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“On veut des Blancs ! » C’est la réponse que donne le personnage du député Cyril Balsan au journaliste Nicolas Demorand (qui joue son propre rôle) dans Baron noir. Dans cette série de Canal+, des parents d’élèves occupent un collège de quartier et le parlementaire se fait l’écho de leur demande : un peu plus de mixité ethnique dans les classes de leurs enfants. De la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas…

Car oui, comme le dit Emmanuel Macron, « nous avons construit notre propre séparatisme. C’est celui de nos quartiers, c’est la ghettoïsation que notre République a laissé faire. Nous avons concentré les populations en fonction de leurs origines, de leurs milieux sociaux ».

Quarante ans de politique de la ville n’ont rien changé. La puissance publique a beau aligner ses plans Marshall ou ses grandes mobilisations nationales, un terrible constat s’impose : celui de l’homogénéisation croissante des populations des banlieues.

« Des dizaines de milliers de collégiens en cours en vase clos »

Après l’étude de France Stratégie qui démontre qu’au niveau des quartiers la ségrégation résidentielle a augmenté, c’est au tour de la Cour des comptes de dresser le bilan. Les 10 milliards d’euros annuels injectés dans les politiques de renouvellement urbain n’ont pas permis d’améliorer l’attractivité des quartiers sensibles. Jamais l’expression présidentielle de « populations assignées à résidence » n’a été aussi juste.

Là n’est pas le plus grave. Que des adultes soient obligés de vivre dans des quartiers socialement et ethniquement de plus en plus homogènes est certes problématique. Mais qu’en raison de la sectorisation scolaire, leurs enfants soient élevés exclusivement dans cet entre soi social et culturel est dramatique.

Car en raison de la sectorisation, la ghettoïsation des quartiers a amplifié une ghettoïsation des écoles et des collèges. Chaque année, ce sont des dizaines de milliers de collégiens qui auront été en cours en vase clos, n’échangeant qu’avec des camarades de leurs milieux et de leurs origines. Comment s’étonner alors que dans des quartiers où 80% des gens sont issus de l’immigration, la République rencontre des difficultés à faire partager ses valeurs.

« Il est possible d’agir et de permettre aux jeunes de faire l’expérience de l’altérité durant leur scolarité »

Pourtant des solutions existent et des expériences l’ont prouvé. À Toulouse, à Paris, des modifications de la carte scolaire ont permis d’améliorer le niveau de mixité sociale, à défaut de mesurer la mixité d’origine. De la démolition/reconstruction d’un collège ghetto à la mise en place de secteurs multi-collèges, il est possible d’agir et de permettre aux jeunes de faire l’expérience de l’altérité durant leur scolarité.

C’est la loi pour la refondation de l’école de la République de 2013 qui a permis aux conseils départementaux, « lorsque cela favorise la mixité sociale », de modifier les secteurs de recrutement des collèges. Une « possibilité » offerte aux élus locaux… qui ont oublié de s’en saisir réellement. Et pour cause : la mixité sociale et d’origine, tout le monde en parle, mais personne n’en veut vraiment !

Les parents des élèves du centre-ville redoutent de voir leur progéniture fréquenter la supposée « racaille des banlieues », et les parents des quartiers ne comprennent pas pourquoi leurs enfants devraient se déplacer un peu plus pour être dans des établissements où ils se sentiront déclassés. Tout le monde est convaincu d’avoir à perdre dans un changement de sectorisation.

Comment dès lors être surpris qu’en laissant le soin aux conseils départementaux – métropolitain pour le territoire du Grand Lyon –  la possibilité de « favoriser la mixité sociale » des collégiens, rien n’ait vraiment bougé depuis ? A-t-on déjà vu des élus locaux volontairement se mettre en difficulté en adoptant des mesures particulièrement impopulaires pour leur électorat ?

« Le projet un peu fou de changer la loi ! »

Le projet de loi « visant à conforter les principes républicains » ambitionne de lutter contre le séparatisme, mais la question de la mixité dans les collèges n’est même pas évoquée.

Notre association née à Vénissieux pour s’opposer à la construction d’un collège ghetto [lire l’encadré ci-dessous] a donc décidé d’intervenir au niveau national en ayant le projet un peu fou de changer la loi !

