Top départ pour le futur réseau vélo promis par la Métropole. Le conseil communautaire a adopté le Schéma directeur des itinéraires cyclables le 12 février 2021. Au programme : la création de 50 kilomètres de pistes cyclables d’ici la fin du mandat, en 2026, pour un montant estimé à 115 millions d’euros. Une décision qui tombe à pic : les Nantais semblent de plus en plus accros au vélo.

Après deux mois de calme plat dû au premier confinement, les cyclistes se sont massivement remis en selle, comme le montrent les données disponibles sur le portail OpenData sur la métropole. Depuis 2014, celle-ci recense grâce à des capteurs placés sur certains axes le nombre de passage quotidien de cyclistes. Mediacités les a analysées. Ce qu’elles mettent en lumière ? Une très nette hausse de la fréquentation sur certaines artères nantaises à partir de mai 2020. C’est le cas, par exemple, du pont Anne de Bretagne, du boulevard général de Gaulle et de la chaussée de la Madeleine. A chaque fois, le schéma reste le même : après six ans d’évolution continue, le nombre de cyclistes bondit pour atteindre un premier pic vers la fin juin 2020, et un deuxième mi-septembre.

« On a assisté à une hausse spectaculaire sur le pont Anne de Bretagne », confirme l’association Place au vélo, qui s’est mis à recevoir de nombreux mails et d’appels d’usagers après le premier confinement. Un réseau saturé aux heures de pointe, les stationnements pris d’assaut, des familles de plus en plus nombreuses sur les routes. Les cyclistes étaient bien présents sur les pistes nantaises. Et pas n’importe lesquelles. Au total, 21 kilomètres d’aménagements cyclables ont été aménagés lors du déconfinement, sur le boulevard Guy Mollet, le pont Willy Brandt, ou encore sur le pont Anne de Bretagne.

C’est d’ailleurs cette piste que Mediacités a utilisé pour donner une idée de l’évolution du nombre de cyclistes nantais. Au 25 juin 2020, date retenue pour son premier pic annuel de fréquentation, plus de 2 200 personnes ont traversé le pont à vélo. C’est 450 de plus qu’en 2019, à la même date, et plus de 1 000 qu’au 25 juin 2016. Soit une fréquentation en hausse de près de 26% en un an et de 114% en quatre ans.

Des chiffres qui soulignent le succès de l’urbanisme tactique mis en place par la Métropole, selon Nicolas Martin, vice-président de Nantes Métropole en charge des mobilités douces et des modes actifs. Il est vrai que, si la hausse du nombre de cyclistes est visible sur les routes qui n’ont pas été aménagées lors du déconfinement, comme le boulevard Général de Gaulle ou la chaussée de la Madeleine, leur pic de fréquentation est bien moins impressionnant. Il est même plutôt timide du côté du cour des 50-otages, avec une fréquentation similaire en 2019 et en 2020.

Jocelyn Mariette, directeur d’exploitation du service de location de vélos Bicloo, a aussi pu constater la hausse de l’usage du vélo après mai 2020. Si le nombre de locations de vélos en libre-service biclooPlus a logiquement chuté pendant le premier confinement, la machine s’est remise en route en mai et l’entreprise a vu le nombre de locations repartir à la hausse. Sans pour autant atteindre les chiffres de 2019. « On est arrivé à une baisse de 40% en mai 2020, par rapport au même mois de l’année précédente », explique-t-il. Avant que la courbe ne se redresse nettement au sortir de l’été : en septembre, le nombre de locations augmentait de 11,5% par rapport au même mois de l’année précédente.

Le vélo comme geste barrière

La soudaine popularité du vélo serait-elle donc liée à la pandémie de Covid-19 ? « Il permet de garder la distanciation physique et représente une alternative aux transports en commun, qui effrayaient les usagers à cause du Covid-19 », détaille Annie-Claude Thiolat, présidente de Place au Vélo. L’association a d’ailleurs promu l’usage de ce moyen de transport comme geste barrière, soulignant l’impact positif de l’activité physique sur la santé.

Pour autant, Aziza Akhmouch, cheffe de la division villes, politiques urbaines et développement durable à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), considère que le confinement lié à la pandémie de Covid-19 est loin d’avoir été la seule cause de la hausse de la pratique du vélo. Elle aurait été, au mieux, un « accélérateur de tendance », en mettant en avant les besoins de modes de vie plus sains et des moyens de transports plus écologiques.

Car l’amour des Nantais pour la petite reine ne date pas d’hier. En 2014, on comptait régulièrement moins de 500 cyclistes quotidiens sur le pont Anne de Bretagne. En 2018, pas un jour ne s’est écoulé sans que ce nombre ne soit atteint. Pour autant, l’année 2020 a battu des records, avec des pics de fréquentation dépassant parfois les 3 000 passages. En moyenne, 538 cyclistes empruntaient chaque jour ce pont en 2014. Ils étaient 1 027 en 2019 et encore 1 199 en 2020, malgré deux confinements et l’explosion du télétravail. En six ans, la hausse de la fréquentation atteint donc plus de 122%.

