Le torchon brûle-t-il entre RegardOcc et le conseil régional d’Occitanie ? Pour l’un des membres de ce collectif d’auteurs, scénaristes, réalisateurs et créateurs multimédias, la réponse est claire. « Je vais le dire comme je le pense : le conseil régional nous balade depuis un an », assène José Alcala.

Le courroux du réalisateur du film Qui m’aime me suive s’explique par la suppression de l’aide régionale à l’écriture au premier trimestre 2020. Avant cette date, cette subvention d’environ 5 000 euros était attribuée à une grosse dizaine de projets par an. « On nous a enfumé pendant toute la campagne des régionales en nous disant que son rétablissement serait discuté avec le nouveau cabinet », ajoute Anne-Laure de Franssu, une autre réalisatrice membre de RegardOcc. Deux réunions ont eu lieu en décembre 2020 et en février 2021, mais depuis lors, les auteurs sont dans l’expectative. Et leur demande – la mise en place d’une enveloppe de 100 000 euros pour soutenir les auteurs – reste lettre morte.

D’après le conseil régional, l’aide aux auteurs n’a pas été supprimée, mais fusionnée avec celle allouée aux producteurs audiovisuels dans une aide globale au développement. « La Région s’est assurée que les intérêts des auteurs étaient préservés. En 2020 et 2021, sur les 400 000 euros d’aides versés, plus de 100 000 euros ont été perçus par les auteurs », souligne la collectivité qui précise que les projets de production ne sont soutenus qu’à la condition « qu’au moins un quart des aides au développement soit consacré à la rémunération des auteurs et autrices ». La Région accompagne également les auteurs en soutenant les structures proposant des résidences d’écriture à hauteur de 55 000 euros par an.

Une demande d'autonomie face aux producteurs

Pas de quoi satisfaire Anne-Laure de Franssu et José Alcala. « Ce que nous contestons, c’est que cette aide soit attribuée aux producteurs qui la distribuent ensuite aux auteurs, explique ce dernier. Telle quelle, la subvention aide un projet, mais elle enlève l’autonomie d’un auteur qui doit forcément être lié à la ligne d’un producteur. Nous demandons une enveloppe pour écrire des scenarii sans être sous la tutelle d’un producteur. » L’aide aux résidences d’écriture ne le comble pas plus. « Cela peut aider de jeunes auteurs à se perfectionner, mais ce n’est pas adapté à des auteurs expérimentés. Je veux pouvoir travailler en autonomie et indépendance », plaide-t-il.

Lors du dernier échange en février 2021, la collectivité a proposé l'établissement d’une enveloppe de 50 000 euros « assortie d’un principe d’attribution paritaire » pour bénéficier à autant d’auteurs que d’autrices. Une proposition que RegardOcc a refusée. « 50 000 euros, c’est une plaisanterie vu les budgets de la Région », s’offusque José Alcala. « La création et l’auteur n’ont plus leur place dans la politique audiovisuelle de la Région, conclut Anne-Laure de Franssu, autrice du documentaire Le Ressac. La priorité est donnée aux séries qui sont réalisées par des professionnels venus d’ailleurs. La filière occitane n’est pas soutenue. »

Sur ce point, le conseil régional défend son bilan chiffres à l’appui. « Via les aides attribuées aux sociétés de productions entre 2016 et 2021, la Région a soutenu le travail de 108 autrices (42%) et 154 auteurs (58%) basés en Occitanie, soit 262 au total, assure la collectivité. En moyenne, 40 % du fonds d’aide à la création audiovisuelle est consacré à des projets portés par des auteurs et autrices d’Occitanie pour des projets d’animation ou de documentaire principalement. »

Alors que les deux parties campent sur leurs positions, la collectivité assure que « les discussions ne sont ni fermées ni terminées » avec RegardOcc. De son côté, le collectif est déterminé à médiatiser le contentieux et à porter cette « question politique » au national en interpellant le Centre national du cinéma et de l'image animée.

Les comités de sélection remis en cause

Autre point de désaccord entre RegardOcc et la Région : les comités de sélection des projets soutenus. Le collectif d’auteurs réclame l’organisation de trois commissions par an au lieu de deux pour accélérer le traitement des dossiers. Il demande également que les professionnels participant à ces instances soient défrayés pour leur peine, comme c’est le cas en Nouvelle Aquitaine ou en Bretagne. « On doit étudier 18 dossiers de 150 pages à chaque fois. Cela demande beaucoup de temps. On demande à être défrayés, car nous mettons notre expertise à disposition gratuitement. C’est démotivant », fait valoir José Alcala. « On n’est pas toujours certains que les dossiers soient bien étudiés et on n’a pas de retours quand la réponse est négative, ajoute Anne-Laure de Franssu. De plus, ces comités de sélection des projets sont composés à 90 % par des professionnels de la région, au lieu de 20 % comme le prévoit le contrat plan État Région. Il y a un risque de conflit d’intérêts et de copinage entre les membres de ces jurys et les porteurs de projets. Nous demandons qu’un représentant de la filière puisse assister aux délibérés, comme cela se fait ailleurs, mais cela a été refusé.  »

Interrogée sur la composition de ces sept comités, la Région affirme qu’ils sont « composées de professionnels régionaux et non régionaux », sans préciser le ratio, mais qu’ils respectent la parité femme-homme. « Il n’y a aucun risque de copinage, car ni élu.e, ni les services de la Région ne sont appelés à donner un avis sur la qualité des projets présentés. Les élus n’ont aucun droit de vote », ajoute par ailleurs la collectivité.

Sur l’absence de retours écrits, le conseil régional d’Occitanie remarque qu’aucune région n’en apporte, mais qu’une synthèse orale est transmise aux porteurs de projets. Charge à ces derniers d’en informer les auteurs. Enfin, sur l’absence de rémunération des membres des commissions, la Région assure que cela « ne remet absolument pas en question la qualité des intervenants et de leur travail d’analyse ». Et d'ajouter que « c’est bien ce bénévolat qui garantit un format de désintérêt personnel, et place les experts dans une forme de liberté de choix ».

Avatar de Gael Cérez
Nourrit sa curiosité en tant que journaliste depuis l'an deux mille quatorze. S'intéresse aux innombrables facettes de notre société. Rédacteur en chef de Mediacités à Toulouse depuis octobre 2019.