Dans le petit village d’Arbas au pied des Pyrénées, une banda fanfaronne sur la place de la mairie autour d’une statue cachée sous un tissu blanc. « L’ours, c’est l’histoire du pays, on est fier de préserver cette espèce », clame au micro le maire Jean Caze, en dévoilant, le 23 mai dernier, une sculpture en bronze représentant un ours brun d’un mètre cinquante, debout sur ses pattes arrière.
Pendant son discours, une sirène tonitruante retentit du champ voisin, où une vingtaine d’éleveurs se massent derrière des barrières. Des huées s’ajoutent aux sons des trompettes et des applaudissements. « C’est honteux, une provocation de plus ! », crient les manifestants anti‐ours.
Cette journée festive qui a réuni 300 personnes devait rester « confidentielle ». Aucun communiqué de presse n’avait circulé pour éviter justement de cristalliser de nouveaux conflits entre « pro » et « anti » ours. Mais l’info a fuité et la chambre d’agriculture d’Ariège s’est tout de suite mobilisée.
« L’inauguration de ce symbole et la célébration des 30 ans du retour de l’ours dans notre vallée sont une insulte », s’insurge Christian Asna, président du Collectif des races locales de massif (CORAM). Dans les années 1980, son grand‐oncle a tué les trois derniers ours vivants dans la vallée de la Haute‐Ariège. « Je n’en suis pas du tout fier », affirme l’éleveur ariégeois, malgré son opposition à l’animal.
À Arbas, village de 285 habitants situé à la jonction entre la Haute‐Garonne et l’Ariège, les tensions restent encore vives. Un seul élu d’une commune voisine s’est déplacé pour participer à la discr …