Un plateau d’appels dédié à l’information sur le Coronavirus pour le compte du Service d’Information du Gouvernement (SIG) est situé à Blagnac, au sein de l’un des plus importants centres français de l'entreprise Teleperformance. Ses opérateurs y sont chargés de répondre aux questions posées sur le numéro vert gouvernemental concernant le Covid-19. Mais selon le CHSCT de l’entreprise, travail en plateau ouvert, nettoyage bâclé des locaux, et mesures de sécurité sanitaire inexistantes seraient le lot quotidien des salariés du site, répartis sur plusieurs plateaux.           

Depuis deux semaines, plus de quarante d'entre eux ont usé de leur droit de retrait. Des faits détaillés par nos confrères de La Dépêche du midi, qui ont valu à l'entité de Blagnac un contrôle de l’inspection du travail en date du 19 mars. Les constats de l’inspecteur sont sans appel : « La société Teleperformance France ne respecte ni les mesures sanitaires prises par les autorités ni les mesures de prévention ». Cette inaction est jugée « de nature à exposer les salariés à un risque grave et imminent ». Ces conclusions ont pris un relief particulier suite à la confirmation d’un cas de Covid-19 parmi les salariés. 

Considérant que ces « manquements doivent être corrigés en urgence », la Direccte a mis en demeure, le 23 mars, le site Teleperformance de Blagnac de se mettre en conformité sous 48 heures avec la réglementation et de procéder notamment à la désinfection totale du site (voir document ci-dessous). Mais deux jours plus tard, les syndicats du site alertent à nouveau sur les conditions de sécurité des salariés. « La désinfection n'a été réalisée que par quatre agents, pour la plupart non experts de cette activité, pour des locaux d’une superficie de 6 000 mètres carrés », témoigne Samira Alaoui, déléguée centrale CGT.           

décision mise en demeure

Son syndicat a adressé le 30 mars une lettre au préfet de Haute-Garonne demandant la fermeture de toutes les activités de l’entreprise non essentielles à la nation. Dans celle-ci, la CGT affirme aussi que Teleperformance déclare à la préfecture ses salariés affectés au contrat du SIG comme étant en télétravail alors que la quasi-totalité des opérateurs du numéro vert travaillent depuis les bureaux de l’entreprise.

 

Teleperformance avait pourtant déclaré, la semaine dernière, à nos confrères de France 2, employer 80 % de ses opérateurs SIG en télétravail sur le plan national.

Selon nos informations, environ 180 salariés travaillaient dans les locaux de Blagnac le 19 mars, dont une trentaine affectés au SIG. Le 26 mars, ils étaient encore 26 opérateurs chargés du numéro vert Covid. Les jours suivants, ils seraient encore plusieurs dizaines assure Samira Alaoui. Par ailleurs, l'inspecteur du travail qui a procédé au contrôle de l’entreprise a constaté le non-respect des gestes barrières dans ces équipes, « l'employeur demandant aux salariés, tous intérimaires, de signer une feuille de présence passant de main en main parfois avec le même stylo ».

Contactée par Mediacités, Teleperformance France n’a pas donné suite à nos sollicitations. La préfecture a quant à elle répondu succinctement que « la réponse de la société [était] en cours d'instruction par la Direccte ».

Saisi par la section CGT de l’entreprise en tant que garant de la santé publique, le préfet saisira-t-il l’inspection du travail pour réaliser un nouveau contrôle ? En cas de récidive, l’entreprise risque de se voir notifier un procès verbal par l’inspecteur du travail. Les mesures prévues par cette contravention, transmise au procureur, peuvent aller jusqu’à un ordre d’arrêt immédiat de la production.