Le Covid-19 a chamboulé le calendrier électoral. Les maires battus le 15 mars, ou ne se représentant pas, restent en fonction tant que le nouveau conseil municipal ne peut se réunir. Une prolongation inattendue de leur mandat… avec l’obligation d’affronter la crise sanitaire. Durant cette période ils conservent les pouvoirs habituels d’un maire mais, désavoués par les urnes, se trouvent fragilisés.

Il en va ainsi du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, en ballottage défavorable. « Dès la première semaine de confinement je lui ai demandé d’associer l’opposition municipale », relate Pierre Lacaze, élu communiste, qui invoque « la continuité démocratique ». Ainsi, le maire et les présidents des groupes d’opposition se réunissent chaque lundi matin en audioconférence. « Jean-Luc Moudenc annonce les décisions qu’il compte prendre et, de notre côté, nous lui signalons certains problèmes. Mais le maire ne nous a rien dit sur le plan d’aide aux entreprises qu’il a annoncé deux jours plus tard ! Élus de la majorité et de l’opposition ne sont pas associés de la même manière. »

L’écologiste Antoine Maurice est à la fois président du premier groupe d’opposition et principal adversaire de Jean-Luc Moudenc lors de ces municipales aujourd’hui suspendues : « Au départ, l’opposition n’était pas associée, il a fallu le demander. D’ailleurs, nous sommes plus informés qu’associés. Nos questions obtiennent des réponses plus ou moins précises. » L’opposition voulait contribuer à l’ordre du jour du conseil municipal du 29 avril « mais seules deux de nos quarante propositions ont été retenues », se désole Isabelle Hardy (Génération.s).             

À Castanet-Tolosan, Arnaud Lafon - qui ne se représentait pas - s’est « totalement mis à disposition de la population ». Au début du confinement, il tenait même le standard de la mairie ! Chaque jour, il assure un Facebook Live avec ses administrés. Côté élus, en revanche, une seule réunion s’est tenue - là encore sur la demande de l’opposition. Seul Bernard Bagnéris, en raison de son mandat départemental, est informé en direct de certains dossiers comme la gestion du pôle médical Covid.

« Heureusement qu’il ne s’agit que de gérer l’administratif et la police », rappelle Xavier Normand , dont la liste est arrivée en tête au premier tour. Et ça, de l’avis général, Arnaud Lafon le fait plutôt bien. « Il répond aux questions des habitants mais avec un côté je suis le shérif de ma ville », persifle Marc Tondriaux, élu d’opposition et colistier de Xavier Normand, qui poursuit : « Arnaud Lafon a toujours géré en solitaire et ça n’étonne personne qu’il ait du mal à lâcher prise. »             

Aucun échange avec le maire sortant

À Fenouillet et Pibrac, les maires sortants ont mordu la poussière dès le premier tour… et ils ne facilitent guère la tâche de leur successeur. « La transition se passe mal », lâche Thierry Duhamel, vainqueur à Fenouillet . Le 16 mars, la directrice générale des services le contacte mais « je n’ai guère eu de réponses sur les dossiers en cours », déplore-t-il. Et qu'en est-il avec le maire battu, Gilles Broquère ? « Il n’y a pas d’échanges avec lui, pas de rencontre. Je n’ai pas plus d’informations que les administrés qui ont reçu deux lettres de sa part. »             

À Pibrac, c’était plutôt bien parti entre Bruno Costes et la gagnante du scrutin, Camille Pouponneau , qui reçoit des informations pour préparer la transition. Tout se dégrade lorsque la majorité en attente d’être installée demande à « participer physiquement à l’organisation des services municipaux ». Réponse plutôt sèche de Bruno Costes, le 6 avril : « Le gouvernement n’a pas souhaité donner un rôle particulier aux équipes élues le 15 mars (…) Le statut des candidats élus au premier tour, dont l’entrée en fonction est différée, ne leur confère ni les droits ni les obligations normalement attachés à leur mandat. » En effet, l’ordonnance gouvernementale du 1er avril 2020 ignore les élus du 15 mars et renforce même les pouvoirs du maire sortant. Celui-ci est cependant tenu d’informer son conseil municipal, opposition comprise.             

C’est à Vieille-Toulouse que le passage de témoin est le plus mal assuré. Dans cette commune bourgeoise, la maire sortante Mireille Garcia , sèchement battue le 15 mars, fait le coup du mépris à Gérard Robert, vainqueur du scrutin. « Je l’ai vite contactée par téléphone, raconte celui-ci. Ça n’a pas été très chaleureux. Puis je lui ai envoyé un courriel pour demander à consulter les dossiers qui engagent la commune. Je n’ai obtenu qu’une fin de non recevoir. » Selon Gérard Robert, le secrétaire de mairie a reçu pour consigne de ne pas communiquer avec lui. Jean-Claude Joly, élu d’opposition, n’est pas mieux loti : « Mireille Garcia nous informe sur les directives préfectorales et nationales mais rien sur d’éventuelles actions municipales. » Contactée, Mireille Garcia n’a pas répondu aux demandes d’entretien de Mediacités.

Ce qui préoccupe le futur maire de Vieille-Toulouse ? Le programme immobilier très controversé prévu au cœur du village par Mireille Garcia, qui lui a valu d’être défaite le 15 mars. Les travaux commenceront-ils avant la passation de pouvoirs ? « J’espère qu’elle n’osera pas le faire », soupire Gérard Robert, qui aimerait bien savoir si la commune a déjà pris des engagements financiers avec les entreprises retenues. La municipalité devra-t-elle verser des indemnités à ces sociétés ? Le prochain conseil municipal promet des débats houleux quand il pourra enfin se tenir.