire sa participation financière (qui s’élève actuellement à 200 000 euros de subventions et 28 000 euros de coût de fonctionnement par an). Exit la gestion associative en vigueur depuis plus de trente ans, place à une délégation de service public (DSP). Et pour ceux qui douteraient de son bien-fondé, le journal municipal de Bron ouvre ses colonnes à Gilles Gascon. Le San-Priot y vante les mérites de son expérience de la gestion privée.

« L'association Les Amis du cinéma [dont elle est membre] avait sans doute besoin d'un nouveau souffle, concède l’ancienne élue Françoise Mermoud (EELV). Mais la nouvelle municipalité ne s'embarrasse guère de concertation... Le dossier des Alizés symbolise une rupture avec la politique conduite jusqu'alors en faveur des associations. » En 2019, la ville a ainsi consacré 6,5 millions d’euros au tissu associatif.                         

Indemnités du maire en hausse

« C’est la première fois que je travaille autant », confiait, en septembre 2020, Jérémie Bréaud dans une interview donnée au Progrès. « Mais quel est son projet pour la ville ? Il donne le sentiment d'être davantage préoccupé par sa notoriété et son image pour la suite de sa carrière que par le devenir de la commune », égratigne un Brondillant, qui connaît très bien les arcanes de la mairie. « Comme les autres maires LR de la première couronne, il va chercher à amplifier l'évolution sociologique de Bron en favorisant l'arrivée de catégories sociales plus aisées et en repoussant plus loin l'habitat social [la commune compte 28% de logements sociaux] », anticipe Patrick Joannon. En jeu notamment, le programme de renouvellement urbain à Parilly avec la démolition de « l'UC1 », une barre de 330 logements le long du périphérique.

Bron, tremplin de Jérémie Bréaud ? En début d’année, le maire que tous nos interlocuteurs, alliés comme opposants, qualifient « d’ambitieux », s’est replongé dans la joute électorale. Laurent Wauquiez l’avait choisi comme tête de liste, dans la Métropole de Lyon, pour les régionales. Avec succès : l’équipe du Brondillant a recueilli plus de 50,4 % des voix, dans le cadre d’une triangulaire. Frappé par le cumul des mandats, le maire a démissionné de son mandat au Grand Lyon pour siéger à la Région. De quoi gonfler ses revenus : conseiller régional membre de la commission permanente, il touche 2 695 euros bruts d’indemnités contre 1 340 euros pour un simple conseiller métropolitain. La somme s'ajoute aux 4 600 euros bruts perçus pour la conduite de sa commune, soit 500 euros de plus que son prédécesseur.

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Jérémie Bréaud, pendant la campagne des élections régionales. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Pour justifier son choix de privilégier la Région, le quadragénaire invoque la difficulté de travailler avec Bruno Bernard (EELV) et ses alliés quand on siège dans l’opposition. Mais Jérémie Bréaud ne délaisse pas pour autant le débat politique métropolitain. Sans parfois s’encombrer de nuances… L’été dernier, dans un post sur les réseaux sociaux, il brocarde « le caractère dérisoire des combats écologistes en faveur des pistes cyclables ou des menus sans viande dans les cantines »… au regard de la situation dramatique en Afghanistan.

Sa défection du Grand Lyon ne l'empêche pas de participer à « la fronde des maires » contre « le manque de concertation » et « la brutalité des décisions de la majorité verte ». Dans une tribune, les élus frondeurs dénonçaient le faible nombre de maires (22 sur 59 communes) présents dans l'enceinte métropolitaine. Un brin paradoxal pour celui, démissionnaire, de Bron ?

Délégué « aux petits fours »

Laurent Wauquiez a-t-il voulu réfréner ses ardeurs de jeune homme pressé ? Au lendemain des élections régionales, Jérémie Bréaud ne figure pas dans l’exécutif d’Auvergne-Rhône-Alpes, contrairement à la maire de Décines-Charpieu, Laurence Fautra, vice-présidente à la Santé. « Est-ce le choix de Laurent ou celui de Jérémie qui est un jeune maire ? Je ne le sais pas. Il y a eu des négociations », lâche Gilles Gascon. Le maire de Bron soutient que sa lourde tâche de premier magistrat ne pouvait s'accommoder d'un mandat de vice-président. Sans vraiment convaincre.

