Sous les potagers nantais, la délicate question des sols contaminés

Avec des opérations comme Paysages Nourriciers ou les fermes urbaines de la ZAC Doulon-Gohards, la culture de légumes en pleine ville revient en force à Nantes. Mais sur quels sols ? Entre manque de normes, recherches scientifiques et principe de précaution, la Ville tâtonne.

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Cultures square Louis Bureau, à Nantes, lors de la première édition de Paysages nouriciers, en 2020/ Photo : Ville de Nantes – Stephan Menoret

A la sortie du premier confinement en mai 2020, l’annonce fait sensation. La ville de Nantes met en place une cinquantaine de potagers dans ses espaces verts, pour fournir des fruits et légumes bio et locaux aux plus précaires, affectés par la crise sanitaire. Baptisée Paysages Nourriciers, l’opération est pilotée par la direction Nature et jardins de la ville. Au fil des mois, près de 22 tonnes de tomates, courgettes, aubergines ou encore blettes sortent de terre en pleine ville, avant d’être distribuées. Forte de cette première expérience, la Ville décide de renouveler l’opération en 2021. Avec moins de sites – 23 – mais en impliquant des associations de jardinage et d’agriculture urbaine pour animer 12 d’entre eux.

Pour ces deux éditions des Paysages Nourriciers, la Ville communique abondamment sur la culture de légumes en ville, le lien social créé dans les quartiers, les bénéficiaires des paniers, etc. Elle est en revanche beaucoup plus discrète sur un autre volet du projet, pourtant crucial : la gestion de la contamination des sols. « On a effectivement un risque réel », reconnaît Elsa Nédélec, cheffe de projet Paysages Nourriciers, quand on l’interroge à ce sujet.

Mais de quel « risque » parle-t-on ? D’abord, il faut bien avoir à l’esprit que cultiver en ville, c’est cultiver sur des sols qui ont déjà vécu plusieurs vies. « Sur les sols urbains, les activités sont variées et multiples au cours du temps, contrairement aux sols agricoles où souvent on cultive depuis longtemps. La ville se reconstruit sur elle-même avec des activités et des usages qui changent », résume Thierry Lebeau, enseignant chercheur en sciences du sol à l’université de Nantes.
La mémoire des sols
Les sols gardent « la mémoire » de toutes ces activités, y compris des retombées atmosphériques, liées au trafic routier, aux émanations des industries, au chauffage urbain etc. Résultat : « les sols en ville sont très hétérogènes ». On y trouve une multitude de contaminants, dont des éléments-traces métalliques (ETM) - comme le plomb, le zinc, le cadmium, le cuivre –, et des substances organiques – comme les HAP (hydrocarbures aromatiques-polycycliques).

Contrairement à l’air ou l’eau, il n’existe pas actuellement de directive cadre européenne qui établisse les seuils acceptables de contamination dans les sols. En France, une méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués suit néanmoins un principe : en fonction du risque sanitaire, on adapte l’usage.

Pour autant, concernant le plomb, le Haut conseil de la santé publique « considère qu’à partir de 100 mg par kilo de terre il faut commencer à s’interroger sur le risque possible et recommande une plombémie chez les . . .

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Publié le

Temps de lecture : 9 minutes

Par Hélène Bielak