Le 2 avril, les  CHU Leaks de Mediacités offraient un éclairage glaçant sur la situation au sein du centre hospitalier toulousain : graves dysfonctionnements techniques, manque d’effectif, mise en danger des patients. Quatre jours plus tôt, l'élu PCF Pierre Lacaze avait déjà tenté de placer l'hôpital au coeur des débats en présentant un voeu, au nom des groupes d'opposition socialiste et communiste, lors du conseil municipal de Toulouse. Ce 30 mars, il était question de demander à l’Etat « d’assumer les investissements et la modernisation de l’hôpital ». Mais ce voeu n'a finalement jamais été mis au vote. « La majorité a proposé des amendements qui le dénaturaient totalement, accuse aujourd'hui le groupe d'opposition socialiste. Les élus socialistes et communistes ont donc décidé de le retirer. »                                    

 

L'épisode a été filmé. Lors du conseil municipal, c'est Daniel Rougé, l'adjoint aux Affaires sociales et aux relations avec les acteurs de santé institutionnels, qui se charge de répondre au voeu de l'opposition. « Nous partageons les préoccupations que vous avez évoqué en terme de budget et de personnels », assure l'élu de la majorité de droite, tout en soulignant « quelques différences de point de vue sur le déficit, ses causes et ses conséquences en matière d'effectif ». Corrigé par Daniel Rougé, le texte a radicalement changé : les notions de dégradation des conditions de travail, des conditions d'accueil des patients et de manque d'effectif au sein du CHU ont toutes été supprimées !

L'élu PCF Pierre Lacaze évoquait « la mise en place de plans d’économies, essentiellement des restrictions de personnels, dégradant les conditions de travail et les conditions d’accueil des patients » de l'hôpital toulousain. En séance, Daniel Rougé propose de remplacer la formulation par « la mise en place de plans de retour à l'équilibre, qui consiste à mettre en cohérence l'activité et les ressources de l'établissement ». Plus loin, Pierre Lacaze pointe « les difficultés budgétaires » qui ont conduit l'hôpital à « supprimer 200 postes » entre 2016 et 2017, « dans un contexte d’augmentation importante de la population toulousaine et de son agglomération ». Passées à la moulinette de l'adjoint au maire, les suppressions de postes deviennent « une maîtrise de la masse salariale » dans laquelle le CHU serait engagé pour la période allant de 2017 à 2020. Cette période ferait suite à « une forte augmentation des effectifs de 2010 à 2014, puis une stabilité en 2015 puis 2016 ». Nous avons consulté le bilan social 2016 des hôpitaux de Toulouse, qui met bien en lumière une baisse des effectifs sur cette période, passant de 12 391 ETPR (équivalent temps plein rémunéré ) à 12 362 en 2015 puis 12 264 en 2016. Et ce alors que le taux d’activité du CHU a décollé à la même période (+4,5% en 2016).

Extrait du bilan social 2016 des hôpitaux de Toulouse.

Enfin, quand Pierre Lacaze parle d'un hôpital en « situation de sous-effectif chronique », l'adjoint au maire édulcore encore, et évoque un « contexte d'adaptation et de changement ». Ce grand lifting a scellé le sort du texte : « La modification totale que vous nous proposez nous conduit à retirer le vœu et à regretter que notre conseil municipal n'ait pas pu proposer une solution par le haut au conflit social que connait l'hôpital », peste Pierre Lacaze. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, conclut le débat : « Le vœu est retiré et n'est donc pas soumis au vote »...

Quatre jours plus tard, les CHU Leaks de Mediacités mettent en lumière le manque de personnel dans les hôpitaux toulousains et ses conséquences, parfois dramatiques : parmi ces milliers de témoignages que contiennent les fiches d'incident de l'hôpital, plusieurs soignants s'inquiètent de la « mise en danger des patients ». Ces révélations interviennent dans un contexte de cure d'austérité : le ministère de la Santé a réalisé 7 milliards d’économies sur le budget de l’hôpital public en dix ans.

Pour Pierre Lacaze, contacté par Mediacités, si le voeu qu'il a présenté pour demander à l'Etat des moyens pour l'hôpital toulousain a été modifié par la majorité municipale en séance, c'est « parce qu'elle ne voulait pas qu'il soit voté ». L'élu communiste reproche également au maire Jean-Luc Moudenc de « fermer les yeux » sur la situation de l'hôpital et dénonce un « déni de la souffrance du personnel et des difficultés rencontrées par les patients ». Pierre Cohen, ex-maire socialiste de Toulouse et conseiller municipal d'opposition (Generation.s) s'est dit, quant à lui, « atterré par cet étranglement des services publics » et regrette que la situation soit « acceptée par la majorité municipale ». Jean-Luc Moudenc n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

La publication par Mediacités des CHU Leaks a provoqué un retentissement médiatique important et de nombreuses réactions. « Comme tout le monde, nous avons été assez abattus quand nous avons découvert ces fiches d'incident, mais malheureusement ça correspond aux témoignages que peuvent nous apporter les agents tous les jours et à ce qu'on constate en allant sur le terrain : des batiments vétustes, mais surtout une situation de sous-effectif et une souffrance quotidienne du personnel », a réagi Pauline Salingue, éducatrice spécialisée au service de pédo-psychiatrie du Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse, membre du CGT, au micro de France Inter. Le syndicat appelle à un rassemblement ce jeudi 12 avril à 14h à Purpan pour l'amélioration des conditions de travail. Sur Sud Radio, Victor Alava, infirmier hospitalier au CHU, et secrétaire adjoint de Sud Santé Toulouse, a aussi assuré que «  les personnels hospitaliers souffrent et n'en peuvent plus ».

« Il y a des difficultés, comme partout ailleurs, a reconnu la directrice par interim, Anne Ferrer, sur France Bleu Occitanie. On est un établissement qui rencontre des difficultés budgétaires et nous cherchons à y répondre non pas par des suppressions de poste massives mais par des réorganisations intelligentes menées avec les agents ». La directrice a confirmé l'objectif du CHU de revenir à l'équilibre budgétaire à la fin de l'année : « cela doit être atteint uniquement par des réorganisations. On travaille à essayer non pas de retirer des effectifs mais de les réorganiser ».