La mixité est un terme vague qui est trop souvent agité pour se donner bonne conscience. Nous pensons au contraire qu’il faut montrer la situation actuelle, telle qu’elle est vraiment. Donner à voir.

Cela passe par l’élaboration d’un nouvel indice qui puisse mesurer à la fois le degré de mixité sociale mais aussi l’origine des parents des collégiens. Pas de statistiques ethniques, mais un indicateur permettant d’identifier les collèges ghetto.

Actuellement, l’éducation nationale ne mesure que le niveau social des parents des élèves, ce n’est pas suffisant. Un collège d’élèves pauvres dans le Cantal, ce n’est pas la même chose qu’un collège d’élèves pauvres, mais dont la majorité des parents sont nés à l’étranger !

Ensuite, il faut faire savoir. L’imparfait indice de position sociale des élèves (IPS) élaboré par l’Éducation nationale n’est même pas communiqué aux conseils généraux qui sont pourtant chargés de la sectorisation et qui se satisfont dès lors tout à fait d’une logique purement capacitaire !

Un parfait cercle vicieux…

Il est donc indispensable que le parlement corrige cette situation et rende la prise en compte du critère de mixité sociale et d’origine obligatoire pour redéfinir les périmètres scolaires des collèges.

« On ne décrète pas la mixité ou le fameux “vivre ensemble” »

On ne décrète pas la mixité ou le fameux « vivre ensemble » et il n’y a que les imbéciles pour croire à des promesses que rien ne permet de réaliser.

Mais on peut, en responsabilisant les citoyens et leurs élus, mettre sur la table les possibilités d’un changement. 

La sociologie des quartiers ne changera pas d’un claquement de doigts, mais donnons au moins à tous les collégiens de France la chance de grandir, un peu, ensemble.

De Vénissieux au palais Bourbon ? À propos des auteurs de la tribune

Au départ, il y a Khady, Farid, Fazia, Asma, Ludovic Ilhem, Séverine… Des quadra Vénissians qui découvrent « le projet caché » de la Métropole de Lyon de construire un nouveau collège pile entre deux zones urbaines sensibles : entre les Minguettes et le quartier de l’Arsenal à Saint-Fons. Aucun ne se fait d’illusion sur l’image et donc sur le niveau de ce futur « collège ghetto ». Une association – baptisée No Ghetto – est rapidement créée pour contester le permis de construire du nouvel établissement, des contacts sont pris avec le nouvel exécutif de la Métropole qui se montre sensible aux arguments de ses membres, « mais sans plus », d’après eux.

Le discours d’Emmanuel Macron des Mureaux est le déclic. « Puisque le président de la République reconnaît la responsabilité de l’État dans la constitution de ghettos, prenons-le au mot !, revendique No Ghetto. Demandons à ce que cette question soit au centre de la loi annoncée. » Le message semble passer, se félicite l’association : des députés sollicités se montrent attentifs à la démarche et partagent leur constat. Le président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, Bruno Studer (LREM), ancien prof en REP (Réseau éducation prioritaire), lui consacre une visio conférence et promet qu’il intercédera auprès du rapporteur de la loi pour qu’il entende ses membres, voir les auditionne. A suivre…

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez-vous sur pals.mediacites.fr

Point final.

7 COMMENTAIRES

  1. C’est bien faire une association politiquebtenunpar des membres LREM qui misent sur la forme et non les contenus et les enseignants, la strategie des educations pour élever le niveau et la réussite des collégiens…

    Le président et le gouvernement sont LREM pourquoi les LREM venissiens ne leur demande pas……

    No Ghetto est une association politique pour préparer les futurs élections municipales et métropolitaines….

