L’immense solitude des lanceurs d’alerte

Alors que l’association Anticor tient son université d’été à Nantes, samedi 28 septembre, et à l’heure où Edward Snowden publie ses mémoires, Mediacités a rencontré plusieurs lanceurs d’alerte installés à Nantes et dans ses alentours. Tous ont subi, à des échelles différentes, les conséquences délétères de la révélation de la vérité.

lanceurdalerte
Image d’illustration

«Devenir lanceur d’alerte ? C’est la version moderne de la peste. On fait fuir tout le monde, y compris ceux qui devraient nous protéger et nous défendre ». Ces mots qui font froid dans le dos sont de Françoise Nicolas. Comme Mediacités l'a raconté à plusieurs reprises, cette ancienne fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères a signalé des détournements de fonds publics lorsqu’elle était en poste à l’ambassade de France au Bénin en 2009, avant de subir, l’année suivante, « une tentative d'assassinat » par étranglement sur son lieu de travail, pour laquelle elle n’a pas été reconnue comme victime. « Je suis partie de chez moi le matin, j’ai été agressée, je ne tenais plus debout et j’ai été expulsée, se souvient-elle. J’ai tout perdu : ma maison, ma voiture, mon environnement. Je n’ai même pas pu emporter une valise… ».         

Mutée d’office à Nantes en 2010 après son rapatriement, elle raconte alors sa lente descente aux enfers, jusqu’à son arrêt maladie. « A partir de 2013, je n’avais environ que quinze minutes de travail à faire par mois, décrit-elle. J’ai demandé à changer de poste 76 fois, en vain. Du coup, j’ai tout fait pour m’occuper dans mon placard. Je suis par exemple diplômée en histoire du rock et en géopolitique. J’ai cru que j’allais tenir mais j’ai craqué... ». Après deux tentatives de suicide et un arrêt de travail reconnus comme imputables au service, elle n’a jamais réussi à obtenir la protection fonctionnelle qu’elle réclame inlassablement devant les tribunaux. Au total, sur 16 procédures judiciaires
Procédures en cascade
Une plainte pénale contre X pour tentative de meurtre avec constitution de partie civile, déposée . . .

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Temps de lecture : 8 minutes

Par Florence Pagneux