La rampe de Capvern est bien connue des cheminots. Sur la « rocade pyrénéenne » Toulouse - Tarbes - Bayonne, la voie ferrée présente une déclivité de 3,3 % sur une dizaine de kilomètres entre le viaduc de Lanespède et la gare de Capvern (Hautes-Pyrénées). C’est là, sur l’une des plus fortes pentes du réseau ferré français, que s’est produit un accident meurtrier le 10 octobre 2018.

Entre Toulouse et Tarbes, la ligne a longtemps souffert d’un manque d’entretien. Elle fait l’objet depuis 2015 d’une GOP, une grande opération périodique dans le jargon de la SNCF. Il s’agit de tout renouveler : rail, traverses, ballast et aussi la caténaire qui apporte l’alimentation électrique. À l’issue de ces travaux en 2022, la double voie qui parcourt les 150 kilomètres entre Toulouse et Tarbes, soit 300 kilomètres de rail, doit retrouver une seconde jeunesse. Le coût s’élève à 450 millions (430 millions à la charge de SNCF Réseau et 20 millions versés par la région Occitanie).

Le maître d’ouvrage, SNCF Réseau, l’une des sociétés du groupe SNCF, n’effectue pas directement les travaux, préférant les confier à des entreprises sous-traitantes. Un appel d’offres a été lancé chaque année pour répondre à chaque phase du chantier. En 2021, par exemple, il a été remporté par le groupement Enorail, composé d’Eiffage Rail et ETF (filiale d’Euravia qui appartient à Vinci). Ces géants sont les sous-traitants de premier rang et font à leur tour appel à une myriade d’entreprises. Une sous-traitance en cascade.
Deux morts et trois blessés
Le 10 octobre 2018 fatidique, le chantier est établi dans le secteur de Capvern. Un chantier nocturne. À 4 heures du matin, un engin ferroviaire, avec cinq ouvriers à bord, est positionné au sommet de la rampe de Capvern. Il s’agit d’un lorry automoteur de type Elan, doté d’une nacelle élévatrice qui permet d’intervenir sur la caténaire. Mais soudain, le lorry dévale la pente, inexorablement, et prend de la vitesse. L’un des cinq ouvriers préfère sauter et se blesse. L’engin poursuit sa course folle pendant un kilomètre et . . .

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