Lot de consolation ? En septembre dernier, deux mois après le scrutin régional, il décroche une délégation « aux grands événements ». « Aux petits fours, moque un opposant. Attention à la prise de poids ! » L'intéressé n'y voit pas matière à plaisanter : dans le journal municipal, la mention de cette nouvelle fonction voisine désormais en gras avec celle de maire, au-dessus de son édito.

Sirha, salon Equita, Festival Lumière, Trophées de la gastronomie, Lyon street food festival… Jérémie Bréaud se réjouit d’être « appelé à faire rayonner la Région lors de manifestations sportives et économiques ». Et il n’oublie jamais de relayer chacune de ses apparitions sur Instagram, Facebook et compagnie. En bon VRP, de la collectivité comme de lui-même.

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Laurent Wauquiez, Sushi et Jérémie Bréaud. Photo : Facebook de la ville de Bron.

Un premier cercle très masculin

Sans surprise, Jérémie Bréaud qui a adhéré au RPR à 16 ans, en 1997, après la victoire aux élections législatives de Lionel Jospin, s'est entouré d'un petit cercle marqué à droite. Il est aussi essentiellement masculin. Homme-clé du dispositif, Philippe Simon, 58 ans, occupe le poste de directeur de cabinet. Il arrive de Tassin-la-Demi-Lune où il officiait au même poste auprès de Pascal Charmot (LR), après avoir été attaché parlementaire de l’ancien député du Rhône Emmanuel Hamelin (RPR puis UMP, aujourd’hui membre d’Agir). Engagé sur le terrain politique, Philippe Simon avait tenté, en vain, de prendre les commandes d'Albigny-sur-Saône en 2014. Jean-Paul Colin, l’ancien maire de la petite commune du Val de Saône, conserve le souvenir d'un « opposant peu constructif », condamné début 2019 pour diffamation à l'encontre d'un adjoint.

Aux côtés du « dircab », Romain Blanchin, chef de cabinet et responsable de la communication, présente un parcours quasi-identique : mairie de Tassin-la-Demi-Lune, après avoir débuté comme collaborateur parlementaire… d’Emmanuel Hamelin. Il est par ailleurs passé par le département du Rhône et a œuvré, lors des élections municipales de 2008, auprès du candidat de la droite Henry Chabert (ancien adjoint de Raymond Barre, quand il était maire de Lyon), figure tutélaire de Jérémie Bréaud.

L'ex-chef de file de la droite lyonnaise recasé

Dans les bagages du nouveau maire, on trouve aussi Stéphane Guilland, ancien chef de file de la droite au conseil municipal de Lyon. Après la bérézina de son camp aux élections de l’an dernier, celui qui était redevenu simple conseiller du 8e arrondissement n’avait pas l’intention de rempiler pour un mandat dans l'opposition. En démissionnant, à l’automne 2020, il avait annoncé son intention de reprendre son métier de consultant en bâtiment. Après une tentative de rachat d’entreprise, c'est finalement à Bron que le quinquagénaire a rebondi en tant que « directeur de l'aménagement urbain et du développement local », à la tête d’une trentaine d’agents.

Profil très politique également pour le « chargé de mission » Aurélien Leprêtre, adjoint aux sports du maire de Bourgoin-Jallieu, Vincent Chriqui (LR), dont il dirigea les dernières campagnes électorales (départementale en 2021 et municipale en 2020). Cette recrue a la charge de la coordination des conseils de quartier.

Ses opposants dénoncent « le recrutement de copains dans les services de la ville » ? Jérémie Bréaud les renvoie aux pratiques passées en mentionnant le cas de Sonia Tron qui, après avoir occupé le poste aujourd'hui dévolu à Aurélien Leprêtre, siège désormais au conseil municipal de Villeurbanne en tant qu'adjointe à l'éducation. « Petite différence, corrige Françoise Mermoud (EELV), Madame Tron n'était pas élue quand elle travaillait à la mairie de Bron. » « Au passage, poursuit cette ancienne adjointe, il était reproché à l'équipe Longueval de verrouiller les conseils de quartier. Avec un coordinateur aussi marqué politiquement, on peut craindre une approche très dirigiste de ces outils de concertation et de démocratie locale… »

