Ce lundi 6 décembre, l’association Agir pour l’environnement jonageois (Apej) organisait son assemblée générale. À Jonage ? Non, à Jons, la commune d’à-côté. L’Apej, créée en 2019 pour « défendre et protéger l’environnement et le cadre de vie des Jonageois », aurait-elle l’intention de devenir « l’Apejj - Agir pour l’environnement jonageois et jonsois » ? Non plus. La raison du lieu du rendez-vous est à chercher du côté de la mairie de Jonage, bourgade de 6 000 âmes de l’Est lyonnais…

« J’ai sollicité la municipalité pour louer une salle, raconte Sébastien Meunier, le président de l’Apej. En général, elle en met une à disposition des associations de la commune pour leurs assemblées générales. » Pas pour celle des défenseurs de l’environnement. « En vertu de l’article L.2144-3 du code général des collectivités territoriales, votre activité associative étant de nature à troubler l’ordre public, la commune donne une suite défavorable à votre demande de réservation de salle », a rétorqué, le mois dernier, la mairie au représentant de l’Apej. Prière d’aller faire votre AG ailleurs !

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La mairie de Jonage, commune de l'Est lyonnais, dirigée depuis 1995 par Lucien Barge. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Un passif du nom de Chimimeca

« Réunir une trentaine de personnes pour parler d’environnement, cela ne va pas provoquer beaucoup de nuisances ou des rodéos urbains, ironisait, en amont de l'assemblée générale, Sébastien Meunier. Les troubles, dans l’esprit de Lucien Barge [le maire de Jonage], c’est que l’Apej peut intéresser ses administrés à des projets de la commune. » Entre l’association et l’élu, le passif porte un nom : Chimimeca. Cette société, domiciliée à Chassieu et spécialisée dans la mise au point de produits de traitement pour le nettoyage des métaux, prévoit d’implanter une usine Seveso à Jonage, sur la ZAC des Gaulnes.

Le dossier, d’abord très discret malgré une enquête publique menée en juin et juillet 2019, a enflammé les esprits et la campagne des élections municipales de 2020. Avec d’autres habitants, Sébastien Meunier a alerté la population sur les risques d’une telle installation industrielle « à 100 mètres de la première maison, 500 mètres du premier lotissement ». Pas du goût de Lucien Barge, qui avait accordé un permis de construire à Chimimeca au printemps 2019. Son conseil municipal avait par ailleurs émis un avis favorable au projet le 17 juillet 2019.

« Ce qui doit aussi l’agacer, c’est qu’on mette notre nez dans le PLU »

À l’approche du scrutin municipal - pour lequel il briguait un 5e mandat - et alors que la mobilisation de l’Apej a imposé le sujet Chimimeca dans le débat local, volte-face du maire. Prétendant ne pas avoir été suffisamment informé sur les risques de l’usine, Lucien Barge annonce retirer son permis de construire (décision jugée illégale par le tribunal administratif, le 3 juillet 2020). S’ensuit une bataille judiciaire menée parallèlement par l’Apej et la municipalité contre l’industriel. En juillet dernier, le tribunal administratif de Lyon a rejeté leur demande d’annulation de l’arrêté préfectoral qui autorise l’implantation de usine.

De son côté, après avoir déclaré, dans Les Echos, « étudier une alternative du côté de la Vallée de la Chimie », le Grand Lyon, propriétaire du terrain de la ZAC des Gaulnes, a vendu la parcelle à Chimimeca. « La Métropole a approuvé cette implantation qui permet à une entreprise d'exercer son activité dans les meilleures conditions », argumente le cabinet de Bruno Bernard (EELV) auprès de Mediacités. Sur place, la parcelle a d’ores et déjà été terrassée.

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Sur la ZAC des Gaulnes, la parcelle Chimimeca a été terrassée. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Mais alors quel « trouble à l’ordre public » Lucien Barge redoute-t-il en gardant sa porte close à l’Apej ? Contactée dès le 29 novembre dernier, la municipalité n’a pas répondu à nos demandes d’éclaircissement. Renaud Donzel, le directeur de cabinet du maire, nous a dit « ne pas être au courant » de ce refus. La fin de non-recevoir adressée à l’association émane pourtant bien de l’équipe qui entoure le premier édile.

« J’ai le sentiment que le maire de Jonage nous considère comme des opposants politiques, alors que nous, ce qui nous intéresse, c’est la protection de l’environnement, commente Sébastien Meunier. Ce qui doit aussi l’agacer, c’est qu’on mette notre nez dans le PLU [le Plan local d’urbanisme] et qu’on demande à préserver certains espaces de la commune… » De leur côté, les conseillers municipaux d’opposition n’ont pas souhaité s’exprimer dans le cadre de notre article. Lucien Barge les poursuit pour diffamation suite à un tract qui abordait les positions successives du maire sur le dossier Chimimeca. « Notre rendez-vous judiciaire à venir nous incite à rester silencieux », nous répond l’un d’eux.

Recours gracieux sous deux mois

Sollicitée par Mediacités, la préfecture du Rhône rappelle que « la compétence pour accorder ou refuser la location d'une salle communale relève exclusivement du maire ». « Il peut refuser une demande d'occupation pour des motifs liés à des risques de troubles à l'ordre public susceptibles d'être créés par des manifestations organisées par le demandeur », poursuit-elle. Ce n’était pas dans les intentions de l’Apej.

Mais attention, préviennent les services de l’État : « Un refus de mise à disposition ne doit pas conduire à la violation de libertés fondamentales, telles la liberté de réunion, la liberté des cultes ou la liberté d'association. » En théorie, l’association jonageoise dispose encore d’un mois (deux mois de délai à partir de la notification) pour formuler un recours gracieux auprès du maire ou du tribunal administratif.


Nos précédentes enquête sur la municipalité de Jonage :