Quelques notes de saxophone ténor résonnent sur la Place Royale à Nantes, en ce jour d'octobre où un vent mordant confirme l'arrivée de l'automne. L'étui de l'instrument est ouvert, calé contre le parapet de la fontaine. Cela fait quelques minutes que Richard Yodé, connu sous le nom d'artiste Yizih, a commencé à jouer et déjà les passants s'arrêtent, interpellés par le groove. Certains déposent une pièce, plus rarement un billet. Puis, après un moment, ils repartent vaquer à d'autres occupations, remontent la rue Crébillon ou s'engouffrent dans la rue d'Orléans.

Depuis son arrivée à Nantes au mois d'août 2020, Yizih joue ici, entre la rue Boileau, la place Royale et Commerce. Si les deniers récoltés peuvent atteindre une centaine d'euros dans les bons jours, la moyenne de ses revenus se situe plutôt entre 50 et 70 euros. Dans les trois premières semaines, une telle somme était à peine suffisante, car il fallait payer la chambre d'hôtel à 45 euros par nuitée. Depuis qu'il a trouvé un logement, il souffle un peu, même si sa situation reste précaire. Son revenu dépend grandement de la météo et du jour de la semaine. Avec la perspective de l'hiver et de nouvelles mesures sanitaires restrictives, il pourrait diminuer. « Je ne me plains pas, cela suffit pour manger, boire un café et payer les éventuelles réparations sur mon saxophone », assure-t-il.
De Paris à Nantes, en passant par Nice
Jusqu'en mars 2020, Yizih était le saxophoniste du dernier projet du musicien malien Cheick Tidiane Seck, un album conçu comme un hommage au jazzman américain Randy Weston, décédé en 2018. Un disque, intitulé Timbuktu, était sorti en octobre 2019 chez Komos, et avait été salué par la critique. Dans le journal Libération, Cheick Tidiane vante son nouveau saxophoniste : « Je ne pouvais pas imaginer un jeune Ivoirien avec ce son de sax, aussi lyrique que technique. » Une tournée internationale de 50 dates était prévue, entre l'Europe et les États-Unis, avec le saxophoniste Manu Dibango en invité surprise sur certaines. Puis la pandémie est arrivée et, avec elle, le confinement, les restrictions de voyage et la fermeture des salles de concert. Manu Dibango est décédé le 24 mars 2020 des conséquences de la Covid-19, et la tournée a été annulée. Sur les 50 dates, seules trois ont été payées au titre du chômage partiel.

« Cette tournée devait me permettre . . .

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