Les syndicats sous le charme

A la faveur de l’alternance, les services (urbanisme, politique de la ville, tranquillité publique...) ont été le théâtre d’un grand mercato au niveau de l’encadrement. Reste que ces changements n'ont guère soulevé de troubles au sein d’une administration communale dirigée depuis un an par Pierre-Henri Chapt et forte de 581 agents (en équivalent temps plein). « Bréaud est un animal politique, il est habile, sent les choses, sait jouer des jalousies, lâche un proche de l'ancienne municipalité. Il laisse Dubief [adjoint aux ressources humaines] à la manœuvre. »  Pas loin d'être bluffée, la communiste Stéphanie Vella constate : « L'opération séduction en direction des personnels communaux semble, pour l'heure, fonctionner. J'en veux pour preuve la signature par les organisations syndicales - CGT incluse ! - d'un  protocole d'accord relatif à l'organisation des services en cas de grève. Mais un mandat dure six ans, c'est long... »

Un agent confirme l'idylle entre l'exécutif et les trois syndicats (CGT, CFDT, Sud) : « Il n'était pas difficile de faire mieux que la gauche peu ouverte à la discussion, mais on est agréablement surpris. Les consultations sont régulières avec Marc Dubief et le DGS, et l'importante réorganisation enclenchée, qui prévoit la constitution de pôles, va dans le bon sens, avec des créations de postes annoncées. La démarche paraît donc cohérente même si la méfiance reste de mise. »

« J'aurais voulu vous dire  plein de choses gentilles sur Jérémie mais... » Dans un premier temps, le maire de Saint-Priest Gilles Gascon a accepté, sans barguigner, le principe d'un échange téléphonique avec Mediacités pour évoquer la personnalité et l'action de Jérémie Bréaud, son ancien chef de cabinet. Quatre jours plus tard, il rétropédale. « Dans l'intervalle, explique le San-Priot, j'ai croisé Jérémie. Il m'a dit avoir refusé votre demande d'interview. Je n'en connais pas la raison mais comprenez que dans ces conditions, il est délicat de vous répondre. »

En effet, par l'intermédiaire de sa chargée des relations presse, Jérémie Bréaud a opposé une fin de non-recevoir à nos sollicitations. Raison : « Une rupture de confiance. » Le maire de Bron, « qui ne supporte pas de ne pas être aimé », selon Anne-Laure Badin (EELV), n’a pas digéré le portrait que nous lui avions consacré, en 2020, quelques jours avant le second tour du scrutin municipal. Suite à sa publication, il nous avait envoyé des textos courroucés : « Article à charge » ; « J'avais dit que c'était du off » ; « Aucune éthique professionnelle » ; « C'est terminé. » Diantre !

Le passage qui nous a valu les foudres du futur maire concernait la manière dont ce « grand communicant » avait continué à mener campagne en surfant sur la crise sanitaire. En avril 2020, à une période où la pénurie de masques était aiguë, Mediacités avait appris que le candidat LR avait proposé de fournir gracieusement 150 masques FFP2 à un collectif local d'infirmiers libéraux. Ceux-ci ayant jugé déplacé ce mélange des genres, avaient décliné le cadeau et alerté l'Agence régionale de santé (ARS). Jérémie Bréaud avait alors tenté, sans plus de succès, d'offrir ses masques au commissariat local.

Interrogé sur cette seconde démarche infructueuse, il avait accepté de nous répondre mais en décrétant : « C'est du off. » N'en déplaise à Jérémie Bréaud, Mediacités tenait l’information d’autres sources et, pour l’intérêt des lecteurs, nous n’avions aucune intention de passer sous silence cette information.

À droite, outre Gilles Gascon, Philippe Cochet, maire de Caluire-et-Cuire, n'a pas donné suite à notre demande d'entretien. Dans la majorité municipale, Evelyne Brunet (sans étiquette) qui présente la  particularité d'avoir été adjointe d'Annie Guillemot (PS) entre 2008 et 2011 et d'appartenir aujourd'hui à l'exécutif de Jérémie Bréaud, nous a également éconduits et invités à nous adresser au directeur de la communication : « Il nous faut parler d'une seule voix. »