  2. Attention aux conclusions hâtives ! Il existe des collèges où des enfants qui ont la même origine obtiennent d’exellents résultats scolaires. Dans ces quartiers on trouve souvent des parents qui ont de l’ambition pour leurs enfants et s’impliquent au quotidien dans l’éducation. A cela s’ajoute des professeurs méritants des hussards de la République qui s’impliquent et donnent corps à la méritocratie républicaine. Les élus locaux jouent également un rôle dans la finalisation de projets éducatifs et culturels. Dans on secteur académique les enfants obtiennent plus de mentions au brevet que certains collèges “aisés” du centre ville. Nombreux sont ceux qui intégrent plus tard les écoles prestigieuses comme polytechnique. Donc à mon sens il faut bien réfléchir à cette notion de ” mixité sociale” au sein du collège avant de légiférer

    • Cher HD,
      Nous ne parlons pas de réussite scolaire (même si elle est importante)
      Nous nous bornons à dire que certains collèges sont terriblement homogènes, socialement et ethniquement, dans le 6eme arrondissement de Lyon comme sur le plateau des minguettes.
      Et c’est cette situation qui ne permet pas selon nous de faire société.
      D’une certaine manière, notre ambition est plus grande que la réussite scolaire : une réussite de société ? 😉

  3. Encore une association inutile alors il y a des des structures associations qui mettent en oeuvre des actions pour élever le niveau des élèves , révéler leur potentiel..etc.

    No Ghetto fait de la politique politicienne, ce n’est pas avec des chiffres ou des lois contournées ou souvent non appliquées par les élus qu’on fait de la réussite mais avec des programmes innovants et efficaces, des professeurs compétents et bien rémunérés, pas avec de la politique avec des membres opportunistes de la politique.

    Mediacites est tombé bas en publiant ce genre d’articles..

    • Bonjour Sylvain Game,
      Probablement faites-vous référence à la présence parmi les membres de No Ghetto de Fazia Ouatah, par ailleurs conseillère municipale d’opposition à Vénissieux, en taxant la démarche de l’association de « politique politicienne ». Je laisse bien entendu les auteurs de la tribune vous répondre s’ils le souhaitent. Je vous réponds de mon côté sur le sens de la publication de ce texte, qui n’est pas un article mais une tribune, sur Mediacités.
      Comme cela est clairement identifié sur notre site, le texte de No Ghetto est publié dans notre rubrique Forum qui a vocation à publier des points de vue/prises de paroles/opinions d’associations, d’universitaires ou plus généralement de personnes impliquées dans la vie de la cité ou dans le débat public. Nous nous fixons une limite : nous ne publions pas de tribunes politiques, au sens à visée partisane. Cet espace Forum a donc vocation à alimenter le débat public. Les tribunes qu’il héberge ne reflètent pas une prise de position de la rédaction de Mediacités. La responsabilité des propos de ces tribunes est bien celle de leurs auteurs.
      Pour en revenir au texte de No Ghetto, son propos ne se situe pas dans le contexte local de Vénissieux. Il aborde une question – la mixité au sein des collèges – qui dépasse, vous en conviendrez, les préoccupations de la seule vie politique vénissiane. Les préconisations qu’il avance méritent débat et c’est bien tout l’intérêt de sa publication sur Mediacités, qui joue aussi son rôle de média en faisant vivre la discussion.
      Cordialement,
      Nicolas Barriquand, rédacteur-en-chef de Mediacités Lyon

      • Bonjour Monsieur Barriquand mais je connais pas les conseillers politiques mais j’ai juste donné un avis sur cette article et la stratégie de cette association politique.

        Quand à la mixité sociale, je suis d’accord c’est un vrai problème mais c’est avec de la volonté, des actions, du fond (comme certaines structures existantes qui devraient faire l’objet d’articles) qui peuvent être abroger et non avec des quotas, des indicateurs, des lois, de la discrimination qu’on a faire changer les choses…

        • Cher Sylvain,
          Tout d’abord, merci d’avoir pris le temps de lire notre – longue – tribune !
          Vous partagez a priori notre préoccupation pour plus de mixité sociale et d’origine.
          Parce que nous sommes directement concernés par la question des collèges (plusieurs d’entre nous avons des enfants en âge ou bientôt en âge d’être collégiens), nous avons un peu travaillé la question.
          Notre proposition vise à responsabiliser les élus locaux, ceux que nous connaissons, pour qui nous votons ; pour qu’ils soient obligés de se saisir de cette question plutôt que de ne rien faire comme aujourd’hui.
          Ce n’est peut être pas la bonne solution, mais nous souhaitons faire réagir.
          Si vous souhaitez nous faire part de vos propositions, nous sommes tout à votre écoute.
          Mais nous pensons qu’il y a urgence. D’où notre idée de profiter du débat sur le projet de loi sur le séparatisme.
          à bientôt ?

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