D’où l’accélération de la volonté politique en faveur des aménagements cyclables. À Nantes, les mesures d’urbanisme tactique ont été accompagnées du coup de pouce vélo du gouvernement pour favoriser l’usage de la petite reine. L’addition du besoin d’un mode de transport alternatif, combiné aux aides, explique, selon Annie-Claude Thiolat, ce regain d’intérêt pour le vélo à partir de mai 2020.

Une augmentation continue ?

Mais qu’en est-il alors du pic de fréquentation de septembre ? Le nombre de cyclistes a, en effet, plus que doublé entre août et septembre. Pour Annie-Claude Thiolat, rien d’anormal. Une telle hausse de la fréquentation a lieu chaque été. Seulement, elle a été « plus spectaculaire » cette année. Le 15 septembre 2020, jour annuel du deuxième pic de fréquentation, 2 687 personnes ont traversé le pont Anne de Bretagne à vélo. C’est 1 472 cyclistes de plus qu’en 2019. Soit plus de 121% d’augmentation !

« Tout l’été, les demandes de subventions du coup de pouce vélo n’ont pas arrêté, se réjouit Nicolas Martin. Il a fallu faire appel à des renforts administratifs. » Jocelyn Mariette, pour sa part, fait état d’une liste d’attente qui dépassait de loin son imagination : « 800 personnes en liste d’attente pour le service de location moyenne et longue durée Monbicloo en septembre, on n’en attendait pas tant ! » Avant de revenir sur la hausse des locations du service biclooPlus : « D’une baisse de 89% par rapport à 2019 pendant le confinement, on est passé à une hausse de 11,5% d’abonnements. C’est un record d’avoir récupéré cette saison en septembre », s’exclame-t-il.

Face à cet afflux, la Métropole a pris la décision de prolonger ces aides jusqu’au 31 décembre. Autre changement majeur, le passage de 70% des rues de la ville à 30 km/h qui a, selon l’élu, facilité l’accès au vélo. Quant à Annie-Claude Thiolat, elle estime que cette hausse extraordinaire a suivi les nombreuses actions menées pendant l’été en faveur du vélo. « Les cyclistes qui se mettent au vélo l’été ne continuent pas tous leurs efforts. Pourtant, cette année, on voit que la pratique s’installe », se réjouit-elle.

Cette tendance va-t-elle perdurer ? Annie-Claude Thiolat et Aziza Akhmouch sont optimistes. « Les Français aspirent à plus de vert et à plus de calme », avance la chercheuse à l’OCDE. Nicolas Martin, quant à lui, rappelle que le deuxième confinement et le couvre-feu expliquent la nette baisse de fréquentation observée pendant l’hiver.

Outre la situation sanitaire et les conditions météorologiques, il faut aussi compter avec les protestations des autres usagers de la route. En réduisant l’espace dévolu à la voiture, les « coronapistes » auraient provoqué une augmentation des bouchons et fait râler les automobilistes, comme le relevait Presse-Océan ou France Bleu Loire-Océan. Des protestations qui ont poussé la ville à revenir sur certains aménagements début février, en rouvrant à la circulation des voitures le pont Saint-Mihiel, dans un sens et le quai de la Fosse. Provoquant cette fois les cris des cyclistes et des associations.

Pour autant, Annie-Claude Thiolat espère que les décisions politiques suivront. « Bien souvent, ce qui ne marche pas, c’est la mise en œuvre. La volonté politique c’est bien, mais il faut réussir à jongler entre les collectivités et les entreprises pour mettre en place les infrastructures », explique-t-elle. D’ailleurs, l’association Place au vélo le rappelle, il existe encore des problèmes d’aménagements dans la métropole de Nantes, comme l’absence de séparation physique entre les pistes cyclables et la chaussée, ou la mauvaise lisibilité des aménagements.

« À cela s’ajoute une question d’équité sur l’ensemble du territoire : beaucoup d’attention a été portée au centre de l’agglomération », développe l’association. En témoigne la carte des stationnements réalisée en 2015 par OpenSteet Map et Cartocité. Une problématique essentielle aux yeux de Aziza Akhmouch, qui conclut : « Le vélo, la marche, c’est très bien, mais ça ne doit pas masquer le vrai débat. Tout le monde n’a pas les moyens d’aller travailler à vélo. »

Un réseau vélo encore flou

50 kilomètres de pistes cyclables, c’est l’équivalent de 75 millions d’euros, selon Nicolas Martin. Les 40 millions restants seront alloués à la mise à niveau des pistes existantes, et à l’achat de 6 000 places de stationnements. Pour autant, l’élu ignore encore quel tracé sera dessiné. Une dizaine d’études de faisabilité vont être conduites entre janvier et juin. Le Schéma directeur des itinéraires cyclables, voté lors du conseil de Nantes Métropole le 12 février dernier, prévoit la création de plus de 650 kilomètres de pistes cyclables. Pour quand ? Ça, Nicolas Martin l’ignore encore.

Cet article concerne les promesses :
« Triplement du nombre de parcours sécurisés (voies piétonnes et cyclables) » « Quadruplement de la pratique de la bicyclette à Nantes » « 500 km de rues en zone piétonne, zone 30 ou zone mixte contre 250 en 2